La politesse des Lumières : les lois, les moeurs, les manières / Passion du livre

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Couverture du livre La politesse des Lumières : les lois, les moeurs, les manières

Auteur : Philippe Raynaud

Date de saisie : 29/11/2013

Genre : Philosophie

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : L'esprit de la cité

Prix : 23.00 €

ISBN : 978-2-07-073531-0

GENCOD : 9782070735310

Sorti le : 03/10/2013

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  • La présentation de l'éditeur

Les Lumières n'ont pas inventé la civilité ni la politesse, mais elles leur ont donné une portée morale et une densité philosophique radicalement nouvelles. Le siècle de la raison entend se libérer des angoisses religieuses qui hantaient encore l'âge classique. En célébrant la civilité, les penseurs des Lumières expriment une confiance nouvelle dans la nature humaine : les hommes sont naturellement sociables et le progrès des manières aide à les rendre plus heureux et plus vertueux. Mais ces promesses recouvrent une sourde inquiétude : les formes les plus raffinées de la civilité peuvent aussi dissimuler le mensonge et favoriser la domination.
Au XVIIIe siècle, c'est la France qui incarne avec le plus d'éclat cette figure ambivalente d'une civilité brillante mais, pour certains, hypocrite, voire immorale, que l'on appelle la politesse. Montesquieu, Voltaire, David Hume, Rousseau, Kant, Mme de Staël : tous voient dans la politesse française la fine fleur de la civilité moderne, tous s'interrogent sur la valeur de ce qu'on commence alors à appeler civilisation. C'est cette discussion, ou plutôt cette conversation, que Philippe Raynaud restitue dans toute sa diversité et toute sa richesse. Il rappelle l'affinité native des manières françaises avec la monarchie absolue, que tout oppose à la simplicité des moeurs de la libre Angleterre. Il retrace la longue complicité, à la ville comme à la cour, entre la civilité et le «règne des femmes». Il rend sensible la relation intime, souvent oubliée aujourd'hui, des lois, des moeurs et des manières.
Le temps des salons est passé et ne reviendra pas, mais les questions politiques et morales qu'il avait mises au jour demeurent toujours les nôtres.

Professeur de science politique, Philippe Raynaud, né en 1952, est agrégé de philosophie et docteur en science politique. Membre de l'Institut universitaire de France, il enseigne à l'université de Paris-II Panthéon-Assas. Il a publié de nombreux ouvrages et articles concernant en particulier le libéralisme et la pensée républicaine en Europe et en Amérique.





  • La revue de presse Pascal Bruckner - Le Nouvel Observateur du 7 novembre 2013

Où Philippe Raynaud repart du siècle des Lumières pour poser quelques questions au nôtre...
De ce colloque des grands esprits, Philippe Raynaud tire avec subtilité une leçon en forme de question : une société démocratique pourra-t-elle jamais se passer d'égards puisque la civilité est le premier pas d'une civilisation ?


  • La revue de presse Robert Maggiori - Libération du 31 octobre 2013

Quels subtils et parfois ambigus rapports la démocratie entretient-elle avec la politesse et la civilité ? Quelles «tensions» peut-il y avoir entre «le monde de l'égalité et celui des "manières"» ? De quelle façon, à côté des lois et des moeurs, bienséance, urbanité et savoir-vivre, participent-ils au modelage de l'«esprit général» (Montesquieu) d'une nation ? C'est par un retour à la Politesse des Lumières que le philosophe Philippe Raynaud répond à ces questions, et en recueille les «multiples résonances» actuelles, dans un monde «marqué à la fois par la permanence de la violence et par la montée de l'exigence de liberté, d'égalité, bref, de démocratie», où «nous nous demandons comment être "civils"»...
Aussi voit-on qu'à parler de politesse on finit par penser les différences juridiques et politiques entre les nations. Et par circonscrire une question héritée des Lumières qui, aujourd'hui, demeure entière : comment formuler le rapport entre l'universalité de la «nature humaine» (si tant est qu'il y en ait une) et la diversité réelle des moeurs, des coutumes et des «manières» ? Question à laquelle on doit répondre, bien sûr, en «restant poli».


