Retour à Cold Mountain / Passion du livre

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.. Retour à Cold Mountain

Couverture du livre Retour à Cold Mountain

Auteur : Charles Frazier

Traducteur : Marie Dumas

Date de saisie : 28/06/2016

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Grasset, Paris, France

Collection : Roman

Prix : 24.00 €

ISBN : 9782246856078

GENCOD : 9782246856078

Sorti le : 01/06/2016

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

Ada, fille de pasteur élevée à Charleston, a consacré sa jeunesse à son père veuf qu'elle chérit plus que tout au monde, le suivant jusqu'à Cold Mountain, où il s installe pour raisons de santé. Restée seule à la mort de ce dernier, elle essaie de préserver le domaine familial dans un monde en pleine mutation, déchiré par un conflit qui n'en finit pas.
Alors que la guerre de Sécession touche à sa fin, Inman, simple ouvrier enrôlé dans l'armée confédérée, se lève du lit d'hôpital où il gît blessé et entame le long voyage de retour vers les montagnes de son enfance.
Un simple regard et un baiser volé avant de partir au front ont scellé leur destin, mais à l'heure où leurs retrouvailles approchent, chacun doit entreprendre sa propre odyssée.

Charles Frazier est né en 1950 en Caroline du Nord. Il y vit encore aujourd'hui, dans un ranch, avec sa famille, et se consacre à l'écriture et à l'élevage des chevaux. Il est l'auteur des romans Treize lunes (2008) et A l'orée de la nuit (2014). Retour à Cold Mountain, publié pour la première fois en 1999, a été récompensé par le National Book Award aux États-Unis. Best-seller traduit dans le monde entier, il a été adapté au cinéma par Anthony Minghella avec Nicole Kidman et Jude Law.





  • La revue de presse Baptiste Liger - Lire, juin 2016

Adapté sur grand écran, le récit de la passion entre le déserteur sudiste, Inman et Ada est aussi un roman-fleuve qui vaut le détour...
Dès ce premier roman - salué par le National Book Award -, cet éleveur de chevaux a montré une indéniable aisance dans la grande fresque mêlant amour, guerre et poésie de la terre d'Amérique...



  • Les premières lignes

L'ombre d'une corneille

Au premier geste du matin, les mouches commencèrent à s'agiter. Les yeux d'Inman et la longue plaie qu'il avait au cou les attiraient et, quant à sortir un homme du sommeil, le bruit de leurs ailes et le contact de leurs pattes ne tardaient pas à se révéler plus efficaces qu'une basse-cour de coqs. Inman s'éveilla donc à une nouvelle journée d'hôpital. Après avoir chassé les mouches en battant des mains, il regarda, au-delà du pied de son lit, la fenêtre ouverte à triple battant. D'habitude, il voyait la terre rouge de la route, le chêne, le mur bas en brique. Et plus loin, une large étendue de champs et de pinèdes assez plates, qui s'étirait à l'ouest jusqu'à l'horizon. La perspective était vaste pour ce pays de plaines du fait que l'hôpital avait été bâti sur la seule éminence alentour. Mais il était encore trop tôt pour profiter du panorama. La fenêtre aurait aussi bien pu être peinte en gris.
Si la lumière n'avait pas été aussi faible, Inman aurait lu pour passer le temps jusqu'au petit déjeuner, car le livre dans lequel il était plongé avait le don de l'apaiser. Mais il avait consumé sa dernière bougie la veille au soir, en lisant pour faire venir le sommeil, et l'huile de lampe était une denrée trop rare pour que l'on allume les lumières de l'hôpital à seule fin de se distraire. Il se leva, s'habilla et s'assit sur une chaise, le dos tourné à la salle obscure et aux blessés couchés dans les lits. Il chassa de nouveau les mouches et regarda la première trace de l'aurore embrumée apparaître, le monde extérieur commencer à prendre forme.
La fenêtre était aussi haute qu'une porte et il avait souvent imaginé qu'elle finirait par s'ouvrir sur quelque autre lieu : il n'aurait alors qu'à l'enjamber pour y pénétrer. Au cours des premières semaines d'hôpital, comme il était à peine capable de bouger la tête, il n'avait pas eu d'autre moyen pour s'occuper l'esprit que de regarder par la fenêtre et de se remémorer les lieux verdoyants de son pays. Les repaires de son enfance. Le bord humide de la rivière où poussaient des roseaux. Le coin d'une prairie fréquentée à l'automne par des chenilles brunes et noires. Une branche de noyer surplombant le sentier, d'où il observait souvent, à la tombée du jour, son père en train de ramener les vaches à l'étable. Quand elles passaient en dessous de lui, il fermait les yeux et écoutait le bruit de ventouses que faisaient leurs sabots dans la poussière, un bruit qui allait en s'amenuisant jusqu'à disparaître derrière les appels des sauterelles et des grenouilles. La fenêtre, semblait-il, n'acceptait d'aiguiller ses pensées que vers le passé. Ce qui lui convenait fort bien, car il venait de voir le visage métallique du présent et il en était encore si abasourdi que, lorsqu'il envisageait l'avenir, il n'imaginait plus d'autre univers que celui d'où aurait été banni, ou aurait spontanément disparu, tout ce qui comptait pour lui.
Ses yeux fixèrent cette fenêtre pendant tout l'été, un été si chaud et si pluvieux que l'on avait, de jour comme de nuit, l'impression de respirer à travers un chiffon dégoulinant, un été si humide que les draps frais moisissaient sous lui et que, du jour au lendemain, de minuscules champignons noirs envahissaient les pages ramollies du livre posé sur la table de nuit. Inman supposait qu'après une si longue observation la fenêtre grise lui avait enfin dit à peu près tout ce qu'elle avait à dire. Ce matin-là, pourtant, elle le surprit, car elle lui rappela un souvenir perdu : il était à l'école, assis, ce jour-là aussi, à côté d'une haute fenêtre qui encadrait un tableau de pâturages et de crêtes vertes, s'élevant en terrasses jusqu'à l'énorme masse de Cold Mountain. C'était le mois de septembre. Dans le champ qui s'étendait au-delà de la cour en terre battue de l'école, le foin montait jusqu'à la ceinture de son pantalon, et les hautes herbes commençaient à jaunir. Le maître d'école était un petit bonhomme replet, chauve et rose, qui ne possédait qu'un seul costume noir élimé et une paire de bottines habillées, trop grandes pour lui et si usées que les talons semblaient taillés à l'oblique. Debout devant les élèves, en se balançant sur la pointe des pieds, il parla d'histoire toute la matinée, racontant aux plus âgés d'entre eux les guerres grandioses livrées dans l'Angleterre d'antan.
(...)


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