La cravate / Passion du livre

Recherche simple

Recherche avancée

Recherche multi-critères








Recherche avancée

.. La cravate

Couverture du livre La cravate

Auteur : Milena Michiko Flasar

Traducteur : Olivier Mannoni

Date de saisie : 26/03/2014

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France

Prix : 18.50 €

ISBN : 978-2-8236-0136-7

GENCOD : 9782823601367

Sorti le : 28/08/2013

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

«Un regard fugitif à sa montre, puis il a allumé une cigarette. La fumée s'est élevée dans une suite de ronds. Ce fut le début de notre relation. Une odeur âcre à mes narines. Le vent soufflait la fumée dans ma direction. Avant même que nous ayons échangé nos noms, c'est ce vent qui nous fit faire connaissance.»
Dans un parc, quelque part au Japon, Taguchi Hiro et Ohara tetsu se sont assis sur un banc. Le plus jeune vient de sortir de la chambre où il vit cloîtré depuis deux ans.
L'homme à la cravate a été licencié, mais il est incapable de l'avouer à sa femme.
L'ermite moderne et l'employé modèle se regardent en silence, s'apprivoisent, se racontent. La disparition d'un ami poète fauché par une voiture, le suicide d'une camarade de classe, la vie professionnelle brisée, l'amour d'une épouse, les rêves et les renoncements.
Bribe par bribe, ils se livrent l'un à l'autre.

Milena Michiko Flašar est née en 1980 à St Pölten. Elle a étudié la littérature comparée et la philologie germanique et romane à l'Université de Vienne. Après avoir publié des nouvelles remarquées, Milena Michiko Flašar publie son premier roman, La Cravate, qui connait en 2012 un grand succès en Allemagne et en Autriche.





  • La revue de presse Yves Simon - Paris-Match, septembre 2013

Comment rester soi-même et vivre tout en acceptant les aspérités d'une société cruelle, ses trivialités, son hyperréalisme  ? C'est bien là le sujet exemplaire de ce roman magnifiquement écrit et traduit avec un identique talent.


  • La revue de presse Pierre Deshusses - Le Monde du 19 septembre 2013

Divisé en 114 séquences, le récit avance par touches délicates...
Ce qui pourrait être une histoire lourde et sombre est lumineux et serein sous la plume de Milena Michiko : " Dès lors qu'on est là et qu'on respire, on rencontre le monde entier. "



  • Les premières lignes

1

Je l'appelais Cravate.
Le nom lui plaisait. Il le faisait rire.
Des bandes rouges et grises sur sa poitrine. C'est ainsi que je veux le garder dans mon souvenir.

2

Sept semaines se sont écoulées depuis que je l'ai vu pour la dernière fois. Au cours de ces sept semaines l'herbe a séché et jauni. Les cigales chantent dans les arbres. Le gravier crisse sous mes pieds. À la lumière intense du soleil de midi, le parc semble étrangement dépeuplé. Des fleurs éclatent aux branches lasses qui se penchent vers le sol. Un mouchoir bleu pâle dans le fourré, pas le moindre souffle de vent pour l'agiter. L'air est lourd et pèse sur la terre. Je suis dans un étau. Je prends congé d'une personne qui ne reviendra plus. Je le sais depuis hier. Il ne reviendra plus. Au-dessus de moi s'étend un ciel qui l'a absorbé - pour toujours ?
Je ne peux pas croire encore que nos adieux soient définitifs. Dans l'idée que je m'en fais il pourrait surgir à n'importe quel moment, peut-être sous une autre identité, peut-être avec un autre visage, et me lancer un regard qui dirait : Je suis là. Tête vers le nord, suivre les nuages d'un sourire. Il pourrait. Voilà pourquoi je suis assis ici.

3

C'est sur notre banc que je suis assis. Avant de devenir le nôtre, il avait été le mien.
C'est ici que je vins m'assurer que la fissure dans le mur, cette craquelure fine comme un cheveu, en biais au-dessus des étagères, valait à l'intérieur comme à l'extérieur. J'avais passé deux années entières à la regarder fixement. Deux années entières dans ma chambre, dans la maison de mes parents. J'avais redessiné sa ligne brisée derrière mes paupières closes. Elle avait été dans ma tête, s'y était prolongée, m'était entrée dans le coeur et dans les veines. Moi-même, un trait exsangue. Ma peau cadavérique, faute de soleil pour l'éclairer. Parfois je pensais avec nostalgie à ses rayons, à leur contact. J'imaginais comment ce serait de sortir et de comprendre enfin : il est des espaces que l'on ne quitte jamais.
Par une froide matinée de février je cédai à ce désir empreint de nostalgie. Par la fente des rideaux je distinguai un vol de corneilles. Elles montaient et descendaient, sur leurs ailes le soleil, il m'aveuglait. Une douleur perçante dans les yeux, je remontai les murs de ma chambre à tâtons jusqu'à la porte, je l'ouvris d'un coup, je passai mon manteau et mes chaussures, trop petites d'une pointure, je sortis dans la rue et je continuai en longeant les rues et les places. En dépit du froid la sueur me coulait sur le front et j'en ressentais une singulière satisfaction : j'en suis encore capable. Je suis capable de poser un pied devant l'autre. Je ne l'ai pas désappris. Tous mes efforts pour le désapprendre ont été vains.
Je ne tentai pas de me faire des illusions. Hier comme aujourd'hui, mon but était d'être seul avec moi-même. Je ne voulais rencontrer personne. Rencontrer quelqu'un, c'est s'impliquer. On noue un fil invisible. D'humain à humain. Une foule de fils. Dans tous les sens. Rencontrer quelqu'un, c'est devenir une partie de son tissu, et c'est cela qu'il fallait éviter.


Copyright : Studio 108 2004-2017 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli