Au travers des murs du cachot / Passion du livre

Recherche simple

Recherche avancée

Recherche multi-critères








Recherche avancée

.. Au travers des murs du cachot

Couverture du livre Au travers des murs du cachot

Auteur : Jean Marie Winkler

Date de saisie : 24/04/2013

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Tirésias, Paris, France

Collection : Lieux Est Mémoire

Prix : 10.20 €

ISBN : 9782915293760

GENCOD : 9782915293760

Sorti le : 01/03/2013

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

L'écrivain Thomas Bernhard (1931-1989) se plaisait à évoquer son «cachot», une ferme dans un hameau en Haute-Autriche. Il en avait fait l'acquisition pour se retirer hors du monde, afin de se consacrer à son art. Comme dans les romans, la bâtisse deviendra le lieu de l'écriture et de la pensée. Pour un auteur lourdement endetté, elle sera aussi l'incitation à écrire. Au fil des années, l'écrivain se fait bâtisseur, inscrivant dans l'ordonnancement des lieux et des choses les traces muettes de sa pensée. La présence obsédante du grand-père maternel, écrivain du terroir et éveilleur du jeune enfant au monde des lettres, confère au lieu une double dimension privée et intertextuelle. Dans un geste de défi, l'écrivain s'est fait paysan, jusqu'à s'insérer dans une lignée séculaire de propriétaires terriens et à réaliser un héritage littéraire. Contempteur d'une certaine Autriche urbaine, brune ou amnésique, l'auteur s'était créé un univers rural idéal, perdu dans la campagne autrichienne qu'il affectionnait. Parce que les pierres étaient destinées à lui survivre, Thomas Bernhard a fait d'Ohlsdorf son testament spirituel, son texte lapidaire à la géométrie parfaite. Autour de photographies inédites, l'ouvrage propose au lecteur de parcourir la ferme d'un écrivain, sa vie et son Œuvre.

Jean-Marie Winkler (1960) est professeur de littérature et de civilisation autrichienne à l'Université de Rouen. Ancien président de la Fondation Thomas Bernhard (Vienne), il est éditeur du théâtre de Thomas Bernhard en langue allemande aux éditions Suhrkamp et préfacier du volume «Récits» publié aux Éditions Gallimard dans la collection «Quarto». Publications sur le camp de Mauthausen et sur le national-socialisme aux Éditions Tirésias-Michel Reynaud. Membre du Conseil National des Universités et expert auprès de l'Agence pour l'Évaluation de la Recherche et de l'Enseignement Supérieur.





  • Les premières lignes

À propos de la ferme dont il venait de faire l'acquisition en Haute-Autriche, Thomas Bernhard écrivait : «Ma maison est ma ferme, que je me suis achetée il y a un an, las des irritations stériles, ma ferme, dont je crois qu'elle ne va pas me tuer, mais me dompter, me concentrer à l'avenir sur mon but et rendre cela le moins confus possible. J'entends ce que je n'ai encore jamais entendu, je vois ce que je n'ai encore jamais vu, je pense ce que je n'ai encore jamais pensé, je ressens ce que je n'ai encore jamais ressenti. Disséquer le monde tel qu'il est et tel qu'il apparaît, voilà avec quoi je remplis ma solitude, une solitude, la mienne, parmi des milliards de solitudes, voilà avec quoi je remplis ma ferme, mon cachot, mon cachot de travail aux quatre ailes... Ma ferme cache ce que je fais. Je l'ai entourée de murs, je me suis enfermé entre les murs. Avec raison. Ma ferme me protège. Si elle m'est insupportable, je m'enfuis, car le monde s'ouvre à moi. Quand bien même si cela ne fait pas plaisir de vivre au sein d'un État tel que le mien, l'État autrichien, dont la perversité est criminelle, où je suis maintenant de retour - c'est malgré tout un plaisir que de vivre dans la campagne autrichienne, avant tout à la campagne, la belle campagne où les craintes portent leurs fruits et vers où l'État, sous sa forme actuelle, des plus abjectes, n'ose que très rarement étendre ses langues diaboliques». En écho au titre programmatique «Meine eigene Einsamkeit», le lieu de cette réclusion assumée est devenu emblématique de l'oeuvre bernhardienne dont les motifs centraux s'infléchissent à cette période. Dans les textes, les personnages des médecins - lointains héritiers des philosophes ou médecins de l'âme chers à Novalis et aux Romantiques, ou bien, à l'opposé, tenants privilégiés d'une compréhension scientifique du monde et de ses mystères - font désormais place aux propriétaires terriens, à la tête de domaines séculaires, quasiment tous voués au déclin, au morcellement, voire à l'«extinction» ultime. De Perturbation avec son «prince», raisonneur cheminant sur les remparts de son château de Hochgobernitz aux confins de la raison et de la folie, jusqu'à Extinction avec Franz-Josef Murau liquidateur du domaine familial de Wolfsegg entaché de culpabilité historique et de néant existentiel, l'oeuvre littéraire boucle une trajectoire dont l'origine - concrète - se situe un jour de 1965, quelque part en Haute-Autriche, dans un corps de ferme à l'abandon, racheté par un jeune écrivain qui mettra sa vie au service d'une remise en état des bâtiments et de leur arrangement intérieur. Insensiblement ses romans et les nouvelles se peuplent à leur tour de bâtisseurs, en quête -plus ou moins vaine - de réalisation de soi, par l'esprit souverain qui façonne la matière, et, inversement par la matérialité brute d'une demeure parfaite. Dans Correction, le personnage de Roithamer, à la fois auteur et bâtisseur, érige un cône parfait, destiné à servir d'habitation à sa soeur - mais la perfection se révèle mortelle pour sa destinataire, avant d'entraîner l'auteur-bâtisseur dans la mort, ultime «correction» qu'il opère en raccourcissant sa vie, après avoir raccourci son manuscrit à l'extrême. Les lecteurs auront reconnu les allusions à Ludwig Wittgenstein, qui participa à l'élaboration des plans de la demeure destinée à sa soeur, Margarethe Stonborough. En pensant à Correction, au moment d'aller visiter la maison de Thomas Bernhard, on se remémore les personnages bernhardiens bâtisseurs et leurs échecs.


Copyright : Studio 108 2004-2017 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli