Barbara : photographies inédites / Passion du livre

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.. Barbara : photographies inédites

Couverture du livre Barbara : photographies inédites

Auteur : Libor Sir

Préface : Joël July

Illustrateur : photographies de Libor Sir

Date de saisie : 02/01/2014

Genre : Photos

Editeur : Castor astral, Bègles, France

Collection : Castor music

Prix : 35.00 €

ISBN : 9782859209599

GENCOD : 9782859209599

Sorti le : 05/12/2013

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

Ces portraits de Barbara ont été réalisés par Libor Sir en 1967. Ils sont ici publiés pour la première fois. Prises sur la scène du quotidien, ces photographies offrent une image différente de la chanteuse en concert. Nous la découvrons à travers des instants saisis au naturel, à Saint-Malo au bord de la mer, à Paris devant l'Écluse, le cabaret de ses débuts, au parc de Saint-Cloud, place des Vosges ou en bord de Seine... Elle, toujours aussi belle et présente.

Une «Barbara» comme on ne l'a jamais vue ; plus intime et naturelle que sur ses clichés de scène.
«Tous ces clichés restituent le souvenir des journées que j'ai passées avec elle en juillet 1967.
Barbara en ligne de mire de mon appareil photo. Il fallait illustrer la pochette de son prochain album qui devait sortir le 6 novembre 1967. Barbara joue à poser pour moi. Un miracle.
Photographier Barbara ! Barbara, en mémoire à Paris, Place des Vosges, aux bords de la Seine, près de l'Écluse, le cabaret de sa première rencontre avec le public ; à Saint-Cloud dans le Parc puis à Saint-Malo et en bord de mer.» Ces photos sont accompagnées d'extraits d'entretiens, de témoignages, de textes de Barbara et d'auteurs qu'elle a interprétés.

Bien qu'elle soit décédée il y a plus de quinze ans, Barbara continue de fasciner le public, à l'image de son anthologie de 19 disques sortie l'an dernier qui fut un véritable succès.
Le chanteur Jacques Higelin lui consacre une chanson sur Beau Repaire, son dernier album sorti cette année.
Barbara fait partie, avec Moustaki, Brassens et Brel, des «monstres sacrés» de la chanson française, vénérés comme tels par ceux qui les ont connus vivants et respectueusement découverts par la jeune génération.





