Un voleur de Bagdad / Passion du livre

Recherche simple

Recherche avancée

Recherche multi-critères








Recherche avancée

.. Un voleur de Bagdad

Couverture du livre Un voleur de Bagdad

Auteur : Sherko Fatah

Traducteur : Olivier Mannoni

Date de saisie : 25/09/2014

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Métailié, Paris, France

Collection : Bibliothèque allemande

Prix : 23.00 €

ISBN : 9782864249641

GENCOD : 9782864249641

Sorti le : 18/09/2014

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

Bagdad, 1930. Le jeune Anouar rêve de belles maisons, de voyages et peut-être un peu de la soeur de son ami juif. Il rêve de devenir quelqu'un, mais il n'est qu'un petit voleur dont le talent se résume à sa grande habileté à escalader les façades des maisons pour les dévaliser et voir la ville depuis leurs terrasses.
Pris dans le tourbillon du déclenchement de la guerre il tombe dans les réseaux de l'organisation des Chemises noires irakiennes. Ce qui lui vaudra de devenir factotum du grand mufti de Jérusalem réfugié à Bagdad et allié aux nazis pour combattre les Anglais en Palestine. Il fait partie de sa suite à Berlin en 1941. Là il sera enrôlé dans une légion musulmane des Waffen-SS chargée de la répression des résistants en Biélorussie et à Varsovie.
Anouar reviendra brisé et défiguré à Bagdad, où il reconnaîtra à l'hôpital où il travaille un médecin SS rencontré sur le front de l'Est.
Avec cet incroyable roman d'aventures, à l'écriture prenante, dense, dépouillée, Sherko Fatah nous fait découvrir une histoire dont les répercussions nous ouvrent les yeux sur le présent du Moyen-Orient.

«La prose de S. Fatah est à couper le souffle.» Makische Allgemeine

Sherko Fatah est né en 1964 à Berlin-Est d'un père kurde du nord de l'Irak et d'une mère allemande. Après des études de philosophie et d'histoire de l'art, il a fait de nombreux voyages en Irak. En 2000, il obtient le prix Aspekte du meilleur roman en langue allemande avec En zone frontalière. Il est également l'auteur de Petit oncle et du Navire obscur.





  • La revue de presse Pierre Deshusses - Le Monde du 25 septembre 2014

Sur la trame subtile des liens entre juifs et musulmans, Fatah croise les fils de la décolonisation, de la fin de l'Empire britannique, de la montée du nazisme et du communisme. Un vrai roman d'aventure qui fait mieux comprendre ce pays qu'est l'Irak, bouillant creuset de tensions internationales depuis des décennies.



  • Les premières lignes

Je suis assis là et je t'observe comme si tu étais un étranger. Mais je te connais. Je ne te le dirai peut-être jamais : je te connais, je te connais bien. Cela remonte à quelques années. Cela remonte à une éternité. Suffisamment pour que tu ne me remettes plus. Mais de toute façon tu ne me regardes pas, tu ne regardes jamais personne en face. Tu es l'éminent docteur venu de la lointaine Allemagne. Et moi, que suis-je donc ? Le coursier dont tu n'as pas besoin, celui qui t'importune. Mais si tu tournais les yeux vers moi, tu le saurais immédiatement. Nous avons jadis été aussi proches que deux chiens apeurés et enfermés, nous avions la même boue dans la gueule et au creux de cette nuit froide et lointaine notre peur ne faisait qu'une, nous étions un animal craintif à deux têtes. Nous avons vu la mort avancer en chair et en os sur la terre boueuse. Ses bottes sales se décollaient du sol trempé avec un bruit de succion. Elle avait la silhouette fine, une grande tête et le front haut. Elle parlait ta langue. Tu ne l'as certainement pas oubliée. Personne ne le peut. Mais peut-être, simplement, ne veux-tu la revoir à aucun prix, fut-ce en souvenir, à travers le visage d'un survivant de cette époque. Je te comprends, je te comprends bien, homme éminent que tu es.
Et pourtant, les voies de Dieu sont impénétrables, tu es venu ici. Tu aurais pu aller n'importe où après la guerre. Mais non, tu es ici, devant mes yeux, et ta vue suffit à faire remonter en moi cette vieille peur qui nous enserra jadis comme un poing.

Je me laissai glisser dans la pièce sur le siège en bois que le docteur avait mis à ma disposition le premier jour. Sans un mot, sans me saluer ni manifester quelque émotion que ce soit, cet homme de haute stature, à l'allure nerveuse, régla l'affaire lui-même. Il me planta simplement dans l'infirmerie, moi, le coursier, et revint peu après avec le siège. Il le posa près de la fenêtre. Quand il repassa devant moi, il se contenta de faire un signe vers l'arrière.
Je le suivis du regard lorsqu'il quitta la salle. Nous n'avions pas échangé le moindre mot, et pourtant nous nous étions compris. J'avais cru que le Dr Stein était familier des moeurs locales. L'autorité naturelle avec laquelle il se déplaçait et donnait de brèves instructions en anglais, la tranquillité avec laquelle il levait les mains avant d'attendre, comme un chef d'orchestre immobilisé, qu'un membre du personnel lui ôte ses gants en caoutchouc, tout cela ne m'aurait jamais inspiré le moindre doute sur la compétence du médecin. Mais pour le reste cet homme n'entendait rien à rien. Au lieu de m'envoyer avec le morceau de papier où figurait la liste de ce dont il avait besoin, il se rendit lui-même au bazar. Je fus étonné de le voir revenir avec ces petits paquets, s'approcher prudemment de moi et me tendre ces affaires comme s'il s'agissait de cadeaux. Mais c'était seulement pour que je les garde jusqu'à ce que le docteur rentre chez lui, en début de soirée.
Ce n'était pas juste. C'était offensant. Je lui en voulais. Après tout, cet homme était un étranger ici. Il ne pouvait pas savoir que n'importe quel étranger, surtout aussi éminent que lui, avait droit à ce que quelqu'un lui fasse ses courses, lui apporte ou lui emporte son courrier, ou le guide chez les gens auxquels il voulait rendre visite. Il aurait pu l'apprendre si seulement il avait posé la question. Mais dans ce cas, me dis-je en dodelinant du chef, il en aurait peut-être aussi appris plus que ce qu'il souhaitait savoir. Il m'aurait reconnu et tout ce que nous avions vu aurait surgi à cet instant même et aurait empli l'espace entre nous deux.


Copyright : Studio 108 2004-2017 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli