Retour à My Lai / Passion du livre

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.. Retour à My Lai

Couverture du livre Retour à My Lai

Auteur : Dominique Legrand

Date de saisie : 05/07/2016

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Castor astral, Bègles, France

Collection : Escales des lettres

Prix : 15.00 €

ISBN : 9791027800797

GENCOD : 9791027800797

Sorti le : 18/08/2016

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  • La présentation de l'éditeur

Après le Vietnam, plus rien n'a été comme avant. C'est là-bas que tout a basculé, que la pente s'est inclinée pour m'entraîner vers le bas.

Franck Palmer se trouvait à My Lai le 16 mars 1968, quand les hommes de la compagnie Charlie, ivres de sauvagerie, ont décimé plus de cinq cents civils. D'abord camouflé par l'armée et le pouvoir, ce massacre a soulevé l'indignation internationale et reste le symbole tragique de la guerre des rizières.
Alors, le soldat américain a tout perdu : sa femme, son fils, son avenir de professeur, ses rêves de futur. Sa vie entière a disparu, engloutie dans l'alcool et la douleur. Dans ce village martyr, il a laissé à jamais sa raison et son innocence. Depuis, hanté par cette journée, il tente de survivre sans pouvoir mettre des mots sur ce qu'il a vécu.
Anh Thu Huong est pianiste et concertiste internationale. Elle se trouve à Paris le temps d'une représentation salle Gaveau. Mais elle doit rentrer dans son pays. Elle a rendez-vous avec son passé et ce qui a décidé de son existence.
Au-delà de la souffrance, ces deux êtres meurtris sont unis par un destin commun. Parfois, la vie peut renaître au milieu du sang et des larmes.

Dominique LEGRAND est né en 1963 à Vincennes. Conférencier sur le cinéma, il alterne l'écriture de thrillers, de romans pour la jeunesse et de biographies consacrées à des cinéastes (Brian De Palma, David Fincher, Tobe Hooper). Avec Retour à My Lai, il nous plonge au coeur de l'horreur et signe un hymne déchirant à la dignité. Un voyage intérieur qui se mue en ode à la rédemption.





  • Les premières lignes

1. RETOUR À DANANG

Danang.
Depuis quarante-cinq ans, ces deux syllabes s'entrechoquent comme des pierres au fond de mon cerveau. Elles ne m'ont laissé en paix ni une journée, ni peut-être même une seule heure.
Depuis cette aube de mars 1968, pas un jour ne passe sans que je ne me répète que j'aurais mieux fait de ne pas vivre. Que cette vie-là - la mienne - ne valait sûrement pas d'être vécue. Mais c'est ainsi : on naît, on grandit et il est impossible d'inverser le cours des choses.
J'ai voulu faire mieux que tout le monde, montrer aux autres que j'étais différent, que je n'avais pas peur, que j'étais fier de servir mon pays. J'ai fait comme pas mal de gamins de mon âge : je me suis engagé.
Après le Vietnam, plus rien n'a été comme avant. C'est là-bas que tout a basculé, que la pente s'est inclinée pour m'entraîner vers le bas.
Au-dessus de moi, juste à la verticale, le ventilateur tourne inlassablement, brassant un air chaud qu'il découpe en tranches. Dans un bruit saccadé, un claquement syncopé, il entraîne les pales de son puissant rotor. Une fois encore, je suis là-bas : les Hueys nous déposent près des rizières, les herbes hautes se couchent, les parfums brûlés des prairies tourbillonnent dans l'air.
Loin de chez nous, on était invincibles, mortels mais intouchables. On pouvait vivre cent ans, aucune balle ne pouvait nous atteindre. On y croyait dur comme fer, et puis, cinq minutes plus tard, on paniquait à l'idée de mourir.
J'avais vingt-six ans quand c'est arrivé. Aujourd'hui, j'en ai plus de soixante-dix. Et depuis tout ce temps, je n'ai pas dormi. Je survis dans un état de veille, tel un somnambule marchant sans fin sur une terre dévastée.
Impossible d'oublier, de seulement m'échapper un instant. On m'a appris très tôt à aimer mon pays, à respecter le drapeau, à honorer les grands hommes. Mais surtout, on m'a fait croire que pour servir notre nation, je devais être prêt à faire n'importe quoi.
Je m'éveille en sursaut, assailli par les bruits de la rue, malmené par les cris des chauffeurs de cyclos, agressé par les klaxons des taxis.
J'avais réussi à sommeiller quelques instants, quelques minutes grignotées à ce temps qui n'en finit jamais, mais je retourne devant ce buisson aux reflets bleus, qui bouge dans le matin, et sur lequel je pointe mon M16.
Je regarde, je vois, je vise et je tire. Pour moi, c'est devenu facile, instinctif. Je ne me pose aucune question. Je regarde, je tire, et je regarde encore - coup d'oeil de vérification -pour savoir sur quoi je viens de tirer.


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