Auteur : Jean-Paul Fourmentraux
Date de saisie : 28/05/2012
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Hermann, Paris, France
Collection : Cultures numériques
Prix : 22.00 €
ISBN : 9782705683269
GENCOD : 9782705683269
Sorti le : 15/06/2012
À l'interface des sciences et des arts - recherche urbaine, sciences politiques, spectacle vivant, cinéma, jeux vidéo et Internet - un nombre croissant d'auteurs proposent de réinventer les mises en scène et les modes de relations aux médias. L'objectif de cet ouvrage est de confronter leurs recherches aux nouvelles pratiques médiatiques, techniques et sociales, mobilisées pour concevoir, véhiculer et agir des oeuvres-médias dont la carrière idéale suppose précisément que certains de leurs fragments demeurent potentiels ou «à faire».
Il émerge en effet au coeur de ces arts et médias «praticables», la nécessité d'un équivalent de ce qu'est en musique l'interprétation : entendue au sens de «pratique». L'interactivité et la jouabilité y composent de nouveaux régimes sociotechniques d'interprétation des médias, à habiter et à expérimenter, qui se doublent d'un renforcement de l'activité d'écriture (de scripts d'usage et scénario) et génèrent une multitude de traces interprétatives que cet ouvrage propose de documenter.
C'est donc le versant de la «pratique» que ce livre déploie. À la question «que fait le public ?» se superpose ici la question des modes d'instauration médiatiques. Du côté des médias, de quelle façon anticipent-ils des modes de relations avec les usagers - stratégies de fidélisation, tentatives de connaître les participants, etc. ? Du côté du public, qu'est-ce qu'être au contact de l'art et des médias dans ce contexte ? Qu'en est-il de l'acte pratique proprement dit ? Et comment rendre compte du vécu et de la perception propre à cette nouvelle génération de «médias praticables» ?
Avec les contributions de Samuel BIANCHINI (Université de Valenciennes, ENSAD Paris), Francis CHATEAURAYNAUD (GSPR, EHESS Paris), Viviane FOLCHER (Université Paris 8), Jean-Paul FOURMENTRAUX (Université Lille 3, EHESS Paris), Antoine HENNION (CSI, Mines-ParisTech/CNRS), Patricia LAUDATI (Université de Valenciennes), Emmanuel MAHÉ (Orange Labs, France Télécom), Jacques PERRIAULT (Université Paris 10), Soraya SELLAH (chef de projet Digital), Vincent TIFFON (CEAC, Université Lille 3), Tomaso VENTURINI (Medialab, Sciences-Po Paris), Moustapha ZOUINAR et Anne BATIONO (Orange Labs, France Télécom).
Extrait de l'introduction
Humanités digitales et Cultures numériques
Depuis le milieu des années 1980, un renouveau théorique s'est organisé autour de la sociologie des médias (professions, institutions, programmes et contenus) ainsi que d'une sociologie dite de la «réception», empruntant beaucoup aux «cultural studies», puis à une sociologie des «usages» des nouveaux objets de communication et d'information (magnétoscope, téléphonie, télévision, ordinateurs, télématique, domotique, etc.)- Alors que la phase précédente tournait autour de la critique de la notion de massification, des travaux sur les nouveaux objets médiatiques, offrant une certaine «interactivité», vont se réorienter dans une perspective critique par rapport à la «pensée ingénieur» des concepteurs, mais sans négliger l'importance de la technique envisagée comme construction sociale. De nouvelles recherches ont pu ainsi montrer l'insertion et la transformation des usages à travers le social et relativiser le déterminisme technique, tout en reconnaissant la difficulté de l'exercice prospectif pour des usages encore à peine émergents. Aujourd'hui, alors que l'interactivité est une dimension de plus en plus présente dans l'ensemble de nos dispositifs sociotechniques et implique de nouveaux modes de consommation et de relation aux médias et à l'industrie culturelle, à l'image du Web 2.0, il semble urgent de relancer l'examen des modalités de la participation du public.
L'objectif de cet ouvrage est donc double : d'une part, en prenant comme laboratoire une série de projets de recherche et de création artistique, il s'agit d'observer les transformations médiatiques qui y sont à l'oeuvre ; d'autre part, une place centrale est faite à l'examen des nouvelles relations médiatiques qui redéfinissent les contours des dispositifs et des pratiques numériques contemporaines. Ces relations médiatiques, l'implication et les pratiques du public sont approchées de différentes manières : par l'observation, en amont de la participation, de stratégies de captation et de fidélisation du public : contrats de réception et aménagement de prises sur les médias ; par l'examen des conditions potentielles de la participation mises en scène dans des dispositifs informatiques : figures de l'interactivité ; par l'étude de la participation effective, des interactions et de l'implication sociale du public : modes d'interaction entre le média et son public.
De nouveaux laboratoires médiatiques
La première partie du livre questionne la manière dont Internet, les TIC et le numérique ont entraîné une profonde remise en cause des anciens équilibres entre savoirs académiques et productions industrielles. Dans nos «sociétés de connaissance», les processus d'innovation mêlent de plus en plus des compétences internes et externes aux laboratoires de R&D où l'innovation devient le fruit d'interactions entre des acteurs nombreux et variés : les firmes, les laboratoires académiques, les pouvoirs publics, les financiers, les clients ou les utilisateurs. Les outils du Web 2.0 (i.e. l'Internet de deuxième génération), plus rapide grâce aux hauts débits et plus participatif avec les blogs, les vidéos en ligne et autres nouvelles applications - accéléreront-ils l'évolution de ces possibilités de participation citoyenne dans le débat public, de la création de nouvelles relations entre les décideurs et les acteurs de la société civile, de nouveaux services publics plus innovants et porteurs de valeur ajoutée pour les citoyens et les entreprises ? La citoyenneté n'est plus seulement ici une question de diffusion des connaissances savantes constituées (cf. les politiques de «public understanding of science» ou de «culture scientifique et technique»). Elle implique également l'accès de chacun à la production de savoirs et aux décisions sur l'orientation des recherches et des innovations qui façonnent notre monde. Comment partager, non plus une science déjà faite, mais une science en devenir ? Qu'est-ce qu'habiter l'espace public numérique et ses extensions dans l'environnement urbain de la ville ?
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