Jardins de la dissidence / Passion du livre

Recherche simple

Recherche avancée

Recherche multi-critères








Recherche avancée

.. Jardins de la dissidence

Couverture du livre Jardins de la dissidence

Auteur : Jonathan Lethem

Traducteur : Bernard Turle

Date de saisie : 04/06/2016

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 23.50 €

ISBN : 9782879299884

GENCOD : 9782879299884

Sorti le : 10/03/2016

en vente sur


  • La dédicace de l'auteur

Crois-je comprendre qu'on reproche à Lethem d'être, dans Jardins de la dissidence, trop exhaustif quant à son sujet (la rébellion aux États-Unis), et, de ce fait, d'étouffer sa prose, voire le lecteur ? Et pourquoi ai-je l'impression que, quand on écrit que j'ai traduit «savamment» ladite prose, il s'agit, en réalité, d'un reproche ? En réaction, j'ai tout simplement envie de rire, comme j'ai ri en traduisant cette fresque dont j'avais, au contraire, l'impression qu'elle portait son statut avec une extrême légèreté. Si elle était étouffante, je devrais être sa première victime, moi qui ai passé le plus de temps, sans doute, à l'exception de l'auteur, avec ses personnages. Or, je dois avouer que, loin de m'accabler, ceux-ci m'ont ravi, surpris, comblé (tout comme le style de Lethem, tout comme les péripéties de l'Histoire), à chaque tournant de la route, à chaque courbe du métro new-yorkais, à chaque revirement de leur saga. Les Français de 2016 ont-ils un problème avec le sujet : les communistes américains et leurs héritiers ? Est-ce un miroir trop ressemblant qui leur est tendu ? N'ont-ils pas assez d'humour pour apprécier Lethem ? N'ont-ils pas compris que Jardins de la dissidence était un grand roman comique ?

Bernard Turle, traducteur de Jardins de la dissidence, de Jonathan Lethem



  • La présentation de l'éditeur

Rose Zimmer est furieuse. Juive, communiste et new-yorkaise, surnommée la «Reine Rouge du Queens», elle est injustement exclue du Parti pour avoir fréquenté un policier noir. Nous sommes en 1955, et sa colère ne faiblira jamais. Sa fille Miriam en hérite, et lutte à son tour contre l'ordre établi en épousant la contre-culture des années 1970. Quarante ans plus tard, Sergius, le fils de Miriam, veut se tenir éloigné des combats politiques. Mais peut-on échapper à une telle famille et cesser de croire en un monde meilleur ?

Du maccarthysme au mouvement Occupy, en passant par les luttes pour les droits civiques, Jardins de la dissidence couvre un demi-siècle de l'histoire de l'«autre Amérique», celle des radicaux. Une fresque puissante qui confirme le talent épique de Jonathan Lethem et fait revivre, par sa langue et sa bande-son, le quartier historiquement rebelle de New York, Sunnyside Gardens.

Jonathan Lethem est né en 1964. Il est notamment l'auteur des Orphelins de Brooklyn (National Book Award 1999), de Forteresse de solitude (2006) et de Chronic City (2011), publiés aux Éditions de l'Olivier.

«L'écriture de Lethem est puissante comme celle de Norman Mailer, mordante comme Philip Roth, et swingue comme la prose de Bob Dylan.»
Los Angeles Times





  • Les premières lignes

1 Deux procès

Arrête de baiser des flics noirs ou tu es virée du Parti communiste. Tel était l'ultimatum, l'absurde alpha et oméga du message transmis à Rose Zimmer par la cabale réunie dans sa cuisine de Sunnyside Gardens ce soir-là. Fin automne 1955.
Sol Eaglin, figure importante du communisme, lui avait téléphoné. Un «comité» souhaitait s'entretenir avec elle; non, ils seraient heureux, ravis, de venir chez elle, le soir même, après leur réunion juste de l'autre côté des Gardens - dix heures, ça lui irait ? Ce n'était pas une question mais un ordre. Oui, Sol savait combien Rose travaillait dur, combien son sommeil lui était précieux. Promis, ils ne resteraient pas longtemps.
Comment en était-on arrivé là ? Facile. La routine, à vrai dire. Ce genre de chose arrivait tout le temps. On pouvait être exclu de la cause pour s'être mouché ou avoir cligné des yeux à intervalles suspects. Après si longtemps, c'était à nouveau le tour de Rose. Elle avait entrouvert la fenêtre de la cuisine pour les entendre arriver. Préparé du café. Les bruits des Gardens filtraient à l'intérieur, fumeurs, couples d'amants, adolescents boudeurs dans les allées communes. Les ténèbres hivernales avaient beau s'être abattues sur le voisinage depuis des heures, cette soirée de début novembre était étrangement douce et plaisante : ultimes pulsations de la terre se rappelant l'été. D'autres lumières de cuisine se répandaient dans les allées, les voix se mélangeaient : des ennemis de Rose à la pelle, des amis, en plus petit nombre, et d'autres, tant d'autres, simplement tolérés. Et pourtant tous des camarades. Qui lui accordaient leur respect malgré une certaine antipathie envers elle. Respect dont elle serait dépossédée par le comité qui, à cet instant, pénétrait dans sa cuisine.
Ils étaient cinq, dont Eaglin. Trop bien habillés, ils avaient surcompensé au moyen de vestes et de gilets, et les voilà donc qui plastronnaient sur ses chaises comme dans un tableau de l'école soviétique, se donnant des airs en vue, eût-on dit, de quelque mission intellectuelle. En quête de cette chimère, de ce bidule dialectique, alors que la dialectique, il n'en serait pas question ici. La dictature, et rien d'autre. Et la prise de notes sous la dictée. Pourtant, Rose s'efforça de leur accorder son pardon. A l'exception d'Eaglin, ces hommes étaient trop jeunes pour avoir survécu comme elle aux soubresauts des années trente, les prémices du fascisme européen et du Front populaire ; ils étaient encore enfants pendant la guerre. Des militants modèles, des hommes portant les habits de la pensée indépendante mais devenus esclaves du jargon du Parti. Personne dans cette pièce n'avait la moindre importance sauf le seul esprit indépendant ou doué de pensée, un véritable et célèbre organisateur, après tout, un homme de terrain : Sol Eaglin. Et ancien amant de Rose Zimmer. Eaglin en noeud papillon, implantation capillaire désormais repoussée vers l'arrière de la boîte crânienne, arquée comme un soleil d'hiver au couchant. Eaglin, le seul assez mâle parmi eux pour ne pas croiser son regard, le seul à saisir ne fut-ce qu'une once de la honte qu'elle éprouvait dans cette situation.
(...)


Copyright : Studio 108 2004-2017 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli