Vivre cent jours en un : Billie Holiday, Paris 1958 / Passion du livre

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.. Vivre cent jours en un : Billie Holiday, Paris 1958

Couverture du livre Vivre cent jours en un : Billie Holiday, Paris 1958

Auteur : Philippe Broussard

Date de saisie : 13/05/2015

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Stock, Paris, France

Collection : Bleue

Prix : 19.00 €

ISBN : 9782234075467

GENCOD : 9782234075467

Sorti le : 11/03/2015

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  • La dédicace de l'auteur

D'abord, une voix. LA voix. Sans elle, sans ses inflexions montées du plus profond de son être, je n'aurais sans doute pas entrepris cette plongée dans le temps. Mais Billie Holiday, la Lady du jazz, avait le don d'envouter, d'entraîner ses admirateurs sur des chemins incertains, généralement nocturnes. Ce voyage-là, bien plus long que prévu, m'a conduit à l'automne 1958, et il est temps de l'en remercier. En partant ainsi à sa recherche, j'ai eu le bonheur de croiser de singuliers personnages, rescapés de cette époque enivrante : de vieux musiciens italiens, le contrebassiste français Michel Gaudry, le pianiste américain Art Simmons ou encore Barbara Butler, la gérante du Mars Club, minuscule boîte du Paris d'autrefois... Tous m'ont raconté la Billie de 1958, fragile et forte à la fois, débarquant en Italie puis en France au crépuscule de sa carrière. Ce livre n'est pas seulement le sien, c'est aussi le leur.

Philippe Broussard



  • La présentation de l'éditeur

Novembre 1958. Billie Holiday, l'icône du jazz, débarque en Italie puis en France pour la deuxième fois de sa vie. À quarante-trois ans, cette femme au destin chaotique, minée par l'alcool et la drogue, n'a plus que huit mois à vivre. À Paris, la voici à l'Olympia, et ensuite au Mars Club où elle se livre à l'état brut, tour à tour pathétique et grandiose. Chaque soir, elle s'y produit jusqu'à l'aurore devant quelques dizaines de fidèles, parmi lesquels Sagan, Bardot, Duke Ellington... Dans ce livre, construit comme un roman mais nourri uniquement de faits réels, l'auteur reconstitue au jour le jour cet épisode méconnu de la carrière de Billie Holiday. Il se lance sur les traces d'une «Lady Day» indomptable, retrouve des témoins oubliés et plonge le lecteur dans l'atmosphère troublante de la fin des années cinquante.

Philippe Broussard est rédacteur en chef du service «Enquêtes» de L'Express. Prix Albert Londres en 1993, il est fauteur ou le coauteur d'une dizaine de livres, dont La Prisonnière de Lhassa (Stock, 2001) et La Disparue de San Juan (Stock, 2011)





  • La revue de presse Paul Benkimoun - Le Monde du 7 mai 2015

Loin de ressasser les anecdotes et les poncifs sur Billie Holiday, il laisse libre cours à sa fascination et à son talent de journaliste d'investigation...
Retrouvant des témoins de cet épisode, parfois au fin fond des Etats-Unis, comme le pianiste du Mars Club, Art Simmons, il touche au plus juste.


  • La revue de presse Thierry Clermont - Le Figaro du 2 mars 2015

Philippe Broussard retrace avec passion et élégance la dernière tournée européenne de Billie Holiday, à l'automne 1958, finalement limitée à Milan et à Paris. La chanteuse court et titube alors vers son crépuscule annoncé...
«C'était une voix authentique, vibrante, riche de ses imperfections, de son humanité, façonnée dans les cris et les rires des temps de misère», écrit Broussard. Tout en revenant sur des épisodes passés de sa vie, ce féru de jazz a enquêté sur cette particulière; il a rencontré des musiciens, des témoins, a consulté de nombreux documents.


