Un bonheur parfait / Passion du livre

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.. Un bonheur parfait

Couverture du livre Un bonheur parfait

Auteur : James Salter

Traducteur : Anne Rabinovitch | Lisa Rosenbaum

Date de saisie : 28/06/2013

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 20.00 €

ISBN : 9782823602548

GENCOD : 9782823602548

Sorti le : 06/06/2013

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

«Toute vie est un processus de démolition», écrivait Scott Fitzgerald. James Salter semble lui donner raison avec ce roman cruel et subtil.

Nedra est belle, assurée, et sait donner aux gestes quotidiens une sorte d'élégance. Viri est architecte. Il rêve d'accomplir une oeuvre qui lui survivra, et dévore les biographies d'hommes illustres. Ils habitent une vieille demeure non loin de New York, ils s'aiment. Peut-être sont-ils moins heureux qu'ils ne le disent. Quand le temps aura fait son oeuvre, il ne restera plus, des amours de Nedra et Viri, que des ruines et des regrets. Tendre est la nuit, mais la perfection du bonheur n'est pas de ce monde.

James Salter est né en 1925 à New York. Pilote de chasse dans l'US Air Force pendant la guerre de Corée, il a également été scénariste à Hollywood. Ses romans (Un sport et un passe-temps, Cassada) et ses mémoires (Une vie à brûler) sont les oeuvres d'un styliste subtil et précis.

«James Salter est le plus fitzgeraldien des romanciers américains d'aujourd'hui.»
Christophe Mercier, Le Point

«L'un des talents les plus étincelants de la littérature américaine contemporaine».
Nathalie Crom, Télérama





  • Les premières lignes

Nous filons sur le fleuve noir, aux bas-fonds lisses telle la pierre. Pas un bateau, pas un canot, pas le moindre éclat blanc. La surface se craquelle, traversée par le vent. L'estuaire est vaste, infini, les eaux saumâtres, bleuies par le froid. Le flot se trouble. Les oiseaux de mer planent, et tournoient avant de disparaître. Rêve du passé, franchi en un éclair. Après les hauts-fonds, l'eau s'éclaircit, moins profonde, sur notre passage : barques tirées au sec pour l'hiver, embarcadères déserts. Ailés comme les mouettes, nous nous élançons dans les airs, faisons volte-face.
Une journée aussi blanche que le papier. Les fenêtres glacées. La carrière déserte, la mine d'argent, inondée. L'Hudson est très large à cet endroit, immobile. Un pays obscur où demeurent les esturgeons et les carpes. À l'automne, il étincelle, peuplé de myriades d'aloses. De longs cortèges d'oies le survolent, tels des triangles mouvants. La marée remonte de l'océan.
Les Indiens cherchaient une rivière «qui coule dans les deux sens». Ils l'ont trouvée ici. L'enclave d'eau salée s'enfonce sur quatre-vingts kilomètres à l'intérieur des terres, parfois jusqu'à Poughkeepsie. Il y avait d'énormes bancs d'huîtres, des phoques dans le port, et dans la forêt, un gibier inépuisable. La grande entaille glaciaire avec ses baies nuptiales, ses anses riches en céleri et en riz sauvage, ce fleuve majestueux. Tels des signes de ponctuation, les oiseaux le traversent en droite ligne. Ils semblent approcher lentement, puis accélérer, partant comme des flèches. Le ciel est incolore. L'impression qu'il va pleuvoir.
Toute cette région était hollandaise. Puis, comme tant d'autres, elle devint anglaise. Le fleuve est un reflet. Il porte seulement le silence, le froid étincelant. Les arbres sont nus. Les anguilles dorment. Le chenal est assez profond pour laisser passer des paquebots qui, s'ils le voulaient, pourraient venir surprendre les villes de l'intérieur. Dans les marais, il y a des tortues de mer, des crabes, des hérons, des mouettes bonaparte. Les égouts de la ville se déversent un peu plus haut. La rivière est sale, mais elle se purifie. Les poissons engourdis dérivent avec la marée.
Sur les berges se dressent des maisons de pierre d'un autre âge et des maisons de bois nues, exposées à tous les vents. Certaines propriétés sont les vestiges des vastes concessions d'autrefois. Près de l'eau, une grande bâtisse victorienne en brique peinte en blanc dominée par des arbres, un jardin clos et une serre délabrée, au toit bordé de fer forgé. Une maison près de la rivière, trop basse pour recevoir le soleil de l'après-midi, mais inondée de la lumière du matin à l'est. Midi est son heure de gloire. Il y a des taches aux endroits où la peinture a noirci ou pelé. Les allées de gravier s'effacent, des oiseaux ont fait leurs nids dans les remises.
Nous avons fait le tour du jardin, croquant les petites pommes âpres. Les arbres, secs et noueux. La cuisine était éclairée.
Une voiture remonte l'allée. Elle vient de la ville. Le conducteur entre dans la maison, le temps d'apprendre la nouvelle : le poney s'est enfui.
Il est furieux. «Où est-il ? Qui a oublié de remettre le loquet ?
- Je n'en sais vraiment rien, Viri.»
Dans une pièce remplie de plantes vertes, une sorte de solarium, il y a un lézard, un serpent brun et une tortue assoupie. Trop haute, la marche du seuil l'empêche de sortir. La tortue sommeille sur le gravier, les pattes repliées. Elle a de longues griffes ivoire incurvées. Le serpent dort, le lézard aussi.


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