  • La revue de presse Roger-Pol Droit - Le Monde du 10 octobre 2013

Le point central est en effet la réflexion des Lumières sur la " civilité ". Ce n'est pas la civilisation, mais plutôt son moteur. Et ce n'est pas la politesse, mais plutôt sa cause première. L'enquête de Philippe Raynaud rappelle notamment les divergences de fond entre Hume, convaincu des bienfaits de la civilité, et Rousseau, héros de la sincérité authentique - que Kant tentera, en un sens, de réconcilier...
En parcourant ces dédales, on saisit petit à petit la profondeur de champ insoupçonnée qui habite nos inquiétudes, parfois si étranges, relatives aux " incivilités " dans les banlieues ou à la politesse dans les écoles. Derrière ces préoccupations de l'heure, mieux vaut ne pas oublier trois siècles de réflexion politique et morale. Non pas, on l'aura compris, par nostalgie pour un monde disparu, celui des salons et des enfants aux yeux baissés. Mais pour savoir de quoi nous parlons.



  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction

Notre monde - occidental, libéral, démocratique - s'est longtemps pensé sous le concept de «civilisation». Le mot apparaît au XVIIIe siècle pour désigner le processus par lequel les sociétés humaines sortent de la «sauvagerie» ou de la «barbarie» pour devenir «civilisées» grâce au progrès des arts et des sciences, mais aussi des moeurs et des manières. Aujourd'hui, au contraire, l'idée même de civilisation paraît en déclin ; elle a, en tout cas, cessé d'apparaître comme l'antonyme de la barbarie : les tragédies du XXe siècle ont sérieusement ébranlé la croyance commune dans ce que même la gauche considère aujourd'hui comme les «illusions du progrès». Or, cette éclipse de la «civilisation», au moins dans son acception optimiste et européocentrique, s'est accompagnée d'un intérêt croissant pour la «civilité», qui est devenue en une vingtaine d'années un sujet majeur de recherches de tous ordres, et qui a fini par prendre une place non négligeable dans le discours public.
Du côté des sciences humaines - sociologie, science politique, histoire sociale -, la figure majeure est celle de Norbert Elias, qui a sans doute rendu possible ce changement de regard en proposant un nouveau récit du «procès de civilisation» et de la «civilisation des moeurs» : la lente inculcation, dans les classes dirigeantes européennes, de formes élémentaires de civilité (manières de table, règles de propreté, etc.) aurait permis un meilleur contrôle de la violence et c'est ainsi que la civilité se trouve être à l'origine de l'expansion de l'État et des transformations des sociétés modernes. Mais il faut ajouter que, à côté de cette généalogie matérialiste, notre époque est aussi celle de la redécouverte et de l'étude savante de toute la riche tradition qui, de Castiglione et Gracián jusqu'aux salons français du XVIIIe siècle, a vu dans l'apprentissage de la politesse et de la civilité le premier pas d'une formation morale et intellectuelle qui vise indissolublement la pacification des moeurs, raffinement de l'esprit et les progrès de l'âme.
Nous pensions jadis être irrésistiblement emportés par le cours de la civilisation ; nous nous demandons aujourd'hui plus modestement comment être «civils», dans un monde marqué à la fois par la permanence de la violence et par la montée de l'exigence de liberté, d'égalité, bref, de démocratie. C'est ce que manifeste paradoxalement le succès contemporain de la notion d'«incivilité» pour désigner des comportements qui vont très au-delà de la simple impolitesse. Il est sans doute curieux d'appeler «incivils» des personnes qui, par exemple, frappent des enseignants ou dégradent des biens publics en dessinant ou en écrivant sur les murs. Mais cela a au moins le mérite de rappeler que la civilité renvoie à des règles élémentaires de comportement qui, en deçà de la contrainte légale, permettent une vie décente fondée sur la coexistence des individus sans prétendre pour autant à un raffinement supérieur.
Devant ce rappel, ou ce constat, on rencontre inéluctablement des objections qui se veulent démocratiques, mais qui participent davantage de l'intimidation que d'un véritable débat intellectuel ou même politique. La déploration devant la montée des «incivilités», surtout si elle va de pair avec un regard sympathique pour l'histoire de la civilité classique et moderne, ne serait-elle pas l'expression d'une antipathie cachée pour la démocratie et, notamment, pour les «jeunes» qui refusent la «violence symbolique» de l'appareil scolaire ? L'intérêt pour l'histoire de la civilité, qui conduit à glorifier l'héritage des cours et des salons de l'Ancien Régime, n'est-il pas lui-même suspect ?


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