Auteur : Patrick Besson
Date de saisie : 14/07/2012
Genre : Littérature, essais
Editeur : Grasset, Paris, France
Prix : 17.00 €
ISBN : 978-2-246-70961-9
GENCOD : 9782246709619
Sorti le : 09/05/2012
Du 16 janvier au 5 mai, Patrick Besson s'est livré à un exercice littéraire sans précédent. Chaque jour il a tenu pour Lepoint.fr un journal de la campagn électorale et emprunté la voix d'un célèbre écrivain, vivant ou mort, français ou étranger, pour raconter les grandes heures et les coulisses de l'élection présidentielle.
Commencé le jour où la France perd son triple A, il se finit à la veille du premier tour de l'élection présidentielle.
Maigret découvrant Bernard Tapie planqué dans une boutique de lingerie fine avec son magot en espèce ; Patrick Bruel chantant Nathalie Arthaud ; Victor Hugo annonçant le châtiment des socialistes ; David Foenkinos constatant l'indélicatesse d'Eric Woerth ; Ernest Hemingway évoquant le vieil homme et Mamère ; ou Louis-Ferdinand Céline accoudé à un bar avec Jean-Louis Borloo... ces pastiches forment un recueil unique, drôle et très actuel.
Dans cette étude littéraire et politique, l'auteur met à profit 40 ans de lecture...
Romancier, Patrick Besson est l'auteur, entre autres, de Dara (Grand prix du roman de l'Académie française, 1985), des Braban (prix Renaudot, 1995) et des Frères de la consolation, chez Grasset. Son dernier titre paru est Au Point : journal d'un Français sous l'empire de la pensée unique (Fayard).
«La présidentielle » - suite des soixante pastiches écrits par Patrick Besson - est sûrement le texte le plus digeste qui émergera des torrents d'éloquence et d'écrits, tous frappés au sceau gluant du « politiquement correct » de la campagne présidentielle. Car, à part Jean-Luc Mélenchon qui brandissait des têtes coupées comme on offre des bonbons aux enfants, et l'ineffable Philippe Poutou qui a avoué que son rêve était de travailler très peu pour gagner énormément, les autres candidats et leurs compères nous ont servi un écoeurant festival de bons sentiments sans la moindre embardée. Aussi, il est réjouissant de découvrir à travers ces petits textes le vrai visage de ceux qui ont tant fait parler d'eux pendant quelques semaines. Le principe de ces pastiches est simple. Chaque texte, heureusement infiniment plus court que la logorrhée des candidats, est un portrait sous la plume supposée d'un (grand) écrivain.
Pour raconter le jour pénible où Marine Le Pen rompit avec Patrick Modiano, il fallait évidemment tout le talent de l'auteur de «Dora Bruder», ses bégaiements menacés par l'aphasie, sa prose tourmentée par les fantômes de l'Occupation. Ca tombe bien, Patrick Besson avait ça en magasin. La scène, impeccablement délirante, figure dans «la Présidentielle», où le chroniqueur du «Point» s'est amusé à rassembler les pastiches qu'il a rédigés, quotidiennement comme on fait ses ablutions, pendant toute la durée de la campagne électorale. Et au milieu de l'avalanche de bouquins sans relief qui ont été pondus à la hâte sur le sujet, en voilà au moins un qui ne manque pas de style. Il n'est même fait que de ça, de styles. Car Besson en a plus d'un dans son sac.
LA DISPARITION DU A,
par Georges Perec
Snif. On ne possède plus notre bonne note. On s'interroge. Qu'est-ce qui se déroule sous nos yeux pleins d'effroi ? Un jour, on est un bon élève du système économique, et le jour qui suit, on n'en est plus un. On bosse dur, le gouvernement comme le peuple. On s'est démenés sur Internet. On file doux pour notre BCE. On stoppe les rentes, on ne donne plus de fric. Les ouvriers font ceinture. Les femmes d'ouvriers nourrissent peu leur progéniture. Notre fonction publique est réduite. Elle est nommée, le long des couloirs des ministères, portion congrue. Les pensions des vieux sont diminuées. On emploie moins de profs. Peu importe pour ceux qui nous notent : ils s'en fichent et contrefichent. Ils n'ont guère hésité : ils ont supprimé cette lettre qui n'existe plus. On ne peut même plus l'écrire. Es nous feront un procès si nous écrivons cette lettre. Cette lettre que nous révérions, surtout les boursiers. Dès ce jour, elle nous est interdite. Je pleure : d'où mon «snif» du début.
C'est pour moi un mystère : pourquoi on ne voit, en nul endroit, les têtes des gens qui nous mettent ces notes, qu'elles soient bonnes ou médiocres. C'est tout juste si on trouve leurs noms sur Internet. Ils peuvent, d'un coup de fil, modifier les perspectives de progrès de nos sociétés. Le monde entier reprend leur décision. Ils ont un poids terrible sur l'existence de millions de gens. En gros, ce sont eux qui décident si nous irons sur les pistes de ski en hiver ou si nous resterons chez nous effondrés, soit pour suivre un feuilleton télé, soit pour lire une histoire policière. Ces gens, si essentiels, si décisifs, sont comme des ombres. Ils n'ont nullement une forme connue. Peut-être qu'ils ne sont plus réellement sur notre terre. D'un monde différent du nôtre, ils envoient des signes mystérieux qui influeront lourdement sur notre vie.
Bien sûr, les obsédés du complot souligneront que ces gens qui se permettent de nous foutre en rogne et en ruine viennent tous de New York, centre d'une contrée qui se veut reine du monde. Dépourvus d'identité, invisibles, ils sont toutefois des citoyens d'un empire qui entend prolonger son règne sur le monde. Sont-ils tentés, comme le croient ces obsédés du complot, de pourrir l'économie du monde pour leur profit ? Il est simple de répondre que ces structures ne font que remettre les conclusions froides d'études sérieuses. Toutefois, il est urgent que les peuples voient qui les insulte et qui les punit. Un seul exemple de chef qu'on ne peut voir : l'empereur nippon. Souvenez-vous : il fut permis d'observer Hitler, le Russe dont je ne peux écrire le nom puisqu'il contient cette lettre interdite et dont le prénom est Joseph, Kim Jong-il, Louis XIV, Mussolini, Nixon, Pol Pot, etc. Pourquoi ne peut-on étudier ces hommes et ces demoiselles tout notre soûl sur des photos ou lors d'émissions de télé ? Ils ne sont ni rois ni empereurs : qu'on nous montre leur figure ! Et vite ! Et qu'on nous rende notre bien : c'est trop dur de s'en priver, surtout nous, les gens de lettres.
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