Herculine Barbin dite Alexina B. / Passion du livre

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.. Herculine Barbin dite Alexina B.

Couverture du livre Herculine Barbin dite Alexina B.

Auteur : Abel Barbin

Préface : Michel Foucault

Postface : Éric Fassin

Date de saisie : 04/04/2014

Genre : Psychologie, Psychanalyse

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Hors série connaissance

Prix : 19.50 €

ISBN : 978-2-07-014407-5

GENCOD : 9782070144075

Sorti le : 13/03/2014

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

Paru initialement en 1978 dans la collection «Vies parallèles» créée par Michel Foucault et qui ne connut que deux titres, et repris en Folio en 1993, cette nouvelle édition d'un livre épuisé depuis plusieurs années est, plus qu'une réédition, une édition nouvelle, augmentée et refondue.
Il reprend l'édition originale des souvenirs d'Herculine Barbin, dite Alexina B. (1838-1868), célèbre hermaphrodite (on dit aujourd'hui intersexe) considérée comme femme à la naissance avant d'être qualifié d'homme à l'adolescence et rebaptisé Abel. Cette reprise à l'identique d'un texte découvert par Michel Foucault inclut le dossier de l'édition originale qu'il avait rassemblé et introduit lui-même. À cet ensemble de textes s'ajoute une nouvelle d'Oskar Panizza, Un scandale au couvent, parue dans le recueil éponyme en 1893 et reprenant sous une forme romancée l'histoire d'Alexina.
L'ouvrage inclut, en guise de préface, une étude de Foucault parue dans l'édition américaine du livre (1980). Publié presque en même temps en français sous le titre «Le vrai sexe» dans la revue Arcadie, ce texte sera repris en 1994 dans Dits et écrits, IV. Le livre se conclut par une postface d'Éric Fassin, sociologue et politologue spécialiste de la politisation des questions sexuelles, intitulée «Le vrai genre».
Pour ce dernier, la nouveauté d'Alexina B. est de poser pour la première fois les questions du sexe et de la sexualité en termes de genre.

L'auteur

Le philosophe Michel Foucault (1926-1984) s'est imposé en 1963 avec son Histoire de la folie à l'âge classique. Il enseigna au Collège de France entre 1970 et 1984, titulaire de la chaire d'«Histoire des Systèmes de pensée» et à l'université de Californie à Berkeley. L'essentiel de son oeuvre est disponible aux Éditions Gallimard.





  • La revue de presse Juliette Cerf - Télérama du 19 mars 2014

Etudié par la médecine légale, ce cas d'hermaphrodisme a surtout intéressé Michel Foucault, auteur d'Histoire de la sexualité, qui en a présenté en 1978 le dossier. Pour retracer, avant que les gender studies ne s'emparent de cette question des intersexes (d'où la postface d'Eric Fassin), la «chasse à l'identité» ayant touché cet être pas comme les autres : «Ni femme aimant les femmes ni homme caché parmi les femmes.»



  • Les premières lignes

J'ai vingt-cinq ans, et, quoique jeune encore, j'approche, à n'en pas douter, du terme fatal de mon existence.
J'ai beaucoup souffert, et j'ai souffert seul ! seul ! abandonné de tous ! Ma place n'était pas marquée dans ce monde qui me fuyait, qui m'avait maudit. Pas un être vivant ne devait s'associer à cette immense douleur qui me prit au sortir de l'enfance, à cet âge où tout est beau, parce que tout est jeune et brillant d'avenir.
Cet âge n'a pas existé pour moi. J'avais, dès cet âge, un éloignement instinctif du monde, comme si j'avais pu comprendre déjà que je devais y vivre étranger.
Soucieux et rêveur, mon front semblait s'affaisser sous le poids de sombres mélancolies. J'étais froide, timide, et, en quelque sorte, insensible à toutes ces joies bruyantes et ingénues qui font épanouir un visage d'enfant.
J'aimais la solitude, cette compagne du malheur, et, lorsqu'un sourire bienveillant se levait sur moi, j'en étais heureuse, comme d'une faveur inespérée.
Comme mon enfance, une grande partie de ma jeunesse s'écoula dans le calme délicieux des maisons religieuses.
Des maisons véritablement pieuses, des coeurs droits et purs présidèrent à mon éducation. J'ai vu de près ces sanctuaires bénis où s'écoulent tant d'existences qui, dans le monde, eussent été brillantes et enviées.
Les modestes vertus que j'ai vues briller n'ont pas peu contribué à me faire comprendre et aimer la religion vraie, celle du dévouement, et de l'abnégation.
Plus tard, au milieu des orages et des fautes de ma vie, ces souvenirs m'apparaissaient comme autant de visions célestes, et dont la vue fut pour moi un baume réparateur.
Mes seules distractions, à cette époque, furent les quelques jours que j'allais passer chaque année dans une noble famille, où ma mère était traitée en amie bien plus qu'en gouvernante. Le chef de cette famille était l'un de ces hommes mûris par les malheurs d'une époque sinistre et désastreuse.
La petite ville de L... où je suis née possédait et possède encore un hospice civil et militaire. Une partie de ce vaste établissement était affectée spécialement au traitement des malades des deux sexes, nombre toujours considérable auquel, comme je l'ai dit, venait se joindre celui non moins grand que fournissait la garnison de la ville.
L'autre partie de la maison appartenait tout entière à la jeunesse orpheline et abandonnée qu'une naissance, presque toujours le fruit du crime ou du malheur, a laissée sans soutien dans ce monde. Pauvres êtres, frustrés dès le berceau des caresses d'une mère !
Ce fut dans cet asile de la souffrance et du malheur que je passai quelques années de mon enfance.


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