Le stupéfiant image : de la grotte Chauvet au Centre Pompidou / Passion du livre

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.. Le stupéfiant image : de la grotte Chauvet au Centre Pompidou

Couverture du livre Le stupéfiant image : de la grotte Chauvet au Centre Pompidou

Auteur : Régis Debray

Date de saisie : 09/10/2013

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Blanche

Prix : 30.00 €

ISBN : 9782070141777

GENCOD : 9782070141777

Sorti le : 26/09/2013

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  • La présentation de l'éditeur

Nous vivons le temps des images, et c'est accroître ses plaisirs que de s'en donner l'intelligence. En relatant comment il a lui-même appris à ouvrir les yeux, dans les grottes ornées comme dans nos salles de musée, l'auteur, idolâtre heureux et qui ne se repent pas, entend contribuer au bon usage du «stupéfiant image».
Mais l'énigme qu'il interroge tout au long de ce recueil de témoignages et de réflexions, c'est celle du temps immobile. Il est des images fixes que l'on peut dater par leur style ou leur technique, mais dont nous demeurons étonnamment contemporains. Les archives visuelles des civilisations éteintes restent vivantes en sorte qu'elles auraient bien tort de se croire mortelles. Les dieux et les idées meurent, non leurs statues ni leurs figures. Et les félins de la grotte Chauvet, 35 000 ans, n'ont pas d'âge, pas plus que nos plus belles photos de stars.

C'est à ce voyage à la fois dans et hors du temps que nous convie cette chronique des idoles d'hier et d'aujourd'hui, où la chronologie, enfin, ne fait pas loi.»

R. D.

L'auteur

Essayiste, romancier et mémorialiste, Régis Debray a notamment publié aux éditions Gallimard de nombreux essais, une pièce de théâtre : Julien le fidèle (Blanche, 2005), des mémoires : Aveuglantes lumières (Blanche, 2006).
Derniers ouvrages parus : Un candide en Terre Sainte (Blanche, 2008), Le moment fraternité (Blanche, 2009), Dégagements (Blanche, 2010), Éloge des frontières (Blanche, 2010), Du bon usage des catastrophes (Blanche, 2011), Jeunesse du sacré (Hors série Connaissance, 2012), Modernes catacombes (Blanche, 2013).





  • Les premières lignes

Un pinceau de lumière dissipe la nuit des temps. L'aïeul oublié nous fait signe de la main. Il est tout proche et vient de loin. En une seconde, trente-cinq mille années se sont abolies, je reviens à la maison (celle-ci n'a d'ailleurs rien d'un habitat et tout d'un lieu de culte). Si «un vrai tableau naïf, disait Derain, c'est un coup de fusil reçu à bout portant», le panneau de chevaux aurignacien, c'est une main tendue à travers les millénaires. Et le terme défraîchi d'aura - «l'unique apparition d'un lointain» - quitte la grise théorie pour nous saisir à la gorge, en deçà de tous les mots. Le silence des espaces infinis m'effraie ? Non. L'évanouissement des chronologies, dans cet espace clos, laisse pantois - mieux que la contemplation de la Voie lactée. Sous la voûte étoilée, loin des pollutions lumineuses de la ville, je puis me dire in petto : je vois briller les mêmes constellations qu'ont interrogées les druides gaulois et les augures romains ; et cette perception partagée, indirectement, me permettait déjà de sauter à pieds joints par-dessus mon époque. Mais ici, le court-circuit opère en direct, immédiatement. Me sautent à la figure les images qui ont obsédé les premiers hommes, et cette effraction dans leur pensée intime, cette qualité de présence aux limites de l'impudeur, rehaussée par l'étrangeté des stalactites et stalagmites couleur de miel qui m'entourent, fait fondre toutes les distances. Je deviens ce que je fus au tout début de l'aventure, et cette main énigmatique à l'auriculaire curieusement tordu, je la sens comme mienne. Je te salue, Cro-Magnon, mon frère, mon complice, mon contemporain, crevant ces écrans bosselés pour venir intact et digne à ma rencontre...
Oui, ce coffre-fort géologique où dormait l'or du temps perdu invite le visiteur à un effort de reconnaissance et de mémoire, au fur et à mesure qu'il avance de salle en salle, du moins au plus mystérieux. C'est déjà le cheminement initiatique du Parthénon - pronaos, naos et adyton - et celui de Vézelay - narthex, nef, choeur et abside. Ici aussi, le meilleur, le plus lourd de sens est au fin fond, en cul-de-sac : un crâne d'ours sur un socle de pierre en forme de maître-autel, au lieu le plus éloigné de l'entrée initiale, aussi vaste qu'un portail gothique, avant qu'un glissement de terrain ne soit venu opportunément l'obstruer, bienheureuse catastrophe. Il n'est pas indifférent que les représentations les plus saisissantes se trouvent dans les salles les moins exposées à la lumière du jour, les plus difficiles d'accès. Ni que l'image en relief d'une femelle stéatopyge et stéréoscopique coiffée d'un profil de bison (sur le modèle en losange des Vénus fessues et mamelues, réduites à leur fonction génésique et lactifère, de Kostenki et de Lespugue) nous attende au terme du parcours. Cette disposition échelonnée semble être un trait distinctif des oeuvres pariétales, les galeries les plus profondes se montrant souvent les mieux ornées. Il n'est pas indifférent non plus que les panneaux gravés de Chauvet entourent une anfractuosité médiane, ou une échancrure fendant la paroi calcaire par le milieu, cavité triangulaire dont la forme n'est pas sans rappeler le pubis et la vulve féminine, «l'origine du monde». Plus c'est secret, plus c'est sacré. Qui dira ce que l'humain doit aux configurations concaves, à commencer par la vie, laquelle débute, avec la première cellule, par un encapsulage ? Le diverticule est le coeur prédestiné des choses : les ténèbres protègent nos trésors, et se retrouve ici, dans la protohistoire, le pacte jamais démenti du sacré avec l'alvéole et l'alcôve, que les civilisations historiques ne cesseront de vouloir matérialiser dans leurs édifices cultuels, en enfouissant ce qu'elles ont de plus précieux dans des hypogées, cryptes et sarcophages dérobés au regard. (...)


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