Rue de l'Ile-aux-Plaisirs / Passion du livre

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.. Rue de l'Ile-aux-Plaisirs

Couverture du livre Rue de l'Ile-aux-Plaisirs

Auteur : Evelyne Hugues

Date de saisie : 08/12/2014

Genre : Policiers

Editeur : Tirésias, Paris, France

Collection : Poésie-littérature

Prix : 12.20 €

ISBN : 9782915293852

GENCOD : 9782915293852

Sorti le : 04/11/2014

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

L'auteure nous donne ici une histoire entre polar et récit, un quotidien entre fureur, déchéance, ennui comme une part d'humanité en déshérence qui erre en chacun de nous.
Le cadavre d'une jeune femme est retrouvé près d'une berge où coule une rivière... Qui est-elle ? D'où vient-elle ?
Deux hommes, chacun en quête d'un double impossible, vivent avec force et effroi leur dilemme à être, et, le plus en vue sera le plus voluptueusement vorace loin des contingences de son milieu, de sa raison, de sa notabilité provinciale, de sa réussite sociale.
L'un Antoine brillant musicien, sous l'emprise d'une mère tyrannique, se fait pratiquer une lobotomie. L'autre le professeur Ponthuy, homme de cet art, d'une réputation sans tache, accepte de trancher ce qu'Antoine voudrait oublier. Mais quel est donc cet énigmatique chirurgien capable d'une telle prouesse ? Et quels troublants fantômes l'habitent ou le poussent à mettre à nu les ombres cachées de sa mémoire, de ses désirs ?
Et Lucile, cette jeune femme, qui l'a assassinée ?
Et ce jeune homme brun à qui l'homme roux glissa une grosse enveloppe et qui s'empara de sa jeune bouche qui résista puis s'abandonna, que nous réserve-t-il ?

Michel Reynaud

Evelyne Hugues est née sous Occupation, dans petit village de la Creuse, ayant pour nom La Folie. Elle vit à Auxerre, dans la maison de sa grand-mère qui lui donne son amour et lui transmet sa culture. Jeune femme, maman d'une petite fille, dont le père porte un nom célèbre, elle s'affirme dans sa volonté de vivre sa différence, et cela, il y a déjà plusieurs décennies. S'il était quelque peu difficile d'être et de vivre sa sexualité librement en général, alors en Province il fallait oser et Evelyne le fit ? Elle fut une des premières en enseigner à l'hôpital, avec passion et patience aux enfants malades qui pour nombre d'entre eux, incurables, seront dévorés par le «loup». À sa retraite, à Auxerre, elle s'adonne sans modération et avec «folie» à ses combats pour les animaux, et contre toutes les maltraitances, et se consacre totalement à son oeuvre.





  • Les premières lignes

Un peu de brume montait de la rivière, s'enroulait aux troncs des peupliers que les feuilles enflammaient comme à l'automne. Une Mercedes était arrêtée sur le terre-plein qui domine la berge. Son conducteur jouait avec le rétroviseur qu'il orientait tantôt à gauche tantôt à droite. Il pouvait voir tout ce qui venait de la ville ou de la route du stade. De temps à autre, il lissait entre ses doigts ses cheveux roux.
L'ombre, maintenant, gagnait le parking. Des canards s'appelèrent. Une petite Renault fit crier ses pneus, monta sur le terre-plein, vint se ranger à côté de la Mercedes, le nez tourné vers l'arrière. Les vitres des deux voitures s'abaissèrent en même temps.
De la Renault surgit une tête. Un jeune homme brun, très frisé, tendit le bras. L'homme roux lui glissa une grosse enveloppe entre les doigts. Puis il se hissa hors de l'habitacle, s'arc-bouta, lui saisit le visage. Les paumes plaquées sur sa nuque, il s'empara de la jeune bouche qui résista puis s'abandonna. Il se mit à embrasser le jeune maghrébin avec lenteur puis avec fureur. Ses mains descendirent le long des épaules du jeune homme et brusquement le lâchèrent.
La vitre déjà remontait, la Mercedes décrivit un cercle, s'engagea sur la route et disparut. Le conducteur de la Renault posa délicatement la grande enveloppe sur le tableau de bord et, l'air satisfait, démarra.

Le parking n'existe plus. Derrière l'université toute neuve, Antoine est seul aujourd'hui. Il appuie le menton sur ses genoux repliés. Cette scène étrange s'est déroulée devant lui comme un film dont il aurait manqué le début.
Une apparition, une hallucination, le spectre d'un souvenir...

1

Assis maintenant sur un tronc, Antoine contemple la rivière d'un gris mélancolique. Au-delà des peupliers, le Palais des Congrès et l'avenue où il vient de voir, dans un rêve éveillé, disparaître la petite Renault et la Mercedes. Que pouvait-il y avoir dans la grosse enveloppe que l'homme roux avait donnée au jeune maghrébin ? Antoine compte bien quelques cheveux gris, dans sa tignasse rousse, mais aurait-il pu être l'homme roux ?
Il se lève enfin, suit le mauvais sentier qui longe la berge. Il se prend le pied dans une racine et jure. Un rat plonge dans des algues. Voici la rue de l'île-aux-Plaisirs recouverte d'un bitume foncé. Antoine tourne le dos au Parc des Expositions, dépasse l'ancienne ferme des Boivins. Aujourd'hui c'est une réserve aquacole qui élève et lâche, chaque automne, truites, brochets, sandres et barbillons ardoisés.
Il retrouve maintenant la rivière, ses eaux noires, profondes, hantées par les couleuvres et les grenouilles. Des rats musqués courent le long de troncs obliques qui surplombent la surface de l'eau. Personne ne les pourchasse. Nourris des déchets de la ferme, ils pullulent. Des canards aux ailes bleu argenté s'ébrouent autour de petites îles semées au milieu du courant.
La rue fait un coude puis longe des habitations. Des hangars, un bâtiment vide, Antoine emprunte le pont. En ville, la chaleur de ce printemps tardif le surprend. Il devient bulle, flotte léger et sans but. Des gosses galopent sur un trottoir, le dépassent et s'engouffrent en hurlant dans une rue piétonne. Derrière les vitres d'un restaurant, des buveurs s'attardent. Sur leurs tables traînent leurs miettes de nantis repus et insatisfaits.


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