Ellrich, 1944-1945 : camps de la mort lente dans la nébuleuse concentrationnaire nazie / Passion du livre

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.. Ellrich, 1944-1945 : camps de la mort lente dans la nébuleuse concentrationnaire nazie

Couverture du livre Ellrich, 1944-1945 : camps de la mort lente dans la nébuleuse concentrationnaire nazie

Auteur : Jens-Christian Wagner

Préface : Stéphane Hessel

Date de saisie : 13/04/2013

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Tirésias, Paris, France

Collection : Ces oubliés de l'histoire

Prix : 20.00 €

ISBN : 9782915293739

GENCOD : 9782915293739

Sorti le : 04/04/2013

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  • La présentation de l'éditeur

Au tournant de l'année 1943, alors que le cours de la guerre commence à s'inverser, le régime nazi, se refusant avec une effroyable obstination à toute idée de défaite, s'est lancé dans une guerre totale dont il doit se donner les moyens. Les projets pharaoniques qui vont se multiplier seront à l'origine de nombreux chantiers destinés à accueillir des usines d'armement dans des galeries creusées sous le massif mythique du Harz, au coeur de l'Allemagne. A Dora-Mittelbau seront fabriqués les V2. Ellrich, créé en 1944, fut l'un de ces camps injustement oubliés où les conditions de survie des plus précaires, conjuguées au travail harassant et à la désorganisation des derniers mois de la guerre, entraînèrent des pics de mortalité sans égal.
L'ouvrage de l'historien Jens-Christian Wagner établit la chronologie de la nébuleuse nazie des camps annexes autour d'Ellrich, retrace la vie et la mort des détenus, mais aussi des gardiens, simples soldats de la Luftwaffe ou tortionnaires sanguinaires... Les derniers mois d'existence de ce camp précèdent les terribles «marches de la mort», les massacres par les bourreaux soucieux d'effacer toutes traces de l'indicible en éliminant les témoins et en ne laissant derrière eux que des mourants.
Après la guerre, Ellrich connut un destin singulier : la frontière entre les deux Allemagnes passait au milieu de ce que fut l'Appellplatz, et le rideau de fer coupa en deux un des plus monstrueux camps de concentration nazis. Les conflits des temps nouveaux ayant relégué à l'arrière-plan l'histoire de ce lieu, les deux Allemagnes d'Ellrich firent alors place à l'oubli. Avec la réunification, l'histoire de ce camp reprit peu à peu sa place dans la mémoire collective d'Ellrich et le site fut progressivement aménagé en Mémorial, autour des quelques traces encore visibles.
Ellrich 1944-1945, Camps de la mort lente dans la nébuleuse concentrationnaire nazie, présenté pour la première fois en France, est incontournable. Cet ouvrage, avec ses références complétées de nombreux documents, de photographies d'époque, de fresques et de témoignages, devrait intéresser un large public, car il exhume des pages de notre histoire contemporaine injustement oubliées jusqu'à ce jour. Il nous apparaissait nécessaire et salutaire que les lecteurs français puissent en prendre connaissance et partager cette tranche de notre histoire du XXe siècle qui appartient à notre devenir de citoyen d'Europe.

Jens-Christian Wagner, né en 1966, a fait des études d'histoire médiévale et des temps modernes, de géographie et de philologie romane à Göttingen et Santiago du Chili. En 1999, il obtient un doctorat à l'université de Göttingen. Depuis 2001, il est directeur du Mémorial du camp de concentration de Mittelbau-Dora. Il est l'auteur de nombreuses publications qui font référence sur les camps de concentration nazis et sur le travail forcé en Allemagne.





  • Les premières lignes

II. UNE BOURGADE TOUT À FAIT NORMALE :
ELLRICH AVANT LA GUERRE

La ville d'Ellrich est ancienne. Cette localité qui existait sans doute déjà au VIIIe siècle est mentionnée la première fois sur une carte en 876. Jouissant depuis le XIIIe siècle du statut de ville, Ellrich est devenue à la fin du Moyen Âge le haut lieu du comté de Hohenstein, au coeur de ce qui est aujourd'hui le canton de Nordhausen. Après l'extinction de la lignée des Hohenstein, Ellrich a été quelque peu marginalisée autour du XVe siècle. Elle a perdu de son importance au profit de la ville de Nordhausen. Sur le plan économique, la bourgade s'est surtout développée grâce à l'artisanat, le commerce et l'agriculture, jusque dans la seconde moitié du XIXe siècle. La ville a connu un essor notable après l'achèvement de la ligne de chemin de fer Halle-Northeim, avec le rattachement d'Ellrich au réseau ferroviaire interrégional en 1869, ainsi que durant les années de dynamisme économique à la suite de l'unification du Reich wilhelminien en 1871. Plusieurs plâtreries se sont implantées entre la gare et les carrières de gypse aux limites sud de la ville. Ces entreprises florissantes, dans lesquelles travaillaient parfois quelque 500 personnes, marquèrent la vie économique d'Ellrich jusque sous la République de Weimar. Avec 4 800 habitants, Ellrich atteignit son pic démographique avant le début de la Première Guerre mondiale. Par la suite, ce chiffre diminua légèrement. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, à l'été 1939, la ville comptait 4653 habitants, dont 3989 actifs, pour deux tiers d'entre eux dans l'industrie et l'artisanat.
Créée en 1877, l'entreprise Julius Bergmann fut l'une des toutes premières plâtreries, à quelques centaines de mètres seulement de la gare d'Ellrich. Administrativement, cette entreprise située sur le territoire du Brunswick appartenait à la commune de Walkenried. Le fondateur de la société, Julius Bergmann, a donné son nom au quartier de Juliushütte qui entretenait des liens étroits avec Ellrich, en Prusse. Durant les années qui suivirent, d'autres plâtreries furent créées à l'est de la Juliushütte, dont les entreprises Kohlmann & Cie ou Euling & Mack. L'artisanat et le commerce se développèrent également.
Après la Première Guerre mondiale, l'industrie du plâtre à Ellrich se mit à décliner. La ville et les villages avoisinants connurent par moments une misère noire. L'industrie du plâtre devait faire face à une constante pénurie de débouchés entraînant des licenciements. Un ouvrier qui conservait sa place devait se contenter d'un salaire particulièrement bas dans cette branche. En 1923, alors que l'inflation atteignait des sommets, de violentes révoltes d'affamés se produisirent en ville, entraînant le pillage de magasins d'alimentation. Les années qui suivirent ne virent plus pareils débordements, quoique la situation des ouvriers du plâtre et de leur famille restât peu enviable. À la précarité matérielle venaient s'ajouter de mauvaises conditions de travail. Le travail dans les carrières était pénible et la poussière de plâtre était nuisible à la santé. Au bout de quelques années, de nombreux ouvriers souffraient ainsi de troubles physiques. En outre, la plupart des emplois étaient précaires les plâtreries procédant à des embauches ou à des licenciements en fonction du carnet de commandes. Cette importante fluctuation ne permettait guère aux travailleurs du plâtre de faire valoir leurs intérêts auprès de la direction des entreprises. En revanche, celles-ci pouvaient exercer un chantage au licenciement, afin de faire pression sur le niveau des salaires. Aussi le degré d'organisation syndicale était-il nécessairement faible. A Ellrich, le chômage était supérieur à la moyenne.


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