Roman / Passion du livre

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Couverture du livre Roman

Auteur : Linda Lê

Date de saisie : 17/03/2016

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Bourgois, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 20.00 €

ISBN : 978-2-267-02915-4

GENCOD : 9782267029154

Sorti le : 07/01/2016

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

L. a failli être emportée par une rupture d'anévrisme. Elle a cependant échappé à la mort. Elle venait de faire paraître un essai sur les amours occultées de trois passionnées, trois " aimantes inouïes ", selon l'expression de Rilke, qui ont vécu dans l'ombre de grands hommes : Taos Amrouche, l'amante de Jean Giono, Catherine Pozzi, la Béatrice de Paul Valéry, Camille Claudel, la " divinité " de Rodin.
Rendue à la vie, L. fait retour sur ce qui a compté dans son existence : les livres et l'écriture d'une part, de l'autre deux personnages dont on pourrait dire que tout les oppose : B., le compagnon des dernières années, le grand rationaliste, et Roman, un jeune homme né à Montevideo, arrivé en France à l'âge de six mois, qui est de ces égarés qu'on dit " fous ". Pour L., qui est à la poursuite d'un rêve, celui de découvrir en l'autre un frère de substitution, un véritable alter ego, Roman joue le rôle du jumeau perdu et retrouvé.
La passion, la folie et la mort cheminent de concert dans ce tableau d'une résurrection, dont le dernier mot pourrait bien être l'impossible quête, la quête d'un double sublimé en qui s'exiler.

Née en 1963 au Viêt-nam, Linda Lê avoue volontiers qu'elle n'a plus une connaissance intime de sa langue natale. Le français, appris dès l'enfance, à Saigon, est devenu, sinon sa patrie, du moins un espace mouvant qui lui permet tout ensemble de se désabriter et de trouver une ancre flottante. Arrivée en France en 1977, deux ans après la fin de la guerre du Viêt-Nam, elle a pris le chemin de la littérature.
Après trois livres parus lorsqu'elle était très jeune, elle a publié Les Evangiles du crime dont une presse unanime a salué l'originalité exceptionnelle. En 1993, Christian Bourgois a édité son cinquième livre, le roman Calomnies (traduit et publié aux Etats-Unis, aux Pays-Bas et au Portugal) puis en 1995, Les dits d'un idiot. Les Trois Parques et Voix ont paru en 1998, Lettre morte en 1999, Personne en 2003, Kriss/L'homme de Porlock en 2004 et In memoriam en 2007.
Elle a reçu le prix Wepler-Fondation La Poste en 2010 pour son roman Cronos et le prix Renaudot-poche en 2011 pour A l'enfant que je n'aurai pas (Nil). Son roman Lame de fond, a figuré parmi les 4 livres finalistes pour le prix Goncourt. Elle a reçu le prix Louis Barthou de l'Académie française en 2015 pour son essai Par ailleurs (exils).





  • La revue de presse Bertrand Leclair - Le Monde du 17 mars 2016

Ecrit à la troisième personne mais épousant le mouvement de l'introspection jusqu'au ressassement, Roman entraîne le lecteur dans un lancinant balancement des berges de la raison, où campe B., aux eaux troubles, où plonge Roman, provoquant bientôt des effets funambulesques chargés de suspense. De l'épanchement du rêve dans la réalité à l'épanchement du cauchemar, il n'y a qu'un fil de mots fragiles ...
Alors que la confusion du réel et du fantasme a nourri nombre de ses récits les plus sombres, Linda Lê parvient ainsi à la contenir par l'analyse, justifiant le titre de sa fiction. Elle atteint un point d'équilibre dont la fragilité est la beauté, en ne cédant ni au vertige du sans-nom ni au renoncement  : en refusant d'arrimer ses phrases au terreau des certitudes raisonnables.


