Ordre et désordres / Passion du livre

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.. Ordre et désordres

Couverture du livre Ordre et désordres

Auteur : Philippe Bilger

Date de saisie : 25/04/2015

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Le Passeur éditeur, Paris, France

Collection : En toute liberté

Prix : 18.00 €

ISBN : 9782368903087

GENCOD : 9782368903087

Sorti le : 10/04/2015

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  • La dédicace de l'auteur

J'entends : quoi encore un livre sur soi, ses états d'âme, sa vision de l'existence, ses choix, ses dilections et ses antipathies !
J'espère sans vanité que celui-ci est un peu plus. Qu'il couvre un prisme infini entre intime et politique, entre personnel et social, entre liberté et réaction. Que sa sincérité est totale et qu'il tente d'aller au plus profond de soi pour révéler les mauvaises herbes qui y poussent. Qu'il cherche aussi, en se montrant faible, désarmé mais homme aussi, pour le meilleur ou pour le pire, à créer un pont, une passerelle, à lancer un message, à susciter une fraternité.
Peut-être alors aurai-je réussi à me prouver, à prouver que ces subjectives pensées, que ces sentiments personnels, cet Ordre et ces désordres étaient ceux de beaucoup...
Je n'en demande pas plus mais ce serait une grâce pour moi.

Philippe Bilger



  • La présentation de l'éditeur

Philippe Bilger a passé quarante ans dans la magistrature. Au cours de sa carrière, il a requis dans des affaires qui ont marqué la justice : il a notamment représenté l'accusation aux procès de François Besse, de Bob Denard, de Maxime Brunerie, d'Émile Louis, d'Hélène Castel ou du gang des barbares de Youssouf Fofana.

Sous la forme d'un abécédaire intime et original, cette éminente personnalité du monde judiciaire et de la société civile sort des sentiers battus de l'autobiographie et se raconte sans faux-semblants. Il revient sur sa jeunesse, ses convictions et ses engagements, ses failles et ses combats. D'Abandon à Twitter, de Charlie Hebdo à Michel Houellebecq, de Connard à Vanité, de Divorce à Religion, d'Hugo Lloris à Sarkozy, de Meryl Streep à Sexe, il aborde les 105 entrées sans langue de bois, ose les sujets qui fâchent et prend position sur les grands débats de notre temps. Sa plume incisive n'épargne personne, à commencer par lui-même, et révèle un homme sensible, complexe et passionné.
Ce livre dévoile les lumières et les ombres du magistrat qu'il a été, du citoyen, de l'intellectuel, de l'homme qu'il est et qu'il aurait rêvé d'être.

Aujourd'hui magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole et consultant judiciaire, Philippe Bilger a exercé la fonction d'avocat général à la cour d'assises de Paris pendant plus de vingt ans. Il est l'auteur de plusieurs livres parmi lesquels Un avocat s'est échappé (2003), La France en miettes (2013), Contre la justice laxiste (2014) et 72 heures, un roman judicaire (2014).





  • Les premières lignes

A

Abandon

Ce sentiment, cette angoisse de l'abandon ne m'ont jamais quitté. Je pourrais multiplier les exemples, depuis l'enfance jusqu'à aujourd'hui, où dans toutes les facettes de ma vie, sur tous ses registres intime, familial, amical, professionnel et social, la sensation de l'abandon est venue se poser comme une morsure, une fragilité, parfois une véritable détresse. Cela a entraîné chez moi, j'en ai conscience, des attitudes psychologiques et intellectuelles, trop souvent sans allure ni grandeur.
Entendre dire du bien de quelqu'un, c'était me rejeter dans l'oubli et l'indifférence. Ne pas répondre à mes messages, à mes appels, c'était me négliger, me plonger dans une froideur aux antipodes de la chaleur désirée des compagnonnages, quelle que soit leur nature. Dans la passion, être une seconde quitté du regard et du coeur, laissé de côté à cause d'une quotidienneté trop pesante, c'était une blessure qui se cicatrisait mal car ma sensibilité maladive sur ce terrain me laissait la plaie quasiment continuellement à vif. C'est sans doute aussi pour cela que dans mon monde à la fois torturant et pugnace, autrui ne m'est jamais apparu d'emblée comme une chance, une opportunité de bonheur mais d'abord au mieux comme une neutralité à peine bienveillante, au pire comme une menace.
Cette panique d'être abandonné, du plus dérisoire des délaissements au plus accablant des rejets, serait née au cours d'une courte période qui, nourrisson, dans une cave, m'aurait privé de ma mère partie, dans des circonstances infiniment éprouvantes en 1943, chercher du lait pour moi. Ce serait ces quelques jours qui auraient suscité, tout au long de mon existence, cette souffrance, ce malaise. Je ne sais pas mais, après tout, pourquoi pas ?
Je peux même relier cette sensation d'abandon à des attitudes que je ne supporte pas dans la vie professionnelle. Je m'élève contre tous ceux qui ne savent pas répondre aux messages qu'on leur adresse, avec trop de susceptibilité et de véhémence pour qu'il n'y ait pas là bizarrement l'impression que, ne daignant pas réagir malgré, souvent, l'importance de leur secrétariat, ils m'offensent en me laissant en suspens dans la nature, ils me laissent au bord du chemin. Ils m'abandonnent. Tout ce qui ne vient pas vers moi, tout ce qui subtilement ou ostensiblement m'écarte, m'exclut, tout ce qui refuse mon appel, ma demande de proximité, me fait douter de moi. Tout ce qui m'abandonne me tue.
Vivre n'a jamais été simple pour moi. Même dans l'absolu bonheur singulier que mon épouse a permis, que mes enfants ont favorisé. Le comble, c'est que je n'ai pas envie de perdre ce point de vie, comme il y a des points de côté.


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