  • Les premières lignes

Avant-propos

N'y aurait-il pas plusieurs Barbara ? Une Barbara à entendre, tour à tour intime et artificielle, tantôt louve, tantôt mante religieuse, celle qui murmure un chant-refuge ou celle qui fanfaronne ; et une Barbara à voir, côté cour, la publique, celle de la scène et des interviews qui se sait sous le regard de tous et, côté jardin, la pudique, celle que le grand public ne peut jamais qu'entrevoir, que parfois, rarement, par illusion, il croit surprendre derrière le fard, sous le «pailleté», comme elle disait.
En miroir, l'on peut être un auditeur de Barbara ou un spectateur. Ça semble a priori deux espèces qui n'ont rien à voir l'une avec l'autre, d'un côté l'amateur éclairé, mélomane, féru de poésie, de l'autre le fanatique, le collectionneur, davantage intrigué par la plastique de la personne que par l'esthétique de l'artiste. Qu'il serait simple de pouvoir ainsi séparer le bon grain de l'ivraie ! Car, bien souvent, celui qui prend plaisir à écouter Barbara prend aussi, voire doublement, plaisir à la voir. Car, en matière de chanson, les récepteurs s'embrouillent et les images se brouillent : le véritable connaisseur d'un chanteur n'est pas celui qui a appris ses textes, mais davantage celui qui l'a vu les interpréter. La bonne place, c'est celle du spectateur qui voit le texte s'incarner dans le corps du chanteur. Celui qui n'est qu'auditeur ne possède qu'une partie de l'oeuvre, il n'a pas visité tout le monument, il faut qu'en la matière il fasse profil bas devant ceux qui peuvent dire «Nous y étions», les spectateurs, les groupies, ceux que Barbara appelait «les oiseaux».
Mais alors spectateur de quelle Barbara ? Forcément, nécessairement, la Barbara que filtre l'espace scénique, qui n'a rien à voir avec Monique Serf ; en tous les cas qui ne montre de Monique Serf que la part obscure que les années de galère à Bruxelles et à Paris ont métamorphosée, intellectualisée, que les années de gloire, de Bobino à l'Olympia, ont illuminée, maquillée : artiste splendidement auto-fabriquée, prodigieusement accouchée, d'autant que Barbara n'a fait que suivre sa pente naturelle, celle de la résilience et du don de soi, celle du mystère et de l'étrangeté.
Tout ce préambule pour dire quoi ? Pour dire qu'il y a par nature et heureusement «deux plus deux» Barbara ; car quelle que soit la Barbara que l'on traque, «murmureuse» ou «music-hall», elle nous a donné le droit d'être l'admirateur que l'on est : Monique Serf s'est forgé l'identité Barbara sur un principe de voeu au spectateur, d'abnégation à sa carrière ; elle nous a d'avance débarrassés de nos scrupules voyeuristes : «Dorénavant, je suis seule ; plus rien ne va pouvoir me détourner de ma route telle que je l'ai toujours pressentie. Rien, ni hélas personne, plus aucun homme, aucun amour. Bien sûr, des hommes et des amours.
Mais c'est si différent. J'aurais bien voulu, mais je n'ai pas eu le talent de vivre à deux, ni jamais le désir assez grand de tout quitter pour un seul homme. En acceptant de perdre H... [en 1962], je viens de prendre le voile, inexorablement, pour cette beauté : la vie de femme qui chante.»
Barbara a la primauté artistique de ce pacte : sacrifier sa vie de femme à un «amant de mille bras», rôle jouissif et grave qui nous autorise à toujours désirer se l'approprier. Et cet album de photographies inédites ne fait donc que continuer le rendez-vous d'amour. Il n'est d'ailleurs ni inutile ni innocent de préciser que toute cette galerie de photographies de Libor Sir cherchait à définir la pochette de l'album 1967, dont la chanson la plus illustre restera «Ma plus belle histoire d'amour», celle qui justement scellera le pacte entre Barbara et son public.

Pourtant, au fil de ces papiers glacés (car il s'agit bien d'un même fil qui les relie, celui du regard unique de l'artiste qui oriente l'objectif), une problématique se creuse : comment rendre l'intime lorsqu'on est une vedette de scène ? Car la vedette, étymologiquement, c'est celle qui est vue, de tous en même temps. Or, une photographie, on la reçoit seul et il faut alors qu'elle se mette à parler à chacun une langue familière, comme pour une chanson : tout le monde croit entendre la même, alors que chacun la reçoit différemment. Voilà donc l'enjeu de la photographie réussie d'une vedette : il faut voir Barbara, célébrité de la chanson, et regarder Barbara telle que Monique Serf perce sous elle. C'est alors que conspirent le talent du photographe et le talent du modèle pour créer ce tour de passe-passe, cette illusion subreptice et indivise.
Dans un reportage que Gérard Vergez a tourné en 1973 autour d'un récital près de Châteauroux, la caméra donne à voir quelques instants volés, magistralement joués par la «Dame brune» au moment où, lors de l'entracte, elle se précipite pour recoudre sa robe noire, déchirée pendant la première partie. Barbara, qui s'affaire pour trouver du fil, soliloque, suppliant pour qu'on ne remette pas le chauffage, en écho à une conversation lointaine qui semble prendre la décision sans elle. Mais il lui faut passer ce fil dans le chas d'une aiguille, épreuve redoutable pour une myope. Elle s'avise alors qu'il y a une caméra qui la filme, et un pompier de service qui la regarde : c'est lui qui finalement prendra le dé à coudre. La succession des deux séquences met l'intime au coeur de la saisie des images : intimité de Monique Serf qui oublie l'objectif, le public derrière cet objectif, qui oublie son amant en cherchant désespérément du fil noir, pour mieux paraître devant son amant ; intimité de Barbara qui redécouvre l'objectif, le public derrière cet objectif, et redevient séductrice, maniérée, cabotine.
Que ce fil d'intimité et de vue troubles continue de nous servir de métaphore : c'est le fil auquel le regard lumineux et la marche funambule de Barbara nous attachent. Ne le perdons pas. Suivons le regard, suivons le mouvement...

Joël JULY
Professeur agrégé de lettres modernes.
Université de Provence, Aix-Marseille I


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