Empty mile / Passion du livre

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.. Empty mile

Couverture du livre Empty mile

Auteur : Matthew Stokoe

Traducteur : Antoine Chainas

Date de saisie : 31/03/2014

Genre : Policiers

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Série noire

Prix : 23.50 €

ISBN : 978-2-07-013880-7

GENCOD : 9782070138807

Sorti le : 09/01/2014

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

Quand Johnny Richardson revient à Oakridge, il n'a qu'une idée en tête : réparer la terrible erreur qui l'a poussé à s'exiler de sa ville natale pendant huit ans. Mais renouer avec le passé peut être une entreprise risquée dans l'Amérique provinciale. Lorsqu'une expérience sexuelle anodine pousse au suicide la femme d'une personnalité locale, Johnny devient la cible d'une vendetta qui menace de détruire l'existence fragile qu'il s'est bâtie au coeur des anciennes collines aurifères de la Californie du Nord. En possession d'un étrange terrain légué par son père disparu sans laisser de traces, Johnny devra éclaircir ces mystères pour protéger ceux qu'il aime. Mais ses efforts auront des conséquences funestes. Il sera alors non seulement confronté à ses propres démons, mais à la nature même de la culpabilité.

Méditation saisissante sur la futilité du pardon et les incertitudes d'une nation, EmptyMile transpose avec maestria les codes du roman noir urbain dans les vastes étendues de l'Amérique rurale.

Matthew Stokoe est né en Grande-Bretagne. Il partage désormais son existence entre Sidney et la Californie.
Après La belle vie, Empty Mile est son deuxième roman à paraître à la Série Noire.





  • La revue de presse Guillaume Fraissard - Le Monde du 13 mars 2014

Deux ans après La Belle Vie (Gallimard, 2012), roman choc et trash, à la limite de l'insoutenable, sur les bas-fonds de Los Angeles, l'écrivain et scénariste britannique Matthew Stokoe retrouve la Californie dans un registre moins glauque mais tout aussi sombre...
Histoire d'une réparation impossible, de vengeance et de rédemption sur fond de grands espaces contrastant avec des vies étriquées, Empty Mile est surtout le récit d'un amour fraternel poignant. De ceux qui survivent aux plaies les plus profondes.



  • Les premières lignes

Huit ans. Et maintenant, j'étais de retour. Dans mes rues. Dans ma ville. La maison était encore à deux cents mètres, mais je me garai et coupai le contact. De Londres à San Francisco, puis de San Francisco à cette vallée en forme de cuvette, au pied des montagnes de la Sierra Nevada, l'angoisse n'avait cessé de grandir, telle une tumeur vorace. J'étais désormais si proche de mon propre passé que je n'arrivais plus à supporter l'habitacle exigu du pick-up.
Je sortis et commençai à marcher rapidement le long du trottoir. Devant ces maisons que j'avais déjà vues un millier de fois. Ma hâte était pourtant insuffisante. Ces derniers mètres, cette ultime minute qui me séparait de mon foyer étaient une douleur menaçant de faire voler mon âme en éclats. Alors, je me mis à courir. À mouliner des bras, la tête rejetée en arrière. Si j'avais eu assez de souffle, j'aurais crié.
Enfin, devant la maison. Enfin. Haletant, je poussai la barrière, franchis la petite allée à toute vitesse, et la porte s'ouvrit sur l'intérieur de la maison au moment où j'approchai. Stan était là. Il se tordait les mains, trépignait d'excitation. Mon frère Stan, plus vieux de huit ans et plus grand, mais fidèle à mon souvenir.
«Johnny !»
Mon nom s'était échappé de ses lèvres comme une chose vivante.
«Johnny !»
Je compris à ce simple mot, à cette vision fugitive de lui, tremblant et ruant dans l'encadrement, l'erreur irrémédiable, indiscutable, que j'avais commise lorsque j'avais quitté Oakridge. Il dansait à reculons devant moi tout le long du couloir, se jetait en avant pour m'enlacer encore et encore. Il me serrait si fort que nous manquâmes de chuter. Il criait des questions à cent à l'heure, toujours plus vite, reprenait son souffle jusqu'à ce que ses paroles puissent émerger de sa bouche, mais ne parvenait qu'à répéter : «Johnny, Johnny, Johnny...» Il applaudissait et souriait si fort que je crus ses lèvres sur le point de se fendre.
Puis il se rapprocha, m'attrapa dans ses bras, et posa son front au creux de mon cou. Ce geste fît remonter à la surface le souvenir qui me hantait le plus : Stan, dans ma chambre, la nuit où j'étais parti d'Oakridge, il y a tant d'années. Son visage contre ma poitrine alors que je l'enlaçais pour lui dire adieu, le silence qui nous enveloppait et révélait cette dramatique incapacité à atténuer, ne serait-ce qu'un peu, la dimension catastrophique de mon départ, la détestable douleur dont j'étais responsable et la haine qu'elle m'inspirait à moi-même.
Et ce bruit, dont l'écho n'avait eu de cesse de me tourmenter. Le seul reproche qu'il m'avait adressé : un sanglot atroce, aussitôt ravalé. Quand nous avions relâché notre étreinte, j'avais vu qu'il s'était forcé à ne pas pleurer pour éviter que je ne me sente encore plus mal. Ainsi, je pourrais m'en aller et accomplir ma destinée sans que le poids du malheur me retienne.
Stan s'éloigna et me sourit.
«Hé, je veux voir qui est le plus grand.»


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