Paris, capitale de la modernité / Passion du livre
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.. Paris, capitale de la modernité

Couverture du livre Paris, capitale de la modernité

Auteur : David W. Harvey

Préface : Matthieu Giroud

Traducteur : Matthieu Giroud

Date de saisie : 12/07/2012

Genre : Urbanisme

Editeur : les Prairies ordinaires, Paris, France

Prix : 32.00 €

ISBN : 978-2-35096-051-7

GENCOD : 9782350960517

Sorti le : 23/03/2012

en vente sur logo Amazon.fr Librairie Dialogues


  • La présentation de l'éditeur

Comment, au milieu du XIXe siècle, Paris a-t-elle pu devenir 'incarnation urbaine de la modernité ? Pour répondre à cette question, David Harvey a exploré les mutations connues par la ville à cette époque : transformation physique, avec les grands projets d'Haussmann, qui remplace le plan médiéval par les grands boulevards ; transformation économique, avec une nouvelle forme de capitalisme dominée par les puissances financières et industrielles ; transformation culturelle, avec l'irruption de ce qu'on appellera plus tard le modernisme ; transformation sociale, avec l'émergence de violents antagonismes de classes qui atteignent leur paroxysme dans les révolutions de 1848 et de 1871. En présentant la ville moderne comme le produit instable de forces hétérogènes et contradictoires, David Harvey nous offre une image vivante du fonctionnement de Paris ainsi qu'une vision panoramique de la période décisive que fut le Second Empire.

Mais cette analyse de la ville moderne est aussi l'occasion d'une réflexion magistrale sur la ville contemporaine - sur la part de la population dans l'urbanisation, sur son accès aux ressources, en somme sur le «droit à la ville».

DAVID HARVEY enseigne dans le département d'anthropologie de la City University of New York. Chef de file de la «géographie radicale», il a révolutionné sa discipline en repensant les rapports entre l'économie et l'espace. Il a publié deux autres ouvrages aux Prairies ordinaires : Géographie de la domination et Le Nouvel Impérialisme.

Si la modernité est morte, supplantée par la postmodernité, Singulières modernités en sera le tombeau : tombeau des avant-gardes, des luttes politiques et des espoirs d'émancipation.
Collection de classiques dans les domaines de l'histoire politique, artistique, littéraire ou sociale, Singulières modernités entend explorer une modernité éclatée dans l'espace et le temps, dispersée sur différentes époques et divers continents, et parler des futurs passés ou de ces autres mondes qui ont paru possibles.
Non pas seulement pour en conserver l'archive et en perpétuer la mémoire, mais aussi pour les réactiver, transformer la trace en potentialité.

Collection dirigée par Nicolas Vieillescazes





  • La revue de presse Pierre Karila-Cohen - Le Monde du 31 mai 2012

La rencontre avec une pensée originale et forte procure toujours une émotion particulière. L'édition en français de l'ouvrage de David Harvey, Paris, capitale de la modernité, neuf ans après sa parution en anglais, constitue à n'en pas douter l'un de ces moments. Peu connu en France, David Harvey est un intellectuel célèbre dans le monde anglo-saxon et il est traduit dans plus de quatorze langues, dont le chinois, l'arabe et le norvégien. Né en 1935, d'origine britannique mais ayant enseigné la plupart du temps aux Etats-Unis, il est l'un des inventeurs et le représentant le plus éminent d'un courant critique de la géographie désigné sous l'expression de " géographie radicale "...
Pour résumer en la simplifiant la ligne de force de la " géographie radicale ", on pourrait dire que, puisant ses outils réflexifs dans l'oeuvre de Marx, elle cherche à analyser la dimension spatiale des inégalités sociales, ou, plus précisément encore, la manière dont le capitalisme modèle l'espace à son avantage et ce à toutes les échelles, du monde à la ville, terrain de prédilection de David Harvey



  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction

De la modernité comme rupture

Parmi les nombreux mythes de la modernité, il y a celui-ci : la modernité constitue une rupture radicale avec le passé. Le monde serait une feuille vierge sur laquelle le nouveau viendrait s'inscrire sans référence au passé, ou bien par annihilation du passé si ce dernier persistait à faire obstacle. La modernité semble toujours affaire de «destruction créatrice», laquelle peut prendre une forme modérée et démocratique, ou bien une tournure révolutionnaire, traumatique et autoritaire. Il est souvent difficile de déterminer si cette rupture radicale réside dans le style des réalisations et des représentations dans différents domaines comme la littérature et les arts, la planification urbaine et l'organisation industrielle, la politique et les modes de vie, ou bien si les changements intervenus dans ces différents domaines se concentrent d'abord dans certaines périodes et certains lieux avant que les forces agrégées de la modernité ne se diffusent au reste du monde. Le mythe de la modernité pointe vers cette seconde interprétation (en particulier à travers l'utilisation de termes apparentés, comme ceux de «modernisation» et de «développement»), bien que, si on les y pousse un peu, la majorité de ses défenseurs sont généralement prêts à concéder que certains développements inégaux produisent une certaine confusion dès que l'on entre dans les détails.
J'appelle cette idée de la modernité un mythe parce que, malgré toutes les preuves de son impossibilité, la notion de rupture radicale conserve un fort pouvoir de persuasion. Une autre théorie, théorie de la modernisation plutôt que de la «modernité», énoncée à l'origine par Saint-Simon et puissamment reformulée par Marx, pose qu'une formation sociale ne saurait connaître de changements qui n'existent pas déjà à l'état latent dans sa configuration actuelle. N'est-il pas étrange que deux penseurs qui occupent une place aussi éminente dans le panthéon de la pensée moderne aient explicitement rejeté la possibilité d'une rupture radicale, tout en mettant l'accent sur le changement révolutionnaire ? Les avis convergent en revanche sur la centralité de la notion de «destruction créatrice». Le proverbe dit qu'on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs, et il est impossible de créer de nouvelles configurations sociales sans, d'une certaine manière, dépasser, voire annihiler les anciennes. Si le terme de modernité a un sens, c'est précisément parce qu'il signale des périodes décisives de destruction créatrice.
Au cours de l'année 1848, une série d'événements spectaculaires se produisirent dans toute l'Europe et plus particulièrement à Paris. Il est tout à fait plausible que cette date ait marqué, au moins en surface, une rupture radicale dans la culture, la vie et l'économie politique de Paris. Avant 1848, l'urbanisation se résumait à un bricolage destiné à panser les plaies de l'infrastructure urbaine médiévale ; puis Haussmann arriva, qui propulsa la ville dans la modernité. Avant 1848, il y avait des classiques, comme Ingres et David, et des coloristes comme Delacroix ; après, il y eut le réalisme de Courbet et l'impressionnisme de Manet. Avant 1848, il y avait des écrivains romantiques (Lamartine, Hugo, Musset et George Sand) ; puis ce fut l'écriture dense, lapidaire et ciselée de Flaubert et de Baudelaire. Avant 1848, il y avait une industrie manufacturière dispersée et artisanale ; puis celle-ci s'effaça devant la mécanisation et l'industrie moderne. Avant 1848, il y avait de petites boutiques situées dans des rues étroites et sinueuses ou placées sous des arcades ; puis vinrent les grands magasins, tentaculaires et étalés le long des boulevards. Avant 1848, il y avait l'utopisme et le romantisme ; puis ce furent la gestion réaliste et le socialisme scientifique. Avant, le métier de porteur d'eau était essentiel ; en 1870, après l'installation de l'eau courante, il avait presque entièrement disparu.


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