Les derniers jours / Passion du livre

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.. Les derniers jours

Couverture du livre Les derniers jours

Auteur : Jean Clair

Date de saisie : 26/10/2013

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Blanche

Prix : 21.00 €

ISBN : 9782070142651

GENCOD : 9782070142651

Sorti le : 09/10/2013

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

«J'appartiens à un peuple disparu. À ma naissance, d constituait près de 60% de la population française. Aujourd'hui, il n'en fait pas même 2%.

«Il faudra bien un jour reconnaître que l'événement majeur du XXe siècle n'aura pas été l'arrivée du prolétariat, mais la disparition de la paysannerie.

«Ce sont eux, les paysans, qui mériteraient le beau nom de "peuple originaire" que la sociologie applique à d'improbables tribus. En même temps que les premiers moines, ce sont eux qui ont défriché, essarté, créé un paysage, et qui lui ont donné le nom de "couture", c'est-à-dire de "culture", ce mot que les Grecs n'avaient pas même inventé : une façon d'habiter le monde autrement qu'en sauvage.

«Cette classe, dont j'avais tant envié la fortune et l'aisance, et dans laquelle je serai, fût-ce à reculons, entré, cette intelligentsia tant admirée mais surtout dont j'avais redouté l'arrogance, face à ces enfants de bourgeois qui me faisaient une peur de chien quand je les rencontrais, d m'apparaît aujourd'hui qu'elle aura trahi, installée qu'elle est, de par sa propre volonté et par sa propre paresse, dans un exil culturel permanent et profond.»

Jean Clair est écrivain, essayiste, historien de l'art et académicien. Ancien directeur du musée national Picasso (1989-2005), il a été commissaire de très nombreuses expositions parmi lesquelles Duchamp (1977), Les Réalismes (1980), Vienne (1986), L'Âme au corps (1993), Balthus (2001), Mélancolie (2006), Crime et châtiment (2010). Grand spécialiste de Balthus, il a en outre fait paraître Les Métamorphoses d'Éros : essai sur Balthus (RMN, 1996) et a dirigé la publication du catalogue raisonné de l'artiste (Gallimard, 1999).





  • Les premières lignes

LIRE, ÉCRIRE

La journée sera sombre et pluvieuse. Il tombe des cordes. Me voilà ramené à mon enfance, lorsque je me trouvais privé de pouvoir sortir et de rejoindre mes copains, prisonnier dans la chambre.
Derrière les vitres, poudrées de petits cristaux de pluie, grandit dans une lumière assombrie mon envie de lire et d'écrire.

Autrefois, je lisais pour ralentir mes impatiences, la lecture était capricieuse. Lire aujourd'hui réchauffe un froid intérieur et elle exige temps et continuité.

On ne lit pas en fait, on relit - comme l'enfant qui demandait qu'on lui redît le même conte pour vérifier que les personnages étaient toujours là, les mêmes visages, confrontés aux mêmes périls, et prononçant, page après page, les mêmes choses. On constatait alors que les adultes sont des gens en qui l'on peut croire. Mais on relit, devenu adulte à son tour, pour retrouver les émotions anciennes et les moments perdus.

Relire, revenir chaque été dans la même maison, retrouver des habitudes sans y songer, reprendre la lecture là où l'on s'était arrêté, sans avoir à chercher la page car elle s'ouvre obligeamment où on l'avait quittée, portant dans sa pliure le souvenir d'avoir été forcée.

Lire avait été une aventure, relire est une retraite. Félicité, c'est une fidélité. Il y aura La Recherche, quelques passages, puis des nouvelles de Morand, la Vienne de Musil, Le Maître et Marguerite, tout comme il y avait eu Le Petit Chose, Le Capitaine Hatteras, Le Blé qui lève, Le Livre de mon ami, Vol de nuit...
(Ces livres, aujourd'hui, quel pouvoir gardent-ils d'adoucir l'inquiétude ?)

Et l'on aura appris, pendant que le jour se défait et que la vitre s'est emperlée de pluie, en rangées parallèles suspendues comme au cou d'une vieille dame, que rien n'a changé dans le monde.
Les humains disparaissent ou s'effacent sous le mince dépôt gris du présent mais, si les choses se détériorent, les livres les inscrivent, d'un doigt léger dans la cendre, et elles sont toujours là, au même endroit. L'art a-t-il eu meilleure raison que d'assurer cette permanence ?

(Au long du quotidien et de sa voirie, ces regards que sont les livres, ouverts de loin en loin, sur des eaux souterraines qui continuent de couler.)


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