Dans les yeux des autres / Passion du livre

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.. Dans les yeux des autres

Couverture du livre Dans les yeux des autres

Auteur : Geneviève Brisac

Date de saisie : 18/02/2015

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 18.50 €

ISBN : 978-2-87929-861-0

GENCOD : 9782879298610

Sorti le : 21/08/2014

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  • La dédicace de l'auteur

La littérature se nourrit de sa mythologie, dont elle est indissociable. Doris Lessing, quand elle a écrit le Carnet d'or, faisait explicitement référence à Joyce en nommant ses deux héroïnes Anna et Molly. Je reprends le flambeau où elle l'a laissé. Pourquoi ? Parce que cela s'impose à mes yeux : Dans le Carnet d'or, Doris Lessing interroge la crise politique et la crise littéraire traversées par son héroïne et son époque et met en oeuvre sa reconstruction à travers la réécriture de son destin. Cela méritait d'être retenté. Comme dit Virginia Woolf, une autre de ces artistes à qui je dois tant. Il nous faut des ainées qui nous tendent la main et nous donnent confiance. Cette confiance tellement essentielle à l'art.
Sur ce chemin, les Russes toujours m'accompagnent, Boris Pasternak, Boris Pilniak, mais aussi Babel et Brodsky, et bien sûr Anna Akhmatova et Marina Tsvetaeva. Mais aussi Rose Auslander et ses poèmes de Czernowicz : vivre c'est réinventer un monde aux couleurs ravivées par leurs pensées, leurs histoires, leurs poèmes.
Vous vous souvenez sans doute de ce film, Nos meilleures années, de Marco Tullio Giordana. Comme ce cinéaste, j'ai voulu raconter une époque que l'on a caricaturée, moquée, et j'ai voulu le faire à ma manière, celle d'une fille devenue femme. La révolution a toujours été racontée par ses héros masculins. Les femmes étaient là, elles se sont tues. Or, comme le dit encore Virginia Woolf, Il y a différentes manières d'appréhender les mêmes faits.
Cependant je ne parlerai pas de désillusion, plutôt de fidélité à des espoirs : espoir de justice, espoir de liberté, espoir de solidarité, espoir de gaité - la si belle riscossa - sans cette fidélité à ce qu'elle a de meilleur, l'humanité regresse et s'abêtit. La barbarie n'est jamais très loin. Cela s'est vu.
Ca rate toujours ? Certes, et alors ? N'est ce pas le propre de l'humain de toujours reprendre l'ouvrage. C'est la vie même, et la civilisation. Y croire, mettre ses convictions et sa fierté au dessus des conformismes ou des intérêts.
Il s'agit d'être enfin rebelle, joyeuse, insolente, solidaire. Vulnérable et consciente de l'être. C'est d'actualité : dans un monde de plus en plus irrespirable, inhabitable, ce qui n'est pas une fatalité.
Ici le comique et le tragique cohabitent. On peut rire et pleurer en même temps, s'indigner et s'attendrir dans le même mouvement, c'est la force et le privilège du roman : ne pas juger, raconter l'histoire. Et chacun de se débrouiller avec les strates du millefeuille.
Pourquoi lisons-nous ? Pourquoi écris-je ? Dans l'espoir d'une vie plus dense, de journées plus vastes.

Geneviève Brisac



  • La présentation de l'éditeur

Anna est idéaliste.
Molly, sa soeur, est réaliste.
L'une traque la vérité dans les mots, l'autre la réalité dans l'action.
Mais toutes deux militent pour la victoire de la Révolution.
Avec leurs compagnons, Marek et Boris, elles se prennent pour les trois mousquetaires de la liberté.
Vingt ans après : Anna est devenue écrivain, elle a connu le succès, puis le dénuement et l'oubli. Molly est médecin et affronte la misère du monde. Marek est mort en prison au Mexique, après l'échec de la lutte armée. Boris, lui, continue à se battre - en vain ?
C'est alors qu'Anna décide de relire ses carnets.
Une mère excentrique, des amants inconstants, le rêve d'une communauté utopique et l'éclat trompeur du milieu littéraire, une balade dans l'Italie «rouge» sont quelques-uns des thèmes et des personnages de ce roman incroyablement vivant, dont l'humour ne parvient pas toujours à dissiper la mélancolie.
Complice mais féroce, Geneviève Brisac se penche sur leur destin, leurs engagements et leurs désillusions. Car c'est, bien sûr, d'une éducation sentimentale qu'il s'agit ici. Celle d'une génération qui, à défaut de se perdre, n'a jamais cédé sur son désir.

