La grande maison de brique rose : la mémoire blessée dans l'attentat de l'OAS contre André Malraux, 1962 / Passion du livre

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Couverture du livre La grande maison de brique rose : la mémoire blessée dans l'attentat de l'OAS contre André Malraux, 1962

Auteur : Delphine Renard

Date de saisie : 06/01/2014

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Tirésias, Paris, France

Collection : Lieux Est Mémoire

Prix : 12.50 €

ISBN : 9782915293784

GENCOD : 9782915293784

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

Delphine Renard retrace ici l'aventure d'une maison hors du commun, véritable concrétion de l'histoire de sa famille, où elle a elle-même grandi et qui fut marquée par la présence d'André Malraux entre 1945 et 1962. Jusqu'à ce qu'y explose une bombe posée par l'OAS le 7 février 1962, peu avant la signature des accords d'Évian et la fin de la guerre d'Algérie. La petite Delphine, âgée de quatre ans et demi, y fut grièvement blessée.
Elle a retrouvé des correspondances et journaux intimes de ses grands-parents et d'autres personnages qui furent à l'origine de la construction de cette étonnante maison des années trente, d'allure vaguement hollandaise, située entre Roland Garros et le Parc des Princes en bordure de Paris. Elle montre comment se tissent les destins de ceux qui viendront à en être commanditaire, propriétaires et habitants, en passant par l'inévitable occupation allemande. L'histoire d'une famille tourmentée s'y joue, faite de drames, de secrets d'alcôve mais aussi de grandes passions...

Delphine Renard est née à Paris. Blessée en 1962, dans un attentat de l'OAS visant le ministre de la Culture André Malraux. Elle y perdra la vue, puis la recouvre en partie. Après des études de Sciences Po, de droit et d'histoire de l'art, elle pratique la peinture et devient critique d'art pendant quelques années avant que la cécité ne la rattrape autour de trente ans. Elle se tourne vers la musique et, surtout, vers la psychanalyse qui la passionne et qui l'a tant aidée sur le plan personnel. Elle reprend alors des études de psychologie et obtient son doctorat en axant ses recherches sur le judaïsme. Elle est aujourd'hui psychologue et psychanalyste.





  • Les premières lignes

La grande maison de brique rose

Aux chauffeurs de taxi, nous disions toujours, arrivant place de la Porte d'Auteuil : «Longez Roland-Garros et continuez tout droit. Vous verrez sur la gauche une grande maison de brique rose qui fait l'angle avec la rue Marcel Loyau.»
C'est dans cette «grande maison de brique rose» que j'ai passé les vingt-sept premières années de ma vie. Quoique pas très ancienne, cette vaste villa des années vingt s'était déjà chargée d'histoire et d'histoires au moment de ma naissance, et a continué ensuite.
Elle a été l'épicentre des drames qui ont constitué mon histoire familiale, et mon histoire tout court, avec l'attentat qui visait André Malraux et dont j'ai été la victime le 7 février 1962, à l'âge de quatre ans et demi. J'ai failli y perdre la vie. J'y ai perdu la vue, en plusieurs épisodes, définitivement à trente ans.
Beaucoup de gens s'y sont croisés, affrontés, aimés. Peut-être, aussi, haïs. Aimés dans la douleur, souvent, d'où mon choix de mettre en exergue cette citation de Dostoïevski. Son origine répond à une relation forte et très particulière entre un homme et une femme. Plus tard, elle a été occupée par les Allemands, puis par les Américains. Bien d'autres personnes s'y sont rencontrées pendant ces trois-quarts de siècle. André Malraux y a habité avec sa femme Madeleine de 1945 à 1962. Ses fils, Gauthier et Vincent, tués dans un dramatique accident de voiture en 1961, y ont passé presque toute leur vie, et Alain, le beau-fils qu'il a adopté, l'essentiel de sa jeunesse. André Malraux y est resté jusqu'à ce qu'une bombe y explose à son intention, projetant ma vie hors de son orbite prévisible.
J'ai continué à y vivre avec les miens. J'en suis partie, et la maison a commencé, un peu, à se détacher de moi. Mes parents y sont restés. Je les voyais rarement. Après être revenue deux étés de suite, en 1986 et 1987, «garder la maison» au mois d'août, je n'y ai remis les pieds qu'en 1992, dans le jardin pour y enterrer mon chat Kite, et dans la cuisine pour me laver les mains.
Le mardi 8 mars 2005, mon père est soudain tombé dans le coma, dans sa chambre, et il est mort trois jours plus tard à l'hôpital Ambroise-Paré, le 11 mars. Ma mère a vendu la maison. Je suis allée y redormir une nuit, après dix-huit ans, la dernière nuit avant la finalisation de l'acte. Une page a été tournée lors du changement de propriétaires, à la fin de l'été 2006. Chez le notaire de Meudon, choisi par les acquéreurs, ma mère a donné tous ses trousseaux de clefs. Nous sommes allés manger un filet de bar dans la rue d'à côté. C'était fini.
J'y suis retournée, à l'invitation des nouveaux habitants, étonnée devant la nouvelle configuration de l'intérieur. Un jacuzzi dans le petit salon, une douche au milieu d'une chambre, un escalier déplacé entre le deuxième étage et le grand atelier sous les combles, dégageant l'espace de deux pièces supplémentaires... Ce n'était plus tout à fait la même maison. Je n'en étais pas vraiment triste. Même si les nouveaux aménagements ne correspondaient pas à mes goûts, j'avais plutôt la sensation qu'un souffle d'air salubre était en train de balayer ces lieux insidieusement pétrifiés, mettant fin au sortilège d'un sommeil de cent ans. Tout récemment, ma mère et moi y avons à nouveau été aimablement invitées : la visite a parachevé en moi le processus de détachement. Détachement au sens quasi-matériel, comme une moule se décollerait de son rocher, ou plutôt en serait décollée, progressivement mais avec de nécessaires à-coups.


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