Le poisson pourrit par la tête : burn-out / Passion du livre

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Couverture du livre Le poisson pourrit par la tête : burn-out

Auteur : Michel Goussu

Date de saisie : 16/01/2015

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Castor astral, Bègles, France

Collection : Escales des lettres

Prix : 17.00 €

ISBN : 9791027800063

GENCOD : 9791027800063

Sorti le : 07/01/2015

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

Avenir Futur pourrait être votre entreprise. Ses salariés ne sont pas de redoutables traders aussi cyniques que glamoureux, mais des ingénieurs, des chargés de projets, des petites mains qui font tourner la boutique. Avec l'arbitraire des procédures kafkaïennes et la souffrance au travail, cinq jours sur sept et au-delà. Propagée par les managers et les dirigeants comme un virus par des porteurs sains, cette épidémie de burn-out est devenue un enjeu de santé publique.
Le Poisson pourrit par la tète dépasse le tabou du diable néolibéral pour décrire de l'intérieur le quotidien absurde d'un cadre de la finance ordinaire. Entre les siestes dans les toilettes pour handicapés, les plaquettes d'anxiolytiques et les pièges potaches entre collègues, chacun élabore une stratégie de guérilla taoïste contre les procédures irréelles d'une hiérarchie dépassée. Avec un humour acéré, Michel Goussu décrit des personnages perdus, alternativement victimes et bourreaux, mais toujours en quête de reconnaissance et de rédemption.

Michel GOUSSU est né en 1976. Blogueur et chroniqueur littéraire, il a travaillé plusieurs années dans la gestion du risque bancaire. Son premier roman, Le poisson pourrit par la tête, est une fiction nourrie de son expérience et de celle de toute une génération de salariés du tertiaire.





  • Les premières lignes

Extrait du prologue

Je me suis effondré en même temps que la finance occidentale : pour une fois, j'étais en phase. J'ai fait comme elle, je suis tombé, je me suis relevé un peu, et je me suis écroulé à nouveau.

Je suis entré dans la banque par hasard, presque par erreur. Je revenais de l'étranger, il me fallait un emploi, il leur fallait de la main d'oeuvre. J'ai travaillé deux ans comme gestionnaire de risques. C'étaient des années agréables, je passais le plus clair de mon temps à faire parler les gens. Comment ils travaillaient, où étaient les risques, quoi faire pour les maîtriser. Comment, où, quoi. Des questions ouvertes dans un milieu fermé. J'étais un alibi. Un de ceux qui allaient permettre aux banques de dire : «On a fait ce qu'on a pu», alors qu'elles ne font jamais que ce qu'on les force à faire. Pas un pas de plus. Mais j'aimais bien ça. J'avais l'impression de faire partie des pompiers, parfois des gendarmes, jamais des voleurs. J'avais à peu près tout ce dont un homme a besoin. Une femme, un enfant, un boulot. Je manquais peut-être de passion. C'est ce que me disait la mère de mon fils : «Tu te consumes lentement.» Elle, elle voulait réaliser son rêve, le genre de rêve qui devient un cauchemar pour tous ceux qui t'entourent, le genre de rêve auquel tu sacrifies tout, l'argent de tes parents, tes amis, ton temps, la carrière de ton mari. Je l'ai suivie dans ce genre de rêve pour lequel on sacrifie même la possibilité d'un couple. Et puis je suis parti. À trente-trois ans, je suis retourné vivre chez mes parents. Génération boomerang. Du nid familial, parti tard, revenu tôt. Il suffit de quelques mois dans la maison parentale, quelques mois à se demander comment payer la pension alimentaire, comment payer le dentiste, l'essence, quelques mois passés à rassurer ses parents alors qu'on est aussi inquiet qu'eux. Il suffit de quelques mois pour faire accepter à un homme de travailler n'importe où. Il me fallait un salaire, un patron, un guide, une meute.

J'ai refait un CV. Il fallait rappeler la banque, leur dire : «Ah, au fait, l'année dernière, quand j'ai démissionné en disant que la banque c'est pour les gens qui se consument lentement, j'avais confondu, c'est le barbecue qui se consume lentement.» Il fallait apprendre à raconter des histoires. Si j'avais écrit que j'avais commencé ma carrière en enfonçant mon bras dans le rectum des vaches laitières, je crois qu'ils ne m'auraient pas repris. Si j'avais raconté que mon expérience à l'étranger avait consisté à enchaîner les crises de palu et les kilomètres de moto dans la brousse pour servir d'alibi humanitaire à la Françafrique, si je leur avais raconté que j'avais quitté leur filiale banque parce que ma femme me menait par le bout du nez, je crois qu'ils ne m'auraient pas repris. Alors, j'ai fait comme tout le monde, j'ai écrit gestion de projets. Partout. Gestion de projets d'aménagement du territoire, gestion de projets internationaux, gestion de projets de création d'entreprise. J'ai assaisonné avec quelques mots clés à la mode, pluridisciplinarité, rigueur, autonomie, et j'ai renvoyé le tout.
Pour une fois, c'est allé vite. J'ai reçu un coup de fil : ils étaient désolés pour mon divorce mais contents de me savoir à nouveau disponible. La banque et la finance tiraient l'économie, c'était le secteur qui recrutait le plus de cadres, the place to be. Je savais qu'ils en étaient à accepter n'importe qui, mais j'étais flatté quand même. Et soulagé. Cette fois, pas de gestion du risque, mais une place en assurance vie. J'allais passer de l'autre côté, du côté des bandits, des bandits légaux.


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