  • La revue de presse Antoine Perraud - La Croix du 27 janvier 2016

Par petites touches magistrales, comment une oeuvre en progrès chamboule son auteur et son proche entourage...
Tout l'art de Linda Lê consiste à ne jamais épancher le contenu de ce que rédige L. - ce serait alors verser dans l'un de ces petits livres nombrilisto-naturalistes qui poussent comme du chiendent ! Non, Linda Lê, avec son écriture en spirale d'une finesse grinçante, laisse entrevoir les pouvoirs du «don magique de l'expression». Ce qui sera mu ou mué, chez un écrivain et son entourage, une fois l'oeuvre accomplie. Les mots essentiels couchés sur le papier, mettent-ils fin aux coucheries relevant de la distraction ? L'acte d'écrire est une renaissance caverneuse, un joug qui brise les chaînes, une façon de recréer le monde, quitte à tout bouleverser. C'est un pavé dans la mare. Et Linda Lê offre à comprendre ce que sont ces ronds qui se forment dans l'eau, après qu'une pierre y a été jetée.


  • La revue de presse Claire Devarrieux - Libération du 7 janvier 2016

Un trio de voyageurs et des «démons hurleurs» dans le nouveau livre attachant de la romancière d'origine vietnamienne. En savourant les délicats commentaires déployés au fil de Roman, le nouveau roman de Linda Lê, on se prend à imaginer qu'un autre livre - rêvé, idéal - est le socle de celui-ci. N'est-ce pas l'analyse d'une étude de moeurs que nous sommes en train de lire ? N'est-ce pas la présentation approfondie jusqu'au vertige de héros issus d'une imagination inconnue qui nous est proposée ?



  • Les premières lignes

L. n'aurait pas pensé à lui si ce n'était arrivé. Et ce qui était arrivé, c'était que la mort avait failli la faucher cette année-là. La mort avait tenté de la prendre par surprise, si bien que, après lui avoir échappé, elle en était encore tout étonnée, comme si le sursis qui lui avait été accordé était en fait accordé à quelqu'un d'autre, quelqu'un qui n'avait rien à voir avec elle, quelqu'un qui lui était totalement étranger.
Elle ne s'était pas sentie en pleine renaissance, en pleine résurrection, une fois que le danger de survivre en étant intellectuellement diminuée avait été provisoirement écarté. B., son compagnon, pour décrire sa situation, avait utilisé cette image : elle avait une bombe à retardement dans la tête qui risquait d'exploser à tout moment, produisant des ravages irréversibles sur ses facultés intellectuelles. Une rupture d'anévrisme, même si l'on en réchappe, peut laisser des séquelles. Tout le monde répétait que L. avait eu la chance de n'avoir connu d'autres dommages qu'une brève confusion mentale et une amnésie touchant quelques jours de son existence.
Quand, après avoir subi une embolisation, elle se réveilla dans la salle de réanimation du pavillon Garcin de l'hôpital Sainte-Anne sans prendre encore toute la mesure de ce qui s'était produit, sa première pensée fut pour lui. Il était son frère, né deux ans après elle, et s'il n'était pas mort à sa naissance, sa vie, à elle, aurait sans doute été profondément changée. Longtemps, quand elle était enfant, elle s'était demandé comment il se serait appelé, s'il aurait eu les mêmes initiales qu'elle. Mais Mother n'avait pas voulu lui donner de prénom, elle disait qu'il valait mieux pour lui une tombe anonyme. Ainsi, on ne ferait pas souffrir les enfants venus au monde après lui en les traînant jusque devant cette tombe et en leur disant qu'ils étaient là pour remplacer le fils qui n'avait pas survécu.
Quand L. se réveilla dans la salle de réanimation, elle était incapable de se rappeler ce qui s'était produit les jours précédents. C'était comme si elle avait perdu conscience, était tombée dans le coma l'espace de soixante-douze heures. Elle croyait se souvenir que tout avait commencé le dimanche d'avant : alors qu'elle se préparait à aller voir sa soeur, elle avait soudain eu de violents maux de tête et s'était sentie saisie d'une grande faiblesse. Elle avait renoncé à sortir, s'était couchée, après avoir pris avec elle un livre, Mon corps et moi de René Crevel. Ce qui s'était passé ensuite, il n'en restait qu'une infime trace dans sa mémoire : sa soeur était arrivée, un médecin avait été appelé, qui voulait la faire transporter aux urgences en ambulance. Elle avait refusé. Qu'avait-elle fait les jours suivants ? Où était-elle allée ? Il ne subsistait à ce sujet dans son esprit qu'un blanc angoissant. B., qui ne l'avait pas quittée durant ces jours, devait lui dire qu'il s'était fait un sang d'encre, il la croyait devenue folle, tant elle était ou bien absente ou bien azimutée, en tout cas pas du tout dans son état normal


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