Romancière et nouvelliste (Week-end de chasse à la mère, prix Femina 1996), Geneviève Brisac a publié plusieurs récits [Une année avec mon père, 2010), des chroniques (Moi, j'attends de voir passer un pingouin, 2013) et de nombreux essais littéraires (consacrés notamment à Virginia Woolf, Flannery O'Connor, Karen Blixen, Alice Munro). Elle écrit également pour le cinéma (avec Christophe Honoré) et pour le théâtre.





  • La revue de presse Fabienne Pascaud - Télérama du 27 août 2014

Le parcours militant de deux soeurs et de leur mère dont les voix se croisent superbement avec celle de l'auteur. Juste et ironique. Ce pourrait être le mélancolique roman de la désillusion, de la fin des utopies ; et de l'irrémédiable déréliction de cette génération des années 68 qui crut encore au combat politique. Celle de la romancière et essayiste Geneviève Brisac, aux curiosités et talents si multiples ? Elle compose ici au contraire un tonique récit d'initiation, où se décrit sans complaisance comment se forment et se déforment les esprits et les coeurs, les intelligences et les émotions, les amours et les haines.


  • La revue de presse Nils C. Ahl - Le Monde du 21 août 2014

La vie a séparé Anna, Molly, Boris et Marek. Et Geneviève Brisac renoue les fils, mélancolique et cruelle. L'amertume est douce, et la douceur, assassine...
Dans les yeux des autres est le livre d'une solitude, d'une fraternité et de leur disparition...
La fausse polyphonie est probablement la grande qualité de ce livre. Sa grande virtuosité. Dans les yeux des autres est le livre d'Anna - mais pas seulement. Il est le roman de quatre jeunes gens - dont trois vieillissent avec leurs rêves à moitié réalisés. Mais seule Anna peut dire vraiment, partiellement, ce qu'il en était.



  • Les premières lignes

Le chapitre de la dignité blessée

Je vais au bal ce soir. J'irai si j'en ai le courage. J'irai certainement. Après tout, c'est vendredi.
Anna lave ses cheveux, les couvre de baume et d'une serviette, s'acharne à mettre et enlever et remettre mascara et ombres violettes sur ses cils, sur ses paupières. Elle étale sur le lit quelques vêtements, deux jupes longues en laine, un pantalon noir, trois robes, l'une est noire, l'autre parsemée de petites fleurs rouges et violettes, la troisième est trouée. Les exemples de femmes ermites revenant à la société ne l'aident guère : il n'y en a pas. Elle vernit ses ongles et agite les doigts, mains en l'air, comme faisait sa mère, en tâchant de prendre un air raffiné.
Si l'on scrutait l'âme d'Anna, on découvrirait la naïveté de celle qui n'a pas compris que le temps passe pour de bon, et l'optimisme terrifiant qui jette des êtres par-dessus les balustrades. On peut se demander ce qu'Anna espère. Sans attendre de réponse, car la plupart des espoirs sont sans nom.
Le soir venu, elle se rend à la fête. Elle porte une robe noire à col rond et à manches trois quarts, qui s'arrête à mi-mollets. Dessus, un collier d'ambre. En bas, des escarpins qui lui scient la base des orteils. Elle ressemble assez à l'idée que nous pouvons nous faire de la dignité blessée. Le plus dur est de ranimer ses yeux, elle les a regardés dans la glace, ils sont ternes et éteints, ses iris tilleul ont pris une couleur jaunâtre boueuse, et le blanc de l'oeil est un peu gris, elle compte sur le Champagne et les sourires.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrent, elle grimpe vers l'appartement d'où s'échappent des rires ennuyés. Dans l'entrée, des livres d'art et un seau à Champagne géant. Cor-délia, qui l'a invitée à cette soirée, s'avance, sa robe jaune lui donne un air de poussin, son petit derrière de poussin rebique, et ses mules dorées claquent. Elle tient un jeune homme par le coude.
Anna ! Bienvenue ! Comme je suis heureuse ! Tu connais Alexandre ? Il travaille dans une boîte de communication.
Anna se tord les mains avec nervosité et tire sur sa manche, malheureusement trop courte, pour cacher des cratères autour de son coude, la cicatrice de son poignet gauche et des irrégularités pigmentaires. Elle essaie de vibrer au diapason de cet accueil. Elle se sent molle.
Anna a vécu avec Marek Meursault, dit Cordélia avec satisfaction en se tournant vers Alexandre.
Anna attend qu'elle ajoute autre chose. Qu'elle jette une pelletée supplémentaire de terre et de crachats. Quelque chose comme Anna est au chômage, quelque chose comme il fut un temps où tout le monde parlait d'Anna. Vous savez ce qu'elle a fait, bien sûr ? Ou d'autres horreurs que l'on balance quand les gens ont le dos tourné, mais parfois aussi, quand ils sont vraiment à terre, devant leur figure.


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