Le reste de leur vie / Passion du livre

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.. Le reste de leur vie

Couverture du livre Le reste de leur vie

Auteur : Jean-Paul Didierlaurent

Date de saisie : 01/08/2016

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Au diable Vauvert, Vauvert, France

Prix : 17.00 €

ISBN : 9791030700596

GENCOD : 9791030700596

Sorti le : 02/05/2016

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

Comment, au fil de hasards qui n'en sont pas, Ambroise, le thanatopracteur amoureux des vivants et sa grand-mère Beth vont rencontrer la jolie Manelle et le vieux Samuel, et s'embarquer pour un joyeux road trip en corbillard, à la recherche d'un improbable dénouement... Un conte moderne régénérant, ode à la vie et à l'amour des autres. Tout lecteur fermera heureux, ému et réparé, ce deuxième roman qui confirme le talent de Jean-Paul Didierlaurent.

Jean-Paul Didierlaurent a remporté de nombreux concours de nouvelles avant de connaître le succès avec son premier roman, Le Liseur du 6h 27, vendu à plus de 250 000 exemplaires en poche chez Folio et au Diable vauvert et traduit dans 30 pays. Le reste de leur vie est son second roman.





  • La revue de presse Jean-Claude Lebrun - L'Humanité du 12 mai 2016

L'auteur, au solide pedigree de nouvelliste, n'a pas son pareil pour restituer le grain de ces vies éparses...
Un tour de force narratif de l'inventif Didierlaurent, qui fait se rejoindre ses quatre personnages dans un... corbillard, en route pour les bords du Léman. On n'en donnera pas les raisons ni ne dévoilera la romanesque suite de l'histoire. On dira seulement l'admiration devant le sens de la surprise et la maîtrise de la dramaturgie. Tant ce livre macabre et joyeux apparaît porteur d'une ­débordante énergie. Et cette littérature s'affirme comme un acte de foi dans la vie.



  • Les premières lignes

Manelle était sur les nerfs, comme à chaque fois qu'elle passait le seuil de l'appartement de Marcel Mauvinier. Ce type avait l'art de la mettre hors d'elle. «Vous penserez à bien vider mon vase, mademoiselle.» Il l'accueillait toujours ainsi. Jamais bonjour, pas le moindre mot de bienvenue. Non, juste ce rappel à l'ordre crié depuis le fauteuil du salon dans lequel il vissait son postérieur du matin au soir : vous penserez à bien vider mon vase, mademoiselle. Sous-entendu qu'elle avait pour habitude de mal le vider, son vase. Mais elle ne pensait qu'à ça, Manelle, lorsqu'elle venait ici, ce pot de chambre émaillé décoré de fleurs mauves qu'il lui fallait trimballer tous les matins de la chambre jusqu'aux toilettes pour en vider le contenu dans la cuvette, résultat d'une nuit de désordre prostatique. A près de quatre-vingt-trois ans, veuf depuis peu, Mauvinier avait droit à quatre heures d'aide à domicile par semaine, réparties en cinq séances de quarante-huit minutes chacune, du lundi au vendredi. Des séances pendant lesquelles la jeune fille devait, outre vider le vase de nuit de monsieur, accomplir moult tâches comme celles de passer l'aspirateur, refaire le lit, repasser le linge, éplucher des légumes, le tout sous le regard suspicieux de ce vieux vicelard qui essayait toujours d'en avoir pour un peu plus que pour son argent. «Je vous ai fait la liste», minauda l'ancien. Tous les matins, la feuille à petits carreaux posée sur la toile cirée de la table de cuisine attendait la jeune femme. Y étaient consignées les tâches du jour. Manelle enfila sa blouse vert pâle et parcourut l'écriture serrée de Marcel Mauvinier, une écriture de radin qui ne débordait pas des lignes. Des mots tracés à l'économie.

Vase à vider
Linge à étendre
Mettre en route une lessive de blanc
Refaire le lit (taie d'oreiller à changer)
Arroser le ficus de la salle à manger
Balayer cuisine + couloir
Aller relever le courrier

Au petit jeu du Comment-occuper-son-aide-à-domicile-pendant-trois-quarts-d'heure, Marcel Mauvinier, ancien propriétaire d'un magasin d'électroménager, était devenu le roi. Manelle se demandait toujours pourquoi le mot «larbin» n'était pas du genre féminin. Elle consulta une deuxième fois son ordre de mission, s'efforçant de deviner où ce vicelard avait pu cacher la coupure de cinquante euros aujourd'hui. Elle aurait parié pour le ficus. Le billet était devenu le graal journalier de Manelle. Découvrir son emplacement relevait du challenge pour la jeune femme et pimentait quelque peu les quarante-huit minutes à venir. Un an plus tôt, lorsqu'elle avait découvert pour la première fois le bifton posé innocemment sur la table de nuit, elle avait suspendu son geste au moment de le saisir. Les mots «danger» et «terrain miné» avaient clignoté furieusement derrière son front. Ce billet de cinquante euros exposé à la vue, bien à plat au milieu du petit napperon qui couvrait le chevet, sentait un peu trop la mise en scène à plein nez pour être honnête. (...)


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