Le désir ou L'enfer de l'identique / Passion du livre

Recherche simple

Recherche avancée

Recherche multi-critères








Recherche avancée

.. Le désir ou L'enfer de l'identique

Couverture du livre Le désir ou L'enfer de l'identique

Auteur : Byung-Chul Han

Préface : Alain Badiou

Traducteur : Olivier Mannoni

Date de saisie : 03/04/2015

Genre : Philosophie

Editeur : Autrement, Paris, France

Collection : Les grands mots

Prix : 14.00 €

ISBN : 978-2-7467-3563-7

GENCOD : 9782746735637

Sorti le : 18/03/2015

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

«Dans une vie où chacun est entrepreneur de soi-même règne une économie de la survie.» En enjoignant chacun d'être libre à tout prix, performant, volontaire et heureux, le monde néolibéral nous épuise. Mais c'est aussi la rencontre avec l'autre que cette société détruit : dictature de la transparence, saturation des connexions, des écrans, immédiateté, instantanéité, accès mondialisé à toute chose ont annihilé le désir et paralysé la pensée.
Nous sommes pris au piège de cet univers qui domestique et asservit le plus intime en chacun de nous. Narcisses, nous ne voyons plus que notre propre reflet dans le monde. Tel est l' «enfer de l'identique», ce trouble d'une jouissance pauvre qui ne se plaît qu'à tout rapporter à soi, à moindre coût. Contre la pornographie aseptisée des 50 nuances de Grey, Han veut préserver le mystère ; contre l'injonction à être libre, «pouvoir ne pas pouvoir» ; contre l'hyper visibilité, susciter le fantasme et l'imagination, telle madame Bovary.

Né à Séoul où il a commencé dans la métallurgie, Byung Chul Han a émigré en Allemagne en 1980 pour faire des études de philosophie, de littérature allemande grands mots et de théologie. Sa thèse sur Heidegger obtenue, il intègre la célèbre université de Karlsruhe. Depuis 2012, il enseigne la philosophie à Berlin. Ses livres, près d'une vingtaine, sont un véritable phénomène éditorial en Allemagne et sont traduits dans plus de 10 langues. Contre la «société de la fatigue» et les médias, il cultive l'ascèse. Sont déjà parus aux éditions Circé : La société de la fatigue et Le parfum du temps.





  • La revue de presse Roger-Pol Droit - Le Monde du 19 mars 2015

La grande affaire, à ses yeux, est la perte de l'autre, l'effacement multiforme du dehors, du ­secret, du négatif - qui étaient au­pa­ravant les ressorts même de l'amour et de la pensée. Dans son essai sur le désir, Byung-Chul Han soupçonne l'amour d'être actuellement en danger mortel, sous l'effet du règne de l'identique : ce que cherchent les sujets, entre sexe rapide et pornographie, ce sont des objets de satisfaction, non des autres - susceptibles de les déconcerter, de les entraîner dans une passion où ils se perdraient pour se transfigurer.

Né à Séoul où il a commencé dans la métallurgie, Byung-Chul Han a émigré en Allemagne en 1980 pour faire des études de philosophie, de littérature allemande et de théologie. Après sa thèse sur Heidegger, il devient professeur à la célèbre Hochschule für Gestaltung de Karlsruhe, et enseigne depuis 2012 la philosophie à Berlin. Son oeuvre, composée d'une vingtaine d'ouvrages, est un véritable phénomène éditorial en Allemagne.
Elle est traduite dans plus de 10 langues. Sont déjà parus en français : aux éditions Circé, La société de la fatigue (2014) et, chez Actes Sud, Dans la nuée. Réflexions sur le numérique (mars 2015).



  • Les premières lignes

Melancholia

Ils sont nombreux, ces derniers temps, ceux qui proclament la fin de l'amour. À les en croire, celui-ci dépérit aujourd'hui en raison de l'infinie liberté du choix, de la multiplicité des options et de la volonté compulsive d'optimisation. Dans un monde aux possibilités illimitées, disent-ils, l'amour est impossible. Ils déplorent également le refroidissement de la passion. Dans son livre Pourquoi l'amour fait mal, Eva Illouz l'explique par la rationalisation de l'amour et par l'extension de la technologie du choix. Ces théories sociologiques de l'amour ne voient pas, cependant, qu'est en marche aujourd'hui un phénomène qui met l'amour à bien plus rude épreuve que la liberté sans fin ou les possibilités illimitées. Ce qui mène à la crise de l'amour, ce n'est pas seulement l'excès en matière d'offres d'autres autres, mais cette érosion de l'autre qui touche actuellement tous les domaines de l'existence et va de pair avec une narcissisation croissante du soi. Le fait que l'autre disparaisse est en réalité un processus dramatique - or il se produit, et c'est un point fatidique, à l'insu de beaucoup.
L'Éros vise Vautre, au sens emphatique, qui ne se laisse pas récupérer dans le régime du moi. Dans cet enfer de l'identique dont la société actuelle porte de plus en plus les traits, il n'y a donc pas d'expérience érotique. Celle-ci suppose l'asymétrie et l'extériorité de l'autre. Ce n'est pas un hasard si Socrate, en tant qu'amant, porte le nom d'atopos. L'autre, que je désire et qui me fascine, est sans lieu. Il se dérobe au langage du même : «Atopique, l'autre fait trembler le langage : on ne peut parler de lui, sur lui : tout attribut est faux, douloureux, gaffeur, gênant [...].» La culture actuelle de la comparaison permanente, qui égalise, n'admet pas de négativité de l'atopos. Nous n'arrêtons pas de comparer tout avec tout, et nous nivelons ainsi l'autre pour l'amener à l'état de semblable, parce que nous avons justement perdu l'expérience de l'atopie de l'autre. La négativité de l'autre atopique échappe à la consommation. La société de consommation s'efforce ainsi d'éliminer l'altérité atopique en faveur de différences consommables, et même hétérotopiques. La différence est une positivité par contraste avec l'altérité. De nos jours, la négativité disparaît partout. Tout est ramené au niveau de l'objet de consommation.
Nous vivons aujourd'hui dans une société de plus en plus narcissique. La libido est investie, de manière primaire, dans notre propre subjectivité. Le narcissisme n'est pas un amour-propre. Le sujet de l'amour-propre entreprend, à son profit personnel, une démarcation négative à l'égard de l'autre. Le sujet narcissique ne peut, en revanche, clairement établir ses limites. Ainsi s'estompe la frontière entre lui et l'autre. Le monde ne lui apparaît que dans les esquisses de lui-même. (...)


Copyright : Studio 108 2004-2017 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli