Un souffle, une ombre / Passion du livre

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.. Un souffle, une ombre

Couverture du livre Un souffle, une ombre

Auteur : Christian Carayon

Date de saisie : 15/03/2016

Genre : Policiers

Editeur : Fleuve éditions, Paris, France

Collection : Fleuve noir

Prix : 20.90 €

ISBN : 9782265115606

GENCOD : 9782265115606

Sorti le : 14/04/2016

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

«UN SOUFFLE, UNE OMBRE, UN RIEN, TOUT LUI DONNAIT LA FIÈVRE.»

Il faisait particulièrement doux ce soir-là.
Nous étions en été, un samedi, la fête annuelle de la base nautique des Crozes avait battu son plein toute la journée. Justine avait demandé à ses parents, également présents, de pouvoir passer la nuit avec sa cousine et deux copains de classe sur l'îlot des Bois-Obscurs, au centre du lac. Un camping entre pré-adultes. Une récompense pour le bon travail fourni toute l'année. Promis, ils seraient de retour le lendemain, à 10 heures au plus tard.
Le dimanche matin, les adolescents se font attendre. L'un des parents, de rage, parcourt la distance à la nage. Il découvre alors l'étendue du massacre : les corps meurtris, outragés, dénudés.
Les familles des victimes, des accusés, la région, tous vont connaître le chaos et le déclin.
Ma vie d'enfant a basculé ce jour-là. Quelqu'un - quelque chose -, au visage indéfini, malveillant, a pris possession de mon imaginaire, de mon âme.
Vingt ans après le drame, l'occasion de dépasser ce traumatisme collectif s'offre à moi.
Je vais enfin pouvoir donner un visage à mes peurs.

Christian Carayon, originaire du Sud-Ouest, enseigne l'histoire et la géographie en lycée depuis plus de quinze ans. Passionné de littérature, il se lance dans l'écriture en 2012 et publie Le diable sur les épaules, finaliste du Prix Ça m'intéresse histoire. Un souffle, une ombre est son 3e roman, déjà vendu en plusieurs langues avant même sa publication en France.





  • Les premières lignes

Extrait du prologue

Il fait nuit. Je vois la nuit, le ciel étoile, la lueur de la demi-lune qui la rend moins obscure. Je sens ses odeurs humides. J'entends son silence.
Je sais où je me trouve. La nuit ne peut pas tout cacher. Ce sont les éléments qu'elle recouvre qui noircissent et se réduisent à des masses sombres. Ici, elle dessine les contours de la forêt qui oscille au gré des bosses et des creux du relief. Je suis allongé au fond d'une barque. Elle glisse sur l'eau. Seulle clapot contre sa coque vient légèrement perturber le silence. Bientôt, les rames sont relevées. L'embarcation continue de glisser encore un peu avant de ralentir et de s'arrêter. Quand on me soulève pour me mettre debout, elle reste étonnamment immobile.
Au milieu des ténèbres de la forêt, le lac repose, à peine argenté par la lune. Il ondule comme un gros serpent. Je suis maintenu ainsi à la verticale durant un assez long moment. Comme si on voulait que je contemple le spectacle. Dans quelques heures, au fond de cette ancienne gorge, le soleil va se lever. Sa lumière orangée fermera la parenthèse de la nuit. Je sais maintenant que je ne la verrai pas.
Je devrais avoir peur, être terrifié. Ce n'est pas le cas. Peut-être pour l'une des toutes premières fois de ma vie. Néanmoins, je sais que la peur viendra, qu'elle m'attend là, juste en dessous.
On me soulève comme une plume et on me laisse glisser dans l'eau sans bruit, avec lenteur, sans éclaboussure, à l'image de mon existence. On ne me lâche que lorsque je suis immergé jusqu'aux épaules. Je me mets alors à flotter et à dériver. Je m'éloigne de la barque sans faire le moindre geste, parce que j'en suis bien incapable. Je ne sens aucune partie de mon corps. Il n'est plus qu'une enveloppe dont j'ai à peine conscience. Mes bras sont soulevés par l'eau et se déplient à la surface. Le lac me porte, me berce. Il est comme les monstres des contes : il tente de me tranquilliser avant de m'avaler.
Mon corps de chiffon s'alourdit soudainement. Un poids est en train de m'attirer vers le fond. L'eau dépasse mon menton, ma bouche, mon nez. Avant qu'elle ne recouvre mes yeux, je vois une dernière fois le bateau, les silhouettes à son bord et le ciel.
Je coule. Mes bras s'étirent désormais au-dessus de ma tête. Il fait sombre, de plus en plus sombre. Les ténèbres sont tout autour et je m'y enfonce. Je me retiens de respirer. Je repousse autant que possible le moment où il me faudra laisser l'eau noire pénétrer dans ma gorge, dans mes poumons et dans mon ventre. Je sais que la douleur sera terrible. C'est maintenant que la peur me rejoint. Elle nage jusqu'à moi. Je suis inapte à la chasser. La peur est une vieille compagne. Il est normal qu'après avoir piloté ma vie, elle veille sur ma mort. Qu'elle me montre son dernier visage, le plus terrible, le plus abominable. Je me rends compte, alors, que je ne l'ai jamais vraiment connue, que je ne l'ai côtoyée que de loin.


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