Tandis que je me dénude / Passion du livre

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.. Tandis que je me dénude

Couverture du livre Tandis que je me dénude

Auteur : Jessica Nelson

Date de saisie : 01/10/2015

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Belfond, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 18.00 €

ISBN : 9782714460257

GENCOD : 9782714460257

Sorti le : 13/08/2015

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  • La dédicace de l'auteur

On a pour coutume de dire que le 2e roman est un cap délicat à franchir dans la vie d'un auteur. Je ne peux que le confirmer ! Il y a dix ans, je publiais mon premier livre, Mesdames, souriez. Le conseil de mon éditrice d'alors était, avant même qu'il paraisse en librairies, de continuer à écrire, de me projeter dans la suite. Je n'imaginais pas qu'il me faudrait dix ans pour venir à bout d'un nouveau roman...
J'ai publié un essai sur l'anorexie, des livres d'aventures pour les ados, des nouvelles. Je contournais sans doute ma difficulté à rédiger ce texte, dont le sujet, une obsession de longue date, n'a pourtant dans mon esprit jamais changé : je souhaitais mettre en scène notre société du spectacle et de l'exhibition, explorer les notions d'intimité et de pudeur à cette heure où les réseaux notamment ont instauré une dictature de la transparence de nos identités, de nos faits et gestes.
«Il faudrait n'écrire que des livres dont l'absence fait souffrir», selon Marina Tsvetaïeva. Voilà des mots avec lesquels je me sens tout à fait en phase, en espérant que ce roman dont l'existence m'était nécessaire, expliquant probablement le temps qu'il a pris à germer et éclore, sera un plaisir de lecture pour ceux qui l'ouvriront.

Jessica Nelson



  • La présentation de l'éditeur

«Et si en revêtant un masque on en disait plus sur soi, parce que enfin on se sent libre ?»

Elle ne se dénude pas vraiment. Elle garde tous ses vêtements. Et pourtant, devant les caméras, cet auteur d'un premier roman aura l'impression d'être à découvert.
Que tous - les invités du plateau, l'animateur, les téléspectateurs, le public ou encore son attachée de presse dans les coulisses - auront exploré la moindre parcelle de son corps et de son intimité, sans bienveillance aucune... Alors elle se fissure de l'intérieur, en direct. Et, tandis qu'elle s'effondre et se débat contre elle-même, consciente qu'elle est sans doute son pire ennemi, c'est son histoire qui se construit en un redoutable puzzle à mesure que se déconstruit son être.

L'AUTEUR : Jessica Nelson est l'auteur de nouvelles, d'un essai, Tu peux sortir de table (Fayard, 2008), et de Mesdames, souriez (Fayard, 2005 ; bourse Lagardère). Longtemps conseiller littéraire et chroniqueuse sur TF1 (Vol de nuit, Au Field de la nuit), elle a cofondé le prix de la Closerie des Lilas en 2007 et les éditions des Saints Pères en 2012. Tandis que je me dénude est son deuxième roman.





  • Les premières lignes

Grande inspiration. Mon coeur cogne avec tant de frénésie que je crois mourir. Je suis peut-être en train de mourir, d'ailleurs. Poitrine tambour, résonances multiples, au rythme de pensées qui s'accélèrent.
Moi qui ai toujours préféré disparaître, dans la foule, sous une masse de vêtements, dans les angles, je vais me déshabiller sous les yeux d'une centaine de personnes. Pas envie qu'on me fixe : mieux vaut ne pas penser au million et demi de téléspectateurs qui suivent l'émission, dehors. Pis encore, au replay. Heureusement, mes élèves ignorent, ou quasi, ce qu'est la télévision. Et je suis différente, cheveux lâchés, en robe, du lycée où je porte des tenues strictes et un chignon. Je prie : à cette heure-ci, les drôles, mes djeuns, bavardent sur les réseaux.

Hélas, ce qu'on dit, ce qu'on filme, laisse une trace : ne pas anticiper les séquences potentielles reprises sur YouTube et Dailymotion.
Alors. Pourquoi fais-tu cela ? Pourquoi es-tu là ?
L'Ombre en moi insuffle son puissant venin : le doute. Sa voix chuchote souvent à mon oreille, balançant ses idées dérangeantes avec son timbre un peu rauque de fumeuse, plantant des bulbes de folie que je piétine mais c'est comme du chiendent, dur de l'arracher. On recommence, on lutte pour ne gagner qu'un instant. Fatigant, n'est-ce pas ?
Ingrate.
Tu as raison, l'Ombre. Ayons de la reconnaissance pour ma présence ici, rares sont les auteurs qui jouissent de ce traitement de faveur. Une heure et demie d'émission pour écouter les invités, évoquer les problématiques de mon premier roman, répondre au Présentateur et à ses chroniqueurs, rire ; agir comme si le ton caustique de ce programme ne me hérissait pas, je suis de la bande. In.
Et : après le clap de fin, on trinque en loge. N'est-ce pas ?
Trinquer ?
Ce n'est pas ce qu'on va faire ?
C'est un mythe, trinquer une fois l'émission en boîte. Tu trinques, ma pauvre, avant, dans ta loge, seule pour te donner du courage, un peu honteuse d'avoir besoin de quelques degrés supplémentaires dans tes veines. Ou tu trinques au figuré sur le plateau, parce que rien ne se passe comme prévu.
On trinque rarement après, on s'en va et point, les lumières s'éteignent, ce n'était que de la télé, la vie reprend.
Allons, allons, détendons-nous. Bois un coup puisque ça te rassure, va pisser, remercie ta bonne étoile. La plupart des auteurs publient leurs livres dans une indifférence glaçante.
L'Ombre me prépare comme un champion de boxe sur le ring. Je me ressaisis.


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