Man Ray / Passion du livre

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.. Man Ray

Couverture du livre Man Ray

Auteur : Serge Sanchez

Date de saisie : 23/05/2014

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Folio. Biographies

Prix : 8.90 €

ISBN : 9782070449330

GENCOD : 9782070449330

Sorti le : 20/05/2014

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  • La présentation de l'éditeur

«On nous a traités d'hommes finis parce que nous ne finissons jamais rien, dites plutôt : hommes infinis.»

Touche-à-tout de génie, Man Ray, né Emmanuel Radnitsky (1890-1976), incorpora à ses peintures des matériaux divers, détourna des objets de leur destination d'origine, n'hésita pas à employer dans sa création des procédés industriels tels que la photographie ou l'aérographe. Ami de Duchamp, il côtoya Brancusi, Satie, Picasso, Breton, Éluard, Desnos, et eut pour compagnes la célèbre Kiki de Montparnasse puis la belle Lee Miller. Dadaïste avant dada, luttant sans relâche pour conserver sa liberté créatrice, parfois contre les opinions et les idéologies de son temps, Man Ray nous convie à une traversée inédite des principaux courants artistiques du XXe siècle, du cubisme jusqu'au pop art, et nous donne une leçon de vie.

Texte inédit

Écrivain et journaliste, Serge Sanchez a publié Le dernier primitif, François Augérias (Grasset, 2006), Brassai] le promeneur de nuit (Grasset), et La lampe de Proust et Autres Objets de la littérature (Payot, 2013).





  • Les premières lignes

De Kiev à Philadelphie

Le grand-père d'Emmanuel Radnitsky, plus tard connu sous le nom de Man Ray, était un colporteur juif domicilié à Kiev. On sait ce qu'étaient alors ces marchands ambulants. Pour tout dire, gens de peu, semi-vagabonds qui allaient par les routes, poussant leur charrette et proposant brocarts et indiennes, chaînes de montre, rubans, peignes de nacre, aiguilles et bimbeloterie de tous genres. Or, un jour de l'année 1886, se rendant à Minsk pour écouler sa marchandise, le colporteur Radnitsky s'arrêta à Babrouisk. Il entra dans une pharmacie et rencontra une jeune fille de dix-huit ans à peine qui semblait faire partie de la maison. Elle s'appelait Manya.
En réalité, cette jolie brunette à la peau claire, aux yeux d'azur, était orpheline. Elle avait grandi avec ses cinq soeurs dans la banlieue de Minsk. Les Juifs, car elle était juive elle aussi, y étaient nombreux : ils représentaient pratiquement la moitié de la population. À la mort des parents, survenue dans on ne sait quelles circonstances, la fratrie fut dispersée et Manya confiée à ce brave homme de pharmacien. Il était célibataire et l'arrivée de la demoiselle avait bouleversé son existence. Il lui évitait les travaux pénibles, comme de ranger et briquer la maison, tâches que d'ailleurs elle exécrait, leur préférant la broderie et plus généralement la couture. Il fit graver un bracelet d'argent à son intention, lui offrit des parfums et des onguents pour la peau qu'il préparait lui-même. C'était sa manière de faire la cour. Il agit en tout avec patience et bonté, mais lorsqu'il la demanda en mariage, Manya refusa.
Il y avait donc là un coeur à prendre. Le colporteur Radnitsky l'avait noté. Ses affaires faites, il rentra à Kiev et vanta sans attendre la jolie demoiselle à son fils, Melach. Celui-ci avait vingt et un ans, l'âge de se marier et de lui donner une descendance. Le colporteur Radnitsky avait suffisamment de finesse et d'expérience pour sentir qu'une certaine misère pouvait rapprocher les deux jeunes gens. L'enfance de Melach, en effet, n'avait guère été plus heureuse que celle de Manya. Sa mère, Devorah, était morte lorsqu'il était encore en bas âge. Plus tard, lui et ses quatre soeurs aînées avaient été maltraités par une odieuse belle-mère. Une situation qui manqua faire de lui un criminel. Un jour, fou de colère, il avait saisi un couteau et menacé de la tuer...
Les amours, certes, on y pense, à vingt ans. Mais comment Melach aurait-il pu songer à fonder une famille ? La situation des Juifs était particulièrement précaire dans la Russie de ces années-là. En outre, il avait reçu une convocation pour accomplir son service militaire. Or, servir l'armée du tsar, il n'en était pas question. Depuis l'assassinat d'Alexandre II, tué par une bombe en 1881, et dont on accusait les Juifs, les mesures antisémites avaient redoublé. Les Israélites étaient expulsés de leurs maisons, chassés de l'école et de l'université, interdits dans la plupart des métiers. La seule chose dont ils pouvaient se féliciter, c'était d'être encore vivants, car les pogroms se multipliaient. Les populations locales les massacraient, brûlaient leurs biens ou se les partageaient sous l'oeil bienveillant de la police impériale. En 1886, précisément, un édit d'expulsion était proclamé à Kiev. Un de plus. En rendant aux Juifs la vie impossible, Alexandre III les poussait à quitter le pays. Comme des milliers de ses coreligionnaires d'Europe de l'Est, Russes, Polonais ou Roumains, c'est ce que Melach se résolut à faire. Choisissant la désertion, il embarqua sur le Bremen à destination de New York.


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