Euphoria / Passion du livre

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.. Euphoria

Couverture du livre Euphoria

Auteur : Lily King

Traducteur : Laurence Kiefé

Date de saisie : 05/05/2016

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Bourgois, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 22.00 €

ISBN : 978-2-267-02938-3

GENCOD : 9782267029383

Sorti le : 04/02/2016

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

En 1933, trois jeunes et brillants anthropologues se rencontrent sur les berges du fleuve Sepik, dans le Territoire de Nouvelle-Guinée, alors sous domination anglaise.
Inspiré par la vie de Margaret Mead, la célèbre anthropologue américaine qui sut donner du souffle à cette science encore si récente dans les années 30, Euphoria est un roman passionnant où il est question de tribus indigènes, d'ethnocentrisme et de guerres mondiales, mais aussi et surtout de nature, de désir et de possession...

«Poétique, saisissant. Lily King appréhende la substance du désir d'un homme pour une femme qui a radicalement changé le regard que nous portons sur nous-mêmes.»
The Washington Post
Sélection des 10 meilleurs livres de l'année 2014 de la New York Times Book Review.

Lily King est née en 1963. Elle a grandi dans le Massachusetts et a suivi des études de littérature. Elle a publié des nouvelles, des essais et des critiques dans de nombreuses revues, parmi lesquelles le New York Times, le Washington Post ou le Los Angeles Review of Books. Elle est l'auteur de quatre romans, tous salués par la critique et le public. En France, elle a connu un beau succès avec La Pluie et le beau temps (2012).
Elle vit dans le Maine avec sa famille, et partage son temps entre l'écriture et l'enseignement.





  • La revue de presse Julie Clarini - Le Monde du 5 mai 2016

Dans une construction très efficace de l'intrigue - qui a d'ores et déjà assuré au roman le projet d'une adaptation au cinéma -, Lily King met en jeu la sensualité complexe de ces intellectuels puissamment engagés dans leur science, obnubilés par elle et non prémunis contre l'exaspération des sens que produit le désir de savoir et de comprendre. Euphoria est la démonstration par le romanesque que -l'excitation amoureuse prolonge -l'excitation intellectuelle.


  • La revue de presse Emmanuelle Loyer - Libération du 17 mars 2016

C'est l'histoire d'un trio d'ethnologues, un Jules et Jim sur le fleuve Sepik, en Nouvelle-Guinée, alors sous domination britannique. Deux hommes, une femme...
L'intrigue du roman de Lily King décalque un épisode de la vie de l'ethnologue américaine Margaret Mead, auteur d'un ouvrage qui la rendit immédiatement célèbre, Coming of Age in Samoa (1928) : elle y décrivait les moeurs sexuelles tolérantes des adolescents de Nouvelle-Guinée et choqua l'Amérique puritaine. Sur le terrain, elle troqua un mari contre un autre. Car que fait-on sur le terrain ? La fiction retourne ici l'outil anthropologique sur les ethnologues et les pratiques de cette tribu particulière...
L'amour de la connaissance hisse l'amour tout court et déniaise notre Britannique - embrassant, pour la première fois, la vérité d'une vocation d'anthropologue.



  • Les premières lignes

Au moment où ils quittaient les Mumbanyo, quelqu'un leur lança quelque chose. Un objet qui se mit à flotter derrière le canoë. Un objet brun pâle.
«Encore un bébé mort», dit Fen.
Il lui avait déjà cassé ses lunettes à l'époque, et elle ne savait pas s'il plaisantait.
Devant eux, bordée d'une épaisse végétation vert foncé, s'ouvrait la trouée sinueuse où allait s'enfoncer le bateau. Elle se concentra dessus. Elle ne se retourna plus. Les quelques Mumbanyo présents sur la plage chantaient pour eux en frappant le gong des morts mais elle refusa de les regarder une dernière fois. Régulièrement, quand les quatre rameurs - debout, interpellant les leurs encore à terre ou hélant les autres embarcations - plongeaient leurs pagaies à l'unisson, un petit souffle de vent giflait sa peau moite. Ses lésions se resserraient en picotant, comme pressées de cicatriser dans cette bouffée d'air sec. Le vent tombait, soufflait, tombait, soufflait. Le décalage entre la sensation et sa perception lui fit comprendre que sa fièvre était en train de remonter. Les rameurs s'interrompirent pour égorger une tortue à cou de serpent et ils la hissèrent à bord alors qu'elle se débattait encore. Dans son dos, Fen fredonna un chant funèbre pour l'animal, si bas qu'elle fut la seule à l'entendre.
Un bateau à moteur les attendait à l'endroit où le Yuat se jette dans le Sepik. A bord, outre le pilote, un nommé Minton que Fen avait connu à Cairns, il y avait deux couples de Blancs. Les femmes étaient vêtues de robes habillées et de bas de soie, les hommes en smoking. Puisqu'ils ne se plaignaient pas de la chaleur, c'était qu'ils vivaient là, les hommes supervisant sans doute le travail dans des plantations ou des mines ou bien faisant respecter les lois conçues pour les protéger. Au moins, il ne s'agissait pas de missionnaires. Aujourd'hui, un missionnaire lui aurait été insupportable. L'une des femmes avait des cheveux dorés et brillants, l'autre des cils pareils à des fougères noires. Munies chacune d'une pochette brodée de perles. La blancheur lisse de leurs bras paraissait artificielle. Elle avait envie de toucher celle qui était la plus proche, de relever sa manche pour vérifier jusqu'où montait le blanc, exactement comme ses tribus, partout où elle était allée, avaient eu besoin de la toucher quand elle débarquait. Elle vit la pitié dans le regard de ces femmes lorsque Fen et elle montèrent à bord avec leurs sacs crasseux et le paludisme au fond des yeux.
Le moteur démarra brusquement avec un bruit si agressif qu'elle se plaqua les mains sur les oreilles, comme une enfant. Elle vit Fen tressaillir, prêt à réagir de la même façon ; elle sourit automatiquement mais, contrarié qu'elle eût remarqué son geste, il s'éloigna pour parler à Minton. Elle s'assit sur le banc à l'arrière avec les femmes.
«Qu'est-ce qu'on fête ?» demanda-t-elle à Tillie, celle à la chevelure d'or. Si elle avait eu des cheveux pareils, les indigènes n'auraient jamais cessé de les toucher. Impossible de faire du terrain avec ces cheveux-là.
Elles parvinrent à entendre ce qu'elle disait, malgré le bruit du moteur. Elles se mirent à rire.
«C'est le réveillon de Noël, ma pauvre fille.»


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