Padre Pio : miracles et politique à l'âge laïc / Passion du livre

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.. Padre Pio : miracles et politique à l'âge laïc

Couverture du livre Padre Pio : miracles et politique à l'âge laïc

Auteur : Sergio Luzzatto

Traducteur : Pierre-Emmanuel Dauzat

Date de saisie : 09/10/2013

Genre : Religion, Spiritualité

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : NRF Essais

Prix : 30.00 €

ISBN : 978-2-07-013630-8

GENCOD : 9782070136308

Sorti le : 05/09/2013

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

Ce livre raconte l'histoire de l'Italien probablement le plus important du XXe siècle.
Et alors ?
Nous plongeant dans le monde bigarré des frères et des prêtres, des clercs et des laïcs, des croyants et des athées, des bons et des méchants, des cultivés et des ignorants, Sergio Luzzatto, professeur d'histoire moderne à l'université de Turin, a écrit le grand livre sur la manière dont l'historien-anthropologue doit parler de la sainteté à l'âge laïc : les stigmates - vrais ou faux, là n'est pas la question - d'un individu sanctifié disent moins de lui que du monde alentour, des attentes, du besoin de croire, de l'angoisse des intercessions.
Mais encore ?
Le 20 septembre 1918, dans le petit village de San Giovanni Rotondo, un frère capucin en prière découvre les stigmates de la crucifixion de Jésus inscrits sur ses mains.
A partir de ce seul commencement, Sergio Luzzatto déploie une enquête extraordinaire : sur l'ordre mineur des capucins qui tenait enfin, face aux franciscains, son heure de gloire ; sur les Pouilles, région retardataire, saignée à blanc par la Première Guerre mondiale d'où sont revenus des survivants aux corps mutilés par les stigmates de technologies guerrières et que les chantres du nationalisme transformèrent en preuves du devenir christique de la nation ; sur la violence sociale dans la région qui très vite opposa les ouvriers agricoles occupant les terres aux grands propriétaires, lesquels lancèrent contre eux un des premiers faisceaux de Mussolini au prix du plus grand massacre de militants socialistes ; sur l'alliance entre le cléricalisme et le fascisme qui se noue alors et dont un des piliers sera l'université catholique du Sacré-Coeur, qui, des décennies durant, disputera de la vérité des excroissances surnaturelles de saint François et des doutes suscités par les plaies de Padre Pio, creusées peut-être par de l'acide ; sur la présence dans l'entourage du saint de hiérarques fascistes, tour à tour chantres du Duce puis, passé la chute du régime, biographes autorisés du Padre à qui d'autres offrent un hôpital avec l'argent du marché noir dans le Paris de l'Occupation ; sur la reconquête catholique de la société italienne après-guerre avec l'explosion du culte du Padre portée par la presse magazine ; sur la christologie et la définition de ce qu'est l'Église selon Jean XXIII, hostile au culte du capucin, et selon Jean-Paul II qui le canonisera ; sur la place somme toute de ce capucin dans la longue chaîne qui voit, depuis la Contre-Réforme catholique, l'Église répondre par une surenchère à la demande de liturgies rassurantes, de cultes protecteurs et d'analgésiques sociaux.
Un très grand livre, assurément.

Chroniqueur pour les quotidiens La Stampa et Corriere délia Sera, Sergio Luzzatto enseigne l'histoire contemporaine à l'Université de Turin. Il a publié plusieurs ouvrages traduits en français. L'édition américaine de Padre Pio a remporté en 2010 le Prix du meilleur livre d'histoire.





  • La revue de presse Pierre Karila-Cohen - Le Monde du 26 septembre 2013

L'historien Sergio Luzzatto analyse l'étonnant culte voué à ce saint italien du XXe siècle...
C'est en historien que Sergio Luzzatto s'intéresse au passionnant phénomène social et culturel représenté par ce culte dans un ouvrage paru en Italie en 2007. Le premier mérite de son livre consiste donc à sortir le moine capucin de l'hagiographie abondante qui le concerne tout en prenant au sérieux ce qu'il représente dans l'histoire italienne du XXe siècle. Comment penser le miracle à l'âge laïc ? Comment comprendre un tel culte, qui a abouti à sa canonisation en 2002, dans un siècle de fort recul de la croyance religieuse ?