  • La revue de presse Christophe Barbier - L'Express, mars 2015

En 1958, huit mois avant sa mort, Billie Holiday chante à Milan et à Paris. Philippe Broussard a refait dans un livre ce voyage douloureux...
Il a plus de cinquante ans de retard sur sa proie, mais retrouve les lieux, les témoins, les archives, et reconstitue presque heure par heure ces quelques semaines sur le Vieux Continent de la vieille Lady Day, qui se lève quand il fait nuit et se couche avant l'aube, pour vivre son crépuscule dans les ténèbres mouillées du novembre parisien.



  • Les premières lignes

Je ne dirai jamais son nom. Ne me demandez pas pourquoi. C'est ainsi. Pour moi, il restera le «der des ders». J'ai la manie des surnoms, et celui-ci lui convient plutôt bien. Il faut avoir une âme de résistant pour persister à vendre des disques dans ce quartier parisien. La musique, de nos jours, n'a plus guère d'existence physique; c'est une fille de l'air, virtuelle et facile, qui ne s'offre plus sur galette noire et pochette glacée, ni même en CD, mais se donne au premier venu, se télécharge, s'échange, s'«iPodise», clic droit, clic gauche, appuyez sur «ok» pour confirmer.
Les habitués du magasin aiment s'y aventurer vers 20 heures, juste avant le baisser de rideau. Tous savent combien il déteste ce moment de la journée où le volet métallique se déroule façon linceul sur la vitrine. Pour retarder l'échéance, il lui arrive d'inventer un prétexte, une commande américaine, l'appel d'un collectionneur australien. Son record ? 21 h 12 en hiver, 22 h 17 en été, sans un visiteur mais avec Lester Young au sax.
N'allez pas l'imaginer avec le teint cireux et les épaules rentrées du condamné. À soixante ans passés, il a le rose aux joues, un embonpoint de gourmand. Aux premiers mots, on le sait parisien, 15e, secteur Motte-Picquet. Sa voix est celle d'un fumeur de Gitanes, une voix née pour «causer», comme les personnages des films de Delannoy, un mix d'argot et de français de la communale.
Ses disques, eux, nous entraînent plein ouest, aux Amériques. Côté droit, le jazz. Côté gauche, les musiques jamaïcaines : reggae, ska, rock steady. Pareil voisinage indispose certains puristes, mais ces deux familles musicales ont une couleur commune, le noir, et puisent leur énergie dans un même passé de souffrance ; elles ont donc bien le droit de peupler ensemble ses bacs d'artistes d'antan, ses «fantômes», comme il les appelle.
Un soir, me voici à fureter rayon jazz, à la lettre «H», Hampton, Hancock, Hawkins, quand il a le bon goût de mettre Day in day out de Billie Holiday. Nous parlons d'elle, la reine des reines, de cette voix tortueuse, exigeante, que l'on entend si souvent, jusque dans les publicités et les supermarchés, sans deviner le chaos intime qu'elle nous raconte. Billie Holiday, ce fut Piaf en pire, Amy Winehouse puissance dix, du talent et du drame à profusion, la prostitution, l'alcool, les coups, le sexe, la dope, la prison. Et la mort à quarante-quatre ans, à l'été 1959.
Au moment de partir, il lance : «Écoutez juste ça.» Il y a dans ce «ça» toute l'impatience du monde.
C'est un 78 tours Vocalion de 1937, un pressage assez rare de Trav'lin' all alone. Il le pose sur la platine, déplace le bras vers le sillon. La pointe de saphir effleure le vinyle, les enceintes libèrent un léger souffle, des grésillements garantis d'origine, et Billie s'invite parmi nous.

I'm so weary and all alone
Feel tired like heavy stone
Trav'lin', trav'lin' all alone...

Un morceau de 78 tours dure au maximum trois minutes. Celui-ci, c'est cent trente et une secondes chrono. Il les passe les yeux fermés, sans un mot, à caresser le papier râpeux de la pochette. Aux dernières paroles, un «all alone» abrupt, le magasin se fige dans un silence de crypte.


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