Auteur : Jean-Pierre Barou
Date de saisie : 10/09/2012
Genre : Littérature, essais
Editeur : Indigène, Montpellier, France
Collection : Ceux qui marchent contre le vent
Prix : 3.10 €
ISBN : 9791090354166
GENCOD : 9791090354166
Sorti le : 17/05/2012
Lors d'un débat télévisé, on opposa Stéphane Hessel au dalaï-lama, arguant que l'un résiste, l'autre médite. La non-violence reste incomprise en Occident qui n'y voit que passivité. Qui a dit : " Là où il n'y a la choix qu'entre la lâcheté et la violence, je conseillerai la violence " ? Gandhi, incitant à la résistance contre le nazisme, à sauver sa conscience ! Mais s'il faut déconseiller les interventions militaires en Afghanistan, en Lybie, c'est parce qu'elles auraient pu être évitées si nos années de lâcheté n'avaient pas fabriqué les tyrans. Comme disait Camus de la non-violence : " Il y faut une grandeur que je n'ai pas. " C'est à cette grandeur que ce livre est dédié.
Gandhi, le père de la non-violence disait : «Je crois en vérité que s'il fallait absolument faire un choix entre la lâcheté et la violence, je conseillerais la violence.» Cette position ne se comprend que si l'on sait que Gandhi distingua «la non-violence des faibles, des sectaires, des lâches» de la «non-violence des forts». Ce petit livre retrace l'avènement, chez le leader indien, de cette doctrine élaborée empiriquement alors qu'il lutte à la fois pour l'indépendance de son pays et pour l'autonomie des consciences, non-violentes dans leur essence.
Jean-Pierre Barou et Sylvie Crossman sont les éditeurs du best-seller mondial Indignez-vous ! par Stéphane Hessel publié par leur maison d'édition, Indigène (fondée en 1996). Conjointement, ils sont les auteurs d'Enquête sur les savoirs indigènes (Calmann-Lévy, 2001 ; rééd, " Folio Actuel ") ainsi que de Tibet, La Roue du temps. Pratique du mandala (Actes Sud, 1995), traduit aux États-Unis en 2004.
Pour l'auteur, il ne s'agit nulle part de morale mais toujours de raison. «Il faut condamner le terrorisme parce qu'il est inefficace», assène-t-il. Un constat aux limites du cynisme, mais qui en dit long sur son auteur. L'ex-mao - ami de Sartre et de la gauche prolétarienne, devenu éditeur de Stéphane Hessel - fait le choix de la non-violence parce qu'il n'a jamais renoncé à transformer ce monde.
C'est cela qui reste essentiel : la prise de conscience, et la détermination. Ce qui m'a le plus intéressé, c'est que la non-violence ne soit pas une fin en soi, mais qu'elle soit au service de l'esprit. Il faut mettre ce livre entre les mains de ceux qui veulent changer le monde. Ils découvriront que ce qui est impitoyable, c'est la conscience des valeurs les plus fondamentales.
Le Courage de la non-violence
«Je crois en vérité que s'il fallait absolument faire un choix entre la lâcheté et la violence, je conseillerais la violence.» Une bavure, un dérapage sous la plume de l'homme que tous considèrent comme le père absolu de la non-violence, Gandhi ? Non ! La phrase est bien écrite telle quelle dans un article paru le 11 août 1921 dans l'hebdomadaire Young India dont il est le rédacteur en chef. Cette injonction : conseiller la violence - bien sûr, quand il ne reste plus d'autre choix -, il la répétera souvent au cours de sa vie de combattant. A son fils aîné qui lui demande comment il aurait dû réagir s'il avait été à ses côtés lorsqu'on attenta à sa vie, en 1908, il répond que «son devoir aurait été de [le] défendre, même s'il eût fallu employer la violence». Puis encore : «Si la capacité pour la défense non-violente fait défaut, on ne doit pas hésiter à employer des moyens violents.»
Plus de doute : la violence a bien sa place dans le système de pensée de Gandhi, contrairement à ce qu'on pense généralement ou qu'on nous a conduits à penser. «J'aimerais mille fois mieux risquer la violence que de risquer l'émasculation de toute une race», écrira encore le père de la décolonisation.
De la «presque non-violence»
Alors que les divisions nazies pénètrent en Pologne au début de la Seconde Guerre mondiale, en 1940, Gandhi commente : «Pour les Polonais, se dresser vaillamment contre les hordes allemandes de loin supérieures en nombre, en équipement militaire et en puissance, fut presque de la non-violence.» Le trouble s'accroît encore : voilà, sous la plume de Gandhi, une forme particulière de violence - la résistance armée - qualifiée de «presque non-violente». On peut comprendre ce qu'il veut dire si l'on tient compte de l'énorme décalage entre l'armement allemand, avec ses divisions blindées, et les pauvres fusils d'une Résistance qui s'éveille. Nul doute que Gandhi eût salué le courage de Jean Moulin, le chef du Conseil national de la Résistance, qu'il lui eût témoigné sa fraternité alors qu'il organisait la Résistance en France avec des moyens forcément tout aussi limités, artisanaux, et dans l'urgence.
C'est que, plus que tout, Gandhi abhorre la lâcheté. Il la stigmatise, baladin amaigri par les jeûnes, sandalettes aux pieds, simple pagne jeté sur lui, mais le visage intense, fiévreux, sûr de ses choix, redoutable bretteur : «Je suis contre la loi du talion mais je n'ai pas hésité, il y a quatre ans, près de Battia, à dire à ceux des villageois qui ignoraient tout de Yahimsa qu'ils étaient coupables de lâcheté en se dérobant au devoir de défendre par les armes l'honneur de leurs femmes et les biens de leur famille.» Ahimsa, voilà lâché le nom indien de la non-violence. Les villageois sont restés passifs, comme d'autres, ailleurs, le seront devant les nazis, sans broncher, les bras croisés alors qu'on tue des femmes, des enfants. Des lâches !
Copyright : Studio 108 2004-2013 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli