La secte des anges / Passion du livre

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.. La secte des anges

Couverture du livre La secte des anges

Auteur : Andrea Camilleri

Traducteur : Dominique Vittoz

Date de saisie : 10/10/2014

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Fayard, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 18.00 €

ISBN : 9782213671840

GENCOD : 9782213671840

Sorti le : 08/10/2014

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  • La présentation de l'éditeur

Palizzolo, bourgade imaginaire de Sicile, 1901. Deux familles d'aristocrates ayant été discrètement placées en quarantaine par le médecin, d'inquiétantes rumeurs de choléra se répandent. La situation s'aggrave quand sept des huit prêtres de la ville désignent en chaire la brebis galeuse responsable de ce châtiment divin : maître Teresi, l'avocat défenseur des petites gens. Contraints d'intervenir, les carabiniers rétablissent vite la réalité des faits : le secret médical ne cachait pas une épidémie, mais deux grossesses scandaleuses de jeunes filles dont la morale et la piété étaient pourtant exemplaires. Or elles ne sont pas les seules, et toutes refusent de révéler l'identité du père.
Le grand romancier nous régale ici d'un nouvel épisode de sa comédie sicilienne, dont les figures fortes sont avant tout des justes.

Né en 1925 près d'Agrigente, en Sicile, metteur en scène de théâtre, réalisateur de télévision et scénariste, Andréa Camilleri s'est fait connaître tardivement comme romancier, mais avec un succès foudroyant. Auteur culte de la série des Montalbano, il écrit parallèlement des romans inspirés par des documents d'archives, dont une vingtaine sont déjà parus en français aux éditions Fayard.





  • Les premières lignes

Un problème de boules

«Si ces messieurs veulent bien m'accorder leur attention, réclama don Liborio Spartà, président du club Honneur et Famille. Je souhaiterais ouvrir l'urne et procéder au comptage des boules.»
Dans le salon, les piapias entre membres du club retombèrent et un silence relatif s'installa. Relatif, car Anselmo Buttafava s'était comme bien s'accorde endormi dans le fauteuil tendu de damas où il prenait place depuis plus de trente ans, et il ronflait bon coeur bon argent, au point que les vitres du balcon en face de lui tremblotaient. Quand, dix ans plus tôt, on avait renouvelé le mobilier du club, il n'y avait pas eu moyen de moyenner, il avait fallu laisser son fauteuil à don Anselmo, qui en était le seul et unique utilisateur.
«Mais d'où vient ce bocon de brûlé ? s'enquit à voix haute M. Padalino, commandeur du Mérite, alors que le président venait d'ouvrir l'urne.
- Ah ! Vous le sentez donc ? rebriqua Petrosillo, colonel à la retraite.
- Moi aussi ! intervint Malatesta, professeur de son état.
- Ça emboconne bel et bien !» confirmèrent de nombreuses voix.
Pendant que tout le monde fronçait le nez et tournait le coqueluchon à droite et à gauche pour repérer l'origine de ce bocon de brûlé, don Serafino Labianca poussa une quinchée :
«C'est don Anselmo, il fume !»
L'assistance au complet apincha en direction de don Anselmo Buttafava qui, menton écrasé sur la poitrine, n'avait pas décessé de ronfler. Elle découvrit par le fait une mince colonne de fumée, qui montait du fauteuil vers le plafond orné de fresques («Notre Sixtine à nous !» pour reprendre la définition du maire, Nicolò Calandro), oeuvre du peintre de charrettes Angelino Vasalicò, artiste du cru.
Le premier à comprendre l'origine de cette fumée fut don Stapino Vassallo, peut-être parce qu'avec ses quarante-deux printemps, il était le benjamin de la compagnie, dont l'âge moyen frôlait plutôt la soixantaine, et qu'il jouissait d'une excellente vue : «Le cigare !» quincha-t-il.
Et il s'élança vers le fauteuil de damas.
La main endormie de don Anselmo Buttafava avait laissé rouler son cigare, lequel avait atterri sur son pantalon, très exactement à l'endroit où la gent masculine a coutume de caser ses génitoires. Le feu avait déjà dévoré le solide tissu anglais du pantalon et il entamait à présent la laine épaisse du caleçon.
Pendant que don Stapino s'élançait derechef vers la table du président et sa carafe d'eau, le colonel Petrosillo qui, en homme d'action, s'était accroupi sans catoller une seconde entre les jambes de don Anselmo, récupéra le cigare de la main gauche et le jeta par terre, tandis que de la droite il atousait une spectaculaire mornifle sur la zone délicate en danger d'incendie.


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