Le peuple des rats : dans les sous-sols interdits de la Chine / Passion du livre

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Couverture du livre Le peuple des rats : dans les sous-sols interdits de la Chine

Auteur : Patrick Saint-Paul

Date de saisie : 17/05/2016

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Grasset, Paris, France

Collection : Document

Prix : 20.00 €

ISBN : 9782246856863

GENCOD : 9782246856863

Sorti le : 11/05/2016

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  • La présentation de l'éditeur

«Mao les avait glorifiés. La Chine moderne leur doit son miracle économique. La première puissance mondiale en devenir s'est hissée sur les épaules de ces millions de paysans transformés en ouvriers. S'inscrivant dans la plus grande migration humaine de l'histoire, cette masse laborieuse a quitté les campagnes. A Pékin, ils sont plus d'un million à peupler les sous-sols insalubres de la capitale. Enchaînant les petits boulots en attendant de trouver mieux, les min-gong - les ouvriers migrants - sont forcés de vivre sous terre. Venu des quatre coins du pays, issu de minorités ethniques diverses, ce peuple avance sans états d'âme à la recherche d'une vie meilleure. Il a fini par adopter le surnom dont il a été affublé : les shuzu, la «tribu des rats»... Je suis allé à leur rencontre dans les boyaux tentaculaires de Pékin. J'ai partagé leur quotidien, par petites immersions, pendant près de deux ans : dans un monde interdit, sans fenêtre, sans eau et sans chauffage, éclairé au néon. Je les ai suivis dans leurs villages d'origine. Je suis allé à la rencontre des dizaines de millions d'enfants qu'ils ont abandonnés dans les campagnes. Car ils sont l'incarnation des paradoxes chinois. Le rêve du président Xi Jinping, apôtre de l'idéologie maoïste, est un lointain mirage pour eux, au pays du capitalisme débridé. Leur vie n'a rien du conte de fées. Pour autant, ils ne sont pas près de renverser le système... La propagande du Parti communiste, l'espoir d'une vie meilleure et la résurgence du confucianisme ont fait des "miracles".»

Patrick Saint-Paul

Une enquête stupéfiante dans les sous-sols interdits de la nouvelle Chine, dans la tradition des grands reportages littéraires.

Patrick Saint-Paul est correspondant en Chine du Figaro depuis 2013, après avoir couvert le Sierra Leone (lauréat du prix Jean Marin des correspondants de guerre en 2000), le Libéria, le Soudan, la Côte d'Ivoire, l'Irak, l'Afghanistan, l'Allemagne, Israël et la Palestine. Le peuple des rats est son premier livre.





  • Les premières lignes

Chapitre 1

Des rats errants au royaume de la débauche mercantile

«Je n'ai qu'une seule bonne qualité, c'est la persistante énergie des rats, qui rongeraient l'acier s'ils vivaient autant que les corbeaux.»
HONORÉ DE BALZAC

Le «lutz» est exécuté avec précision et élégance. Engoncée dans son petit gilet de fourrure, la jeune patineuse aux cheveux coiffés en nattes ondule maintenant sur la glace en marche arrière, les mains posées sur les hanches, au son de Memory de Barbra Streisand. Accoudée à une balustrade en verre, sa mère surveille sa jeune prodige d'un oeil distrait en consultant régulièrement son iPhone couleur «or» dernier modèle. D'autres parents ont mis l'heure de cours à profit pour faire leurs achats et patientent avec de grands sacs Louis Vuitton, Hermès, ou Prada posés à leurs pieds.
A l'abri de la pollution, qui empeste Pékin plus de la moitié de l'année, les petits privilégiés de la nouvelle superpuissance économique peuvent venir patiner été comme hiver dans le centre commercial du China World, le plus grand mail de luxe de la capitale chinoise. Mesurant huit cents mètres carrés, la piste a été baptisée le «Cool Ice Rink». Véritable vitrine de l'insolente réussite économique chinoise des trente dernières années, les trois tours du China World, dont la construction a débuté en 1985 pour s'achever en 2010, trônent au milieu des gratte-ciel de verre ultra-modernes du Central Business District, le Centre des affaires que les Pékinois appellent par ses initiales : CBD. Accueillant envers les étrangers, le China World se définit très modestement comme «l'endroit où la Chine rencontre le monde». Les princes rouges, héritiers richissimes du régime communiste, sanglés dans leurs costumes italiens à la coupe irréprochable, y arpentent les cent mille mètres carrés de couloirs en marbre, qui s'étendent sur quatre étages, défilant d'un air blasé devant les vitrines des quelque trois cents magasins de luxe : Berluti, Dior, Moncler ou Leica... Épouses ou concubines des fortunes éclair bâties grâce au guanxi - l'indispensable réseau de relations, où le Parti communiste chinois (PCC) est au centre d'une toile sans laquelle il est impossible d'envisager la moindre réussite en République populaire - y assouvissent leur boulimie d'achats.

Une armée très discrète de laborieux employés veille à l'entretien des lieux : les ayi, ces «tantes» ou femmes de ménage en uniforme bleu, sont en charge des sols et des vitrines, d'autres, en uniformes gris - hommes et femmes -, sont préposés aux toilettes, où ils distribuent savon et papier pour les mains. Ce sont les lutins de la croissance chinoise. Leur vie n'a rien du conte de fées. Ils sont presque tous des mingong, des ouvriers migrants, qui ont quitté par dizaines de millions les campagnes chinoises désoeuvrées, pour affluer dans les métropoles à la recherche d'un emploi, s'inscrivant dans la plus grande migration humaine de l'histoire. La richesse de tout un pays, première puissance économique mondiale en devenir, s'est construite sur les épaules de cette masse laborieuse.
(...)


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