Vies privées / Passion du livre

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.. Vies privées

Couverture du livre Vies privées

Auteur : Josep Maria de Sagarra

Préface : Juan Marsé

Traducteur : Nicole Pujol

Date de saisie : 30/10/2015

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Bourgois, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 20.00 €

ISBN : 978-2-267-02890-4

GENCOD : 9782267028904

Sorti le : 01/10/2015

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

Vies privées est considéré comme un classique de la littérature catalane, après avoir été censuré pendant des années suite à sa publication en Espagne en 1932.
Josep Maria de Sagarra y décrit les changements profonds qui affectent la haute société catalane dans cette première moitié du XXe siècle, secouée par les convulsions politiques qui précèdent la prise du pouvoir par Franco, l'effondrement moral et économique de la vieille aristocratie terrienne et l'avènement d'une haute société ambitieuse, frivole et cynique.

«Vies privées est une référence obligée quand on parle de roman catalan. Point à la ligne. [...] On [y] trouve [...], assurément, l'élégante provocation sociale que supposa la publication de ce roman [...]. Mais j'aime quant à moi imaginer Sagarra soulevant un sourcil, un peu méprisant et dédaigneux face à toute la signification sociale et culturelle - scandale compris - qu'on reconnaît à son roman.» Juan Marsé

Josep Maria de Sagarra est né à Barcelone en 1894, au sein d'une ancienne famille de la noblesse catalane. Il est l'un des écrivains les plus complets de la littérature catalan. Versificateur hors pair, en poésie et en théâtre, il s'essaya à tous les genres en prose : romancier, brillant journaliste, grand mémorialiste et chroniqueur de son époque. Il est mort à Barcelone en 1961.





  • La revue de presse Ariane Singer - Le Monde du 8 octobre 2015

Doté d'un humour cruel et d'un grand sens du détail, Sagarra signe un captivant roman de moeurs sur fond de bouleversements politiques.



  • Les premières lignes

Première partie

Ses paupières, en s'ouvrant, émirent un bruit presque imperceptible, comme si elles avaient été collées par un mélange déjà ancien de larmes et de fumée ou par les sécrétions qui se produisent dans des yeux irrités par une très longue lecture sous une lumière insuffisante.
Semblable à un coup de peigne rapide, le petit doigt de sa main droite vint effleurer ses cils et ses prunelles tentèrent de discerner quelque chose. En fait, il ne perçut qu'un paysage d'ombres molles et semi-liquides d'une grande imprécision : ce qu'un homme encore ébloui par les lumières de la rue pourrait entrevoir en pénétrant dans un aquarium. Parmi toutes ces ombres se détachait avec netteté une sorte de lame, longue et vaporeuse, de la couleur du jus des oranges écrasées sur le port. C'était un rai de lumière qui filtrait à travers la fente des volets et semblait s'aigrir ensuite dans l'atmosphère viciée de la chambre.
Il devait être plus de quatre heures de l'après-midi. L'homme aux paupières meurtries, Frédéric de Lloberola, se réveillait normalement. Personne ne l'avait appelé, aucun bruit ne l'avait troublé ; ses nerfs étaient las de dormir ; il avait profité jusqu'aux toutes dernières secondes d'un rêve absurde et délavé, de ces rêves que l'on fait lorsque rien ne se passe dans notre vie et dont on se souvient à peine lorsqu'on se réveille.
Moins de huit secondes suffirent à Frédéric pour prendre pied dans la réalité.
Sur les dalles nues, plusieurs de ses vêtements semblaient souffrir d'avoir été ainsi abandonnés en désordre ; parmi eux : des bas de soie et une chemise de femme, sale, en coton tricoté, semblable à une baudruche dégonflée.
Les quatre chaises débordaient d'affaires à elle ; la petite coiffeuse croulait sous les flacons, les boîtes de poudre, les pinces et les ciseaux, et l'armoire ouverte évoquait quelque exhibition au faste macabre ; en effet, les robes et les manteaux suspendus sur leurs cintres, avec leurs couleurs vives et leurs applications de broderies bariolées, faisaient songer à des princesses de baraque foraine excessivement maigres que l'on aurait décapitées et à qui on aurait planté un hameçon au travers de la gorge. Tout en haut de l'armoire dormaient des cartons à chapeau vides et couverts de poussière qui tenaient compagnie à un chien empaillé. Ce chien était tombé entre les mains d'un taxidermiste malhabile qui l'avait rembourré, lamentablement, laissant apparaître tous les points de suture parmi les poils du ventre fouillé par le scalpel. Sa maîtresse lui avait attaché autour du cou un morceau de jarretière démodée sur laquelle languissaient trois minuscules roses de satin, presque trois gouttes de sang.
Frédéric prit peu à peu conscience des odeurs de la chambre close. Comme pour les médicaments désagréables à avaler, l'une d'elles l'emportait sur les autres : celle du tabac froid.
(...)


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