Auteur : Judith Benhamou-Huet
Date de saisie : 12/07/2012
Genre : Arts
Editeur : Grasset, Paris, France
Collection : Essai
Prix : 17.00 €
ISBN : 978-2-246-76981-1
GENCOD : 9782246769811
Sorti le : 02/05/2012
La société contemporaine considère d'un mauvais oeil les Jeff Koons et autres Damien Hirst qui ne cachent pas leur désir de richesse. Pourtant, des artistes ont toujours créé pour devenir prospères et reconnus. Au XXe siècle, Magritte a «fabriqué» en série ses pipes qui n'en étaient pas. Mais, bien avant lui, Cranach fut le peintre fortuné d'une infinité de Lucrèce, de Judith et autres Vénus, qui se ressemblent toutes -et se reproduisaient déjà au XVIe siècle comme des clones. La «Factory» de Rubens, si elle n'était pas franchement rock'n'roll, n'en restait pas moins un lieu de production quasi mécanisé destiné à ce que les toiles du maître d'Anvers envahissent toutes les cours d'Europe. Quant à Courbet, l'homme de L'origine du monde, il comptait bien sur une fine stratégie médiatique pour devenir riche et célèbre. Même Van Gogh, l'archétype de l'artiste maudit, mort pauvre et incompris, avait pour protecteur un des plus grands marchands de tableaux de Paris, autrement dit son frère Théo. Ce livre démonte en treize cas courant à travers l'histoire les idées préconçues sur des artistes qui appartiennent à la postérité - et prouve, au passage, que l'appât du gain n'est pas le privilège de fa période actuelle.
Un voyage dans la grande histoire de l'art remplie de toutes petites histoires d'hommes devenus d'immenses artistes.
Judith Benhamou-Huet, chroniqueuse pour l'art et le marché de l'art aux Échos et au Point, a publié plusieurs livres sur le marché de l'art dont, en 2001, une théorie sur la valorisation des oeuvres dans l'art contemporain (Art Business). Elle est aussi commissaire de l'exposition «Warhol TV» montrée en France, au Portugal et au Brésil.
Quel livre étrange ! Bien entendu, c'est de l'homme, pas de l'artiste, qu'à chaque fois Judith Benhamou-Huet fait le procès. Mais cette distinction que le Contre Sainte-Beuve nous enseigna est-elle si nette sous sa plume ? Ces Cranach, ces Rembrandt, ces Monet lui sont-ils nécessaires pour vivre ? On peut se poser la question, tant elle se risque à apporter au moulin de l'art contemporain l'eau du sophisme suivant : les artistes contemporains aiment l'argent, or les anciens l'aimaient déjà, donc les artistes contemporains sont des artistes au même titre que les anciens. N'en a-t-elle pas fait la cellule rythmique de son livre, en introduisant chacun de ses treize chapitres par un rapide portrait, souvent admiratif, d'une "star" de l'art contemporain réputé pour son sens des affaires ?
On imagine généralement les grands artistes du passé comme de purs esprits, condition sine qua non du génie. Comme si l'époque moderne avait à elle seule engendré le désir d'argent et de célébrité qu'incarnent aujourd'hui les Jeff Koons, Damien Hirst et Haruki Murakami. L'ouvrage écrit par Judith Benhamou-Huet, journaliste au Point et spécialiste du marché de l'art, bouscule légendes et idées reçues...
Le XXIe siècle n'a finalement rien inventé.
Sous le titre Les artistes ont toujours aimé l'argent, elle montre, à travers une enquête pleine d'anecdotes piquantes, parfois dérangeantes, que ces grands artistes n'ont jamais été des saints, ni même voulu l'être. Et que Cranach, Rembrandt ou Canaletto pourraient aujourd'hui en remontrer à Koons, Hirst ou Murakami dans l'art de faire de l'argent. De Dürer à Magritte, elle nous montre treize de ces gloires sous un jour parfois cruel, mais après tout factuel, et surtout fascinant.
Extrait du préambule
«Ce qui est prodigieux lorsque tu es un artiste qui marche, c'est que tu fabriques de l'or comme un alchimiste. Tu sais qu'en deux heures de travail tu peux fabriquer de l'or, et c'est une très grande tentation (...) Il y a aussi l'effet des expositions : quand tu as beaucoup de murs à remplir, au lieu de faire trois oeuvres, tu vas en faire six (...) Et puis il y a une autre source de tentations lorsque ton marchand te dit : "Christian, j'ai un collectionneur, quelqu'un de très bien, qui aimerait avoir une pièce de toi de cette série, pourrais-tu la faire ?" J'ai bien évidemment fait ça, ça n'est pas bien mais c'est normal.»
L'artiste français Christian Boltanski se confie publiquement comme le font rarement les hommes de sa profession. Il joue le jeu du confessionnal. Certains y verront une référence au christianisme, auquel son oeuvre fait aussi allusion. Ce pouvoir hors du commun de «battre monnaie» oblige la poule aux oeufs d'or qu'est le peintre ou le sculpteur, le plasticien comme on dit aujourd'hui, à surveiller ses couvées. Boltanski ne cache pas ses tentations. Boltanski ne cache pas non plus son objectif : être un «grand artiste». Il dit : «En fait, gagner de l'argent est une chose très facile si on le désire : si tu mets toute ton énergie à gagner de l'argent, tu en gagnes. Et je suis suffisamment malin pour gagner de l'argent. Par contre, être un grand artiste est une chose extrêmement difficile. Il faut donc savoir où tu mets tes ambitions (...) Et comme je suis quelqu'un d'ambitieux, c'est ce que j'ai voulu atteindre.»
La question se pose alors de savoir : qu'est-ce qu'un grand artiste ? C'est un autre sujet, qui pourrait faire l'objet d'un prochain livre...
Christian Boltanski est franc, malin, ambitieux et intelligent. Intelligent car il résume une grande partie des problématiques de l'artiste à succès lorsqu'il produit. Dans ce livre, j'ai choisi treize exemples qui embrassent l'histoire de l'art de la Renaissance jusqu'à l'ère moderne. Treize chapitres pour treize artistes qu'on peut qualifier de «grands» et qui, à notre époque, sont considérés comme étant au zénith de la leur. Treize récits de créateurs qui ne sont pas spécialement connus pour leur goût du gain - c'est pour cette raison par exemple que j'ai éliminé Dali ou Picabia - et qui, pour une grande part, ont bénéficié d'une actualité récente en termes de recherches ou d'expositions. Ces dernières permettront aux familiers des musées de visualiser d'autant mieux l'oeuvre dont il est question.
Chacun des chapitres, tout comme cette introduction, est amorcé par l'observation d'une réalité contemporaine. Une démarche qui tend à prouver, à rebours des idées en circulation, que ce ne sont ni Andy Warhol, ni Damien Hirst, ni Jeff Koons, ni Takashi Murakami... qui ont inventé le désir de faire de l'argent à grande échelle. Courbet, Rubens et les autres ont là aussi des leçons à leur donner. De main de maître, ils ont su faire de l'or.
Évidemment il s'agit d'immenses artistes. Cela dit, l'histoire de l'art prouve par ailleurs que d'autres, bien moins talentueux, ont fait beaucoup d'argent aussi. Le marché de l'art ne donne pas le verdict de la qualité. Un artiste peut être bon ou médiocre et avoir du succès ou ne pas en avoir. L'injustice des hommes peut aussi sévir dans ce domaine sensible qu'est la création.
Copyright : Studio 108 2004-2013 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli