Auteur : Brenda Maddox
Traducteur : Samia Touhami
Date de saisie : 10/07/2012
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Des femmes-Antoinette Fouque, Paris, France
Collection : Biographie
Prix : 20.00 €
ISBN : 9782721006189
GENCOD : 9782721006189
Sorti le : 14/06/2012
Le nom de Rosalind Franklin est peu connu du grand public. Ses travaux sont pourtant à l'origine de l'une des découvertes les plus importantes du XXe siècle : la structure de l'ADN. Mais elle n'en a été créditée ni par ses pairs, à qui elle a fourni, à son insu, une étape décisive dans la révélation de la «double hélice», ni par le jury du prix Nobel qui a récompensé ces derniers en 1962.
Brenda Maddox retrace l'histoire de cette remarquable biologiste moléculaire britannique, en exposant l'injustice dont elle a été victime, mais aussi en soulignant la richesse de «sa vie complexe, féconde et active», bien que prématurément interrompue par son décès d'un cancer en 1958. Elle avait 37 ans. Cette biographie est un hommage, la réhabilitation d'une femme et d'une grande scientifique.
Brenda Maddox est journaliste, auteure et biographe. Critique littéraire pour The Observer, le Times, le New York Times ou le Washington Post, elle intervient également à la BBC4. Ses biographies d'Elizabeth Taylor, D. H. Lawrence, Nora Joyce et W.B. Yeats, ont connu un succès considérable. Elle a reçu plusieurs prix littéraires dont le Silver PEN Award, et le prix français du Meilleur Livre étranger en 1988 pour Nora, biographie de Nora Barnacle, l'épouse de James Joyce, parue en France, aux éditions Albin Michel.
Il est des endroits où naître femme est un défi. Il est des époques où naître juive est un combat. Rosalind Franklin en fit son identité et sa force. Méconnue du grand public, elle est celle qui, en 1953, découvre la structure en double hélice de l'ADN. Mais elle se fait prendre de vitesse et voler sa découverte par trois autres chercheurs (masculins évidemment) qui eux obtiendront le prix Nobel. Brenda Maddox n'est pas la première à vouloir réhabiliter cette femme exceptionnelle. L'injustice est criante...
Le récit est passionnant. Brenda Maddox a bénéficié d'une matière particulièrement riche pour réaliser son travail : l'immense correspondance de « Ros ». Petite fille, Rosalind a obligation d'écrire à ses grands-parents pour rendre compte de ses succès scolaires. Devenue jeune fille, elle continue à prendre la plume pour raconter à ses parents, par le menu, sa vie d'étudiante puis de chercheuse. Un miracle que ces lettres aient pu être conservées malgré la guerre et les déménagements ! L'auteur cite abondamment des extraits de ces courriers qui parfois prennent l'allure de journaux intimes. Ses états d'âme empreints de découragements montrent sa difficulté à s'imposer dans ce monde d'hommes, peu enclin à faire de la place à la gent féminine.
DANS LA CITÉ DU ROI DAVID
Rosalind Elsie Franklin est née le 25 juillet 1920 dans une famille de la haute bourgeoisie juive anglaise. Sans toutefois appartenir aux sphères supérieures de cette communauté, occupées par les familles juives séfarades originaires d'Espagne et du Portugal, arrivées sous Cromwell, et donc les plus anciennement implantées en Angleterre, les Franklin faisaient partie intégrante d'un réseau social élitiste connu sous le nom de «cousinage», qui révèle à quel point l'endogamie était répandue. Ils ne figuraient pas non plus parmi les plus riches familles ashkénazes d'Europe centrale, tels que les Rothschild et les Goldsmid, qui avaient immigré en Angleterre au xvmesiècle pour faire fortune dans le commerce.
Les Fraenkel, originaires de Breslau, en Silésie (aujourd'hui en Pologne et portant le nom de Wroclaw, la ville est située sur l'Oder entre Prague et Varsovie), furent la première lignée à s'installer en Angleterre en 1763. Us jugèrent plus prudent d'angliciser leur nom en Franklin. À l'époque, les Anglais n'aimaient pas les noms étrangers. Le fait d'être juif ne constituait pas un atout dans une Angleterre qui ne comptait que 8000 individus de cette confession. Benjamin Wolf Franklin vivait à Londres à Cock Court, dans Jewry Street. Rabbin et enseignant, il épousa Sarah, fille de Lazarus Joseph, forme anglicisée de Lazarus Israël, qui avait quitté Hambourg en 1760 pour s'installer en Angleterre. Benjamin et Sarah eurent six enfants avant de succomber à une épidémie en 1785. Ils reposent au cimetière Globe Road du Mile End, dans la partie est de Londres.
Abraham et Lewis, les deux fils Franklin ayant survécu à l'épidémie, partirent en apprentissage pour se former à l'horlogerie et à la vente à Portsmouth, où ils devinrent des commerçants prospères. En 1815 ou 1816, les deux frères s'installèrent respectivement à Liverpool et à Manchester pour intégrer des entreprises spécialisées dans les opérations bancaires et de change et dans le commerce avec les Antilles britanniques. Les Samuel de Liverpool (une autre lignée d'exilés de Silésie) se mêlèrent assez facilement à la société des Franklin. Au fil des générations, le prénom Abraham fut progressivement remplacé par Alfred et Arthur, et Ellis prit la place d'Israël, nom de famille ancestral. En 1852, le petit-fils d'Ellis A. Franklin, premier immigrant de la lignée, s'associa avec Louis Samuel, originaire de Liverpool, au sein de la société de courtage en lingots Samuel Montagu and Co. Son mariage avec la soeur de Samuel Montagu scella définitivement cette alliance.
Dès 1868, la banque marchande privée A. Keyser and Co, sise à la City de Londres et issue de la société Samuel Montagu and Co, assura l'assise financière de la famille Franklin. Keyser, source d'emploi pour les fils Franklin pendant le siècle qui allait s'écouler, prit son indépendance en 1908 pour se spécialiser dans le placement de titres de compagnies ferroviaires américaines. Parmi les banques de la City que l'on appelait communément «banques juives», seule Keyser observait toutes les fêtes du calendrier hébraïque.
En 1902, les Franklin ajoutèrent à leur profession de banquier celle d'éditeur en rachetant la maison d'édition George Routledge à l'administrateur judiciaire. En 1911, Keyser acquit Kegan Paul, une autre maison d'édition en difficulté, qui constitua un refuge pour les hommes de la famille Franklin peu disposés à travailler dans une banque.
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