  • La revue de presse Guillaume Goubert - La Croix du 4 septembre 2013

Laïque, précisément, est le regard de Sergio Luzzatto. Et c'est tout son intérêt, dès lors que le chercheur fait preuve dans cet ouvrage d'une grande rigueur intellectuelle et d'un respect constant pour les convictions des catholiques italiens. À côté de très nombreux ouvrages hagiographiques, on dispose ainsi désormais d'un point de vue différent sur Padre Pio, nourri de recherches approfondies dans de nombreux fonds d'archives. Notamment ceux de la Congrégation pour la doctrine de la foi. De là émerge une des dimensions les plus intéressantes de l'ouvrage : la longue hésitation de l'institution ecclésiale face au capucin thaumaturge et à la dévotion qui l'entoure dès le lendemain de la Première Guerre mondiale, lorsque se répand la nouvelle selon laquelle il a reçu les stigmates de la Passion du Christ...
Autre dimension passionnante de l'ouvrage : la description de l'entourage de Padre Pio, la présence auprès de lui d'hommes controversés, compromis avec le fascisme ou pratiquant le marché noir dans le Paris occupé de la Seconde Guerre mondiale.



  • Les premières lignes

Extrait du prologue

20 SEPTEMBRE 1918

En ce 20 septembre 1918, quand «entre deux haies de détenus», le nonce apostolique auprès de la cour de Bavière avait franchi la porte du camp de concentration, près de Hanovre, les prisonniers de guerre en uniforme vert-de-gris l'avaient regardé de tous leurs yeux, le dévisageant de la tête aux pieds. «Il est grand, long et porte un chapeau de curé en feutre souple, mais plus petit et plus rond que les chapeaux habituels, orné d'un cordon vert et or ; des lunettes, un nez effilé et crochu ; une soutane noire. Il s'abrite sous un parapluie de curé de campagne brun foncé ; il n'a pas de suite ecclésiastique.» Le lieutenant Carlo Emilio Gadda n'avait pas voulu laisser se perdre un seul détail de la visite au camp de Mgr Eugenio Pacelli.
De fait, la scène ne manquait pas d'éléments singuliers. En ce jour «qui marque une date pour nous Italiens» - l'anniversaire de la brèche de la Porta Pia -, un dignitaire du Vatican avait cru bon de rendre visite aux prisonniers de l'armée royale (Regio Esercito) délaissés par le gouvernement de la maison de Savoie. Dans la chambrée A du Celle-Lager, le portrait de Victor-Emmanuel III avait fière allure, pour l'occasion, sous un baldaquin de vélin tricolore et une couronne royale de papier jaune : mais l'effigie du lointain monarque n'était visiblement pas de taille à rivaliser avec le charisme incarné du nonce venu de Munich pour soigner les âmes des malheureux prisonniers. Tel un «troupeau humain», gradés et soldats avaient emboîté le pas au nonce Pacelli, se pressant jusqu'à étouffer dans la petite église du camp (et Gadda avec eux, «debout sur un banc»). Gadda était un ancien de Caporetto. Après les psaumes entonnés par les aumôniers militaires, le nonce avait pris la parole pour garantir aux prisonniers que le pape, Benoît XV, ne les oubliait jamais dans ses prières, puis les inviter à offrir leurs souffrances à la gloire éternelle de Notre-Seigneur. Des propos de circonstance, dans lesquels Gadda, qui avait survécu «à la fin des fins», avait cru toutefois percevoir l'écho d'une authentique piété, au point d'en être ému aux larmes.
À quelques semaines de là, le 4 novembre, dans un état d'esprit très différent, l'ex-volontaire du «Mai radieux» remettra les pieds dans la chapelle du Celle-Lager, pour rendre grâce à Dieu de la victorieuse contre-offensive italienne de Vittorio Veneto. Dans l'intervalle, quarante-cinq jours de surprises militaires qu'on n'espérait plus, avec les armées de l'Entente à l'attaque sur toute une série de fronts, du bulgare au français, les forces armées des Empires centraux à bout de forces, le commandant Diaz presque acculé à l'offensive sur le Piave. Et de nouveau, le 4 novembre, Gadda vivra le temps présent l'oeil fixé sur le calendrier, cette fois-ci, en s'avouant fier que le triomphe italien tant attendu tombât précisément le jour de son saint patron, la fête de San Carlo Borromeo (saint Charles Borromée). «Coïncidence religieuse», conclura un de ces mêmes jours l'auteur d'un autre journal intime, lui aussi fervent patriote et lui aussi dévot de saint Charles : un prêtre bergamasque, Angelo Roncalli, futur pape Jean XXIII. «Des petites choses pour qui ne s'y entend pas : mais pleines de sens pour qui suit avec respect et recherche la main du Seigneur qui balise les voies des hommes.»
Loin de l'Allemagne du nonce Pacelli, loin aussi de la Bergame du révérend Roncalli, dans le couvent à demi voûté d'un village du Gargano, San Giovanni Rotondo, un frère capucin, vécut lui aussi le 20 septembre comme une journée exceptionnelle : tellement exceptionnelle qu'il dut lui sembler oiseux de penser au calendrier pour se demander si la coïncidence des événements avec l'anniversaire de la brèche de la Porta Pia ne révélait pas elle-même la main de Dieu. Vers neuf heures du matin, ce jour-là, (...)


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