L'ami barbare / Passion du livre

Recherche simple

Recherche avancée

Recherche multi-critères








Recherche avancée

.. L'ami barbare

Couverture du livre L'ami barbare

Auteur : Jean-Michel Olivier

Date de saisie : 23/07/2014

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Ed. de Fallois, Paris, France | l'Age d'homme, Lausanne, Suisse

Prix : 19.00 €

ISBN : 9782877068772

GENCOD : 9782877068772

Sorti le : 20/08/2014

en vente sur


  • La dédicace de l'auteur

J'ai rencontré le diable. Dans les années 1990, il était serbe. Il s'appelait Roman Dragomir. Et j'ai voulu raconter son histoire dans L'Ami barbare.
Né sous la monarchie yougoslave en 1930, Dragomir a connu l'occupation nazie, puis le régime communiste de Tito. Avec une seule idée en tête : fuir, là-bas fuir, où les oiseaux sont ivres, comme disait le poète Mallarmé ! Il vivra sa jeunesse à rêver d'évasion...
Muni d'un faux passeport belge (il adopte le nom d'un personnage de Simenon), il passe à travers les mailles du filet communiste, transite par l'Italie, la Suisse, la France, l'URSS, la Pologne. Il sera libraire, footballeur, contrebandier. Mais sa vraie passion, une fois établi dans le monde dit «libre», c'est d'abattre les barrières entre les langues, afin d'abolir les frontières politiques. C'est pourquoi il ira en Pologne ou en URSS, au péril de sa vie, chercher des manuscrits introuvables ou interdits par le régime, manuscrits qu'il publiera à son retour dans sa maison d'édition.
Sa vie durant, il tentera de faire sauter les verrous. Et, finalement, lorsque ces frontières auront sauté, en particulier lors de la chute du Mur de Berlin en 1989, puis du démantèlement de l'ex-Yougoslavie, il se retrouvera perdu...
Peut-être parce qu'un monde sans frontières, sans murs, sans interdits ni entraves, est impossible.
Ou plutôt invivable...

Jean-Michel Olivier



  • La présentation de l'éditeur

Qui était Roman Dragomir ?
Un aventurier sans scrupule ? Un fou de femmes et de football ? Un tyran ? Un éditeur de livres sulfureux ? Un joueur de trictrac ?
Né en Yougoslavie en 1930, il traverse la guerre et l'exil, Mai 68 et le Printemps de Prague, les révolutions manquées, puis réussies, la chute du communisme et le démantèlement de son pays : autrement dit, c'est notre histoire à tous depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Dans ce roman polyphonique, sept personnages, qui ont connu et aimé Roman Dragomir, viennent se recueillir autour de sa dépouille et témoigner une dernière fois de cette vie dangereuse, ambiguë, déchirée, qui est un vrai roman d'aventures.
L'Ami barbare n'est pas seulement le portrait d'un homme hors du commun, mais c'est aussi un hymne à la liberté et aux pouvoirs magiques de la littérature.

Jean-Michel Olivier est né en Suisse en 1952. Journaliste et écrivain, il a publié de nombreux livres sur la photographie et l'art contemporain, ainsi que cinq romans. Il est considéré comme l'un des meilleurs écrivains suisses de sa génération.
En 2010 il a reçu le Prix Interallié pour son roman L'Amour nègre. En 2012 il publie Après l'orgie.





  • Les premières lignes

Rappelle-toi, Roman, nous étions les frères Dragomir...
Trois brigands désoeuvrés, frondeurs, connus en ville comme le loup blanc.
On nous avait donné le nom des trois villes italiennes. Pourquoi ? Parce que ces villes faisaient rêver nos parents. Elles se trouvaient sur l'autre rive, au-delà de la mer, en Italie : c'était, pour nos parents, comme une terre promise.
Il y avait Luca, l'aîné, le plus malin et le plus fou, Luca notre ange gardien. Il y avait Roman, le colporteur de livres, le plus brillant et le plus exalté : c'est toi qu'on enterre aujourd'hui.
Et moi enfin, Milan, le dernier Dragomir...
Tu as deux ans de plus que moi, Roman, seize mois exactement. Autant dire une éternité.
Ce que je sais de ta naissance, c'est Luca qui me l'a appris. Le père se trouve à l'étranger. Hongrie ou Moldavie, je ne sais plus. Comme tous les soirs, la petite mère joue au poker avec des amies, quand elle ressent les premières contractions. Elle ne veut pas lâcher ses cartes : elle a un trop bon jeu ! Elle finit la partie dans la douleur. Mais brusquement, elle perd les eaux, elle est prise de panique. Ses voisines lui viennent en aide. Et c'est ainsi que toi, Roman, tu viens au monde ! Un bébé maigre et agité. Des yeux de loup. Cheveux collés de liquide amniotique. Jambes arquées de footballeur et petits pieds cambrés que Luca s'ingénie vite à tordre, à chatouiller pour faire couler tes larmes. Dans ton lit-cage, tu ne pleures pas. Tu aboies, tu rugis, tu tempêtes de rage quand ton ventre est vide. Mais pas de larmes. Jamais ! Tu es un petit hérisson. Tu gardes le silence, comme les arbres, les pierres ou les nuages.
En Macédoine, nous habitons une grande maison couverte de lierre et de glycine. Le père est venu s'installer ici trente ans plus tôt après avoir connu la ruine et la fortune. À quatorze ans, c'est lui qui nourrit sa famille en vendant des petits pains aux voyageurs de l'Orient-Express, ce train mythique qui relie Paris à Istanbul. Il a le commerce dans le sang. Le don, aussi, de voir le monde comme il va. Tels ses ancêtres roms et valaques, il voyage beaucoup. Il a des amis en Allemagne, en Italie, en Suisse, en Autriche.
A son retour, il nous rapporte toujours quelque chose. Une montre. Une voiture à friction. Un journal illustré. Profitant de son droit d'aînesse, Luca fait main basse sur la voiture, tandis que toi, Roman, tu t'empares de la montre. Et moi, le cadet, le sans-grade, j'hérite du journal illustré.
Nous vivons en tribu bruyante et chamarrée. Le père tient boutique au rez-de-chaussée de la maison. Il répare des montres, rafistole les vases anciens, restaure meubles et bijoux. Il sait tout faire avec ses mains. Son échoppe tient autant du bazar oriental que du cabinet d'amateur. La mère, quand elle peut quitter son tablier de cuisinière, reçoit les clients derrière le comptoir et tient la caisse.
A l'étage se trouve l'atelier où travaillent les artisans et les ouvrières. Ils viennent de tous les pays. Et souvent, pendant la journée, on entend des chansons grecques, des mélopées bulgares, lancinantes mélodies de l'exil, accompagnées des éternels sanglots des femmes de mon pays.


Copyright : Studio 108 2004-2017 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli