Le retour de Silas Jones / Passion du livre
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.. Le retour de Silas Jones

Couverture du livre Le retour de Silas Jones

Auteur : Tom Franklin

Traducteur : Michel Lederer

Date de saisie : 13/07/2012

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Albin Michel, Paris, France

Collection : Terres d'Amérique

Prix : 22.90 €

ISBN : 978-2-226-23842-9

GENCOD : 9782226238429

Sorti le : 04/01/2012

en vente sur logo Amazon.fr Librairie Dialogues


  • La présentation de l'éditeur

«La force d'évocation de sa prose et la rigueur de son imagination me rappellent Faulkner.» Philip Roth

De Braconniers à Smonk, en passant par la formidable Culasse de l'enfer, Tom Franklin s'est affirmé comme l'une des nouvelles voix majeures de la littérature américaine.

Dans le Mississippi des années 70, tout aurait dû séparer Larry Ott et Silas Jones : la classe sociale et la couleur de peau. Les deux adolescents sont pourtant devenus amis, jusqu'à ce que la disparition d'une jeune fille vienne bouleverser leurs existences. Vingt ans plus tard, Silas Jones revient sur les lieux de son enfance. Alors qu'il n'a aucune raison de reprendre contact avec Larry, une nouvelle tragédie les oblige à se confronter, ensemble, à un passé douloureux.
À travers le portrait croisé de ces deux hommes, Tom Franklin nous offre une fresque inoubliable du Sud, cette région mythique des États-Unis où la question de l'identité, le poids de la ségrégation et la violence sont encore présents aujourd'hui. Un roman magnifique, couronné par plusieurs prix littéraires dont le Los Angeles Times Fiction Prize.

Tom Franklin s'est affirmé en quelques livres comme l'une des nouvelles voix de la littérature américaine, et de celle du Sud en particulier.
De Braconniers à Smonk, sans oublier la formidable Culasse de l'enfer, il se fait le chroniqueur d'une humanité qui connait parfois la violence et le chaos, mais qui ne renonce pas à ses idéaux.
Il vit à Oxford, Mississipi, avec sa femme, la poétesse Beth Ann Fennelly.





  • La revue de presse Marie-José Sirach - L'Humanité du 21 juin 2012

Le roman de Tom Franklin évoque avec force et passion l'Amérique des laissés-pour-compte dans un État où les stigmates du ségrégationnisme subsistent...
La narration alterne un récit au présent pour ce qui est de l'enquête, avec des flash-back qui remontent les chemins de la mémoire pour déjouer les pièges du temps. Une alternance rondement menée qui fait progresser l'histoire de manière inattendue et, surtout, décrit par le menu un territoire où la misère, l'ignorance et la peur n'épargnent personne. Les racines du racisme ordinaire, de la pauvreté sont profondes et gangrènent ses habitants. L'écriture de Tom Franklin est limpide, efficace, attentive à cette communauté qui vit en sursis, où les jeunes gens se défoncent de désespoir, où l'on s'empiffre de mauvais hot dogs et de repas achetés au KFC ; où l'on boit pour oublier qu'on boit. Où la haine de l'autre, des Noirs, se transmet de génération en génération.


  • La revue de presse Christophe Mercier - Le Figaro du 12 avril 2012

Après les nouvelles de Braconniers, dans lesquelles il imposait une grande voix tragique, du côté du Faulkner de L'Ours ; après La Culasse de l'enfer, «western» sudiste proche de Cormac McCarthy ; après Smonk, épopée drolatique entre les musicals de Broadway et Zazie dans le métro, Tom Franklin, avec Le Retour de Silas Jones, son troisième roman, fait une nouvelle fois la preuve de la diversité de son talent...
On a l'impression de lire pour la énième fois - mise en scène ici avec un don de conteur hors pair - une histoire bien connue depuis Faulkner et ses Thirteen Stories (qui sont comme le socle de son oeuvre, un socle que «La Pléiade» a cru bon d'écarter), l'histoire d'un péché originel et de ses conséquences, jusqu'à la fin des temps...
Le personnage de Larry, adolescent pataud, bégayant, maladroit, perpétuellement en quête d'un ami, est l'un des plus émouvants que le roman américain nous ait donné à connaître au cours de ces dernières années.


  • La revue de presse Emmanuel Romer - La Croix du 8 février 2012

Ce roman captivant, hanté par le poids du mensonge, des non-dits, de la culpabilité, mais aussi de la rédemption, est remarquablement mené, avec une économie de mots et d'effets de style stupéfiante. Tom Franklin a un sens aigu du détail, notamment dans ses descriptions de la nature environnante. Les scènes, les paysages, les odeurs défilent sous nos yeux, tout comme les personnages dans toute leur complexité, leur violence, leurs angoisses, leur humanité... Le tout, rythmé par de savants allers et retours entre le passé et le présent, offre au lecteur un portrait saisissant du Mississippi rural sur plus de trente ans et où la ségrégation raciale et bien d'autres calamités restent d'actualité.



  • Les premières lignes

La fille des Rutherford avait disparu depuis huit jours quand, rentrant chez lui, Larry Ott trouva un monstre qui l'attendait.
La veille, la tempête avait soufflé sur la majeure partie du Sud-Est, crues, arbres cassés en deux et images de mobile homes disloqués aux infos. Larry, quarante et un ans, célibataire, vivait seul au coeur du Mississippi rural dans la maison de ses parents devenue la sienne, encore qu'il ne pouvait se résoudre à la considérer ainsi. Il l'habitait plutôt comme s'il en était le conservateur. Il faisait le ménage, répondait au courrier, réglait les factures, allumait la télévision aux heures prévues, accompagnait d'un sourire les rires en boîte, mangeait son McDo ou son Kentucky Fried Chicken devant ce que les chaînes proposaient, puis il allait s'asseoir dehors sur la véranda cependant que le jour rouge sang dégoulinait des arbres en bordure du champ et que la nuit s'installait, chaque fois différente, chaque fois pareille.
On était début septembre. Ce matin-là, il se tenait sur la véranda, et il transpirait déjà tandis qu'il contemplait l'herbe luisante de rosée, l'allée boueuse, la clôture de barbelés et, au-delà, le vert détrempé du champ hérissé de chardons, de verges d'or, de sauge des prés et, plus loin encore, à la lisière de la forêt, de chèvrefeuille. Il était à un kilomètre et demi de son voisin le plus proche et à un kilomètre et demi du magasin situé au carrefour, fermé depuis des années.
Au bord de la véranda, des fougères pendaient de l'avant-toit où gisait comme un pantin désarticulé le carillon éolien de sa mère. Il posa sa tasse sur la balustrade pour dégager les minces tubes pris dans les feuilles.
Il alla derrière la maison ouvrir les portes de la grange qui coulissaient sur des roues de tondeuse à gazon. Il ôta la boîte de conserve brûlée qui bouchait le pot d'échappement du tracteur et la suspendit au clou planté dans le mur, puis il grimpa sur le siège métallique. Il écrasa d'un pied l'embrayage et de l'autre le frein, mit le vieux Ford au point mort et tourna la clé. Le tracteur, comme tout le reste, avait été celui de son père, un Ford 8N avec garde-boues et capot gris mais tout le moteur peint du même rouge que les voitures de pompiers. Ce même moteur rouge démarra et il appuya deux ou trois fois sur l'accélérateur, si bien que d'agréables volutes de fumée bleue vinrent flotter autour de sa tête. Il recula, leva la fourche et sortit, rebondissant sur le siège tandis que les grosses roues du tracteur, l'une et l'autre lestées de soixante litres d'eau, roulaient sur le sol. Le Ford s'ouvrit un chemin au milieu des mauvaises herbes et des fleurs sauvages, délogeant bourdons, papillons, sauterelles trempées et ces libellules que sa mère appelait docteurs-serpents. Tandis que le tracteur jetait son ombre étirée vers la clôture du fond, il tourna et entreprit de longer près des barbelés le champ bordé de troènes et de grands arbres luxuriants, alors que le côté sud restait encore frais et humide de rosée. De mars à juillet, il débroussaillait deux fois par mois, mais l'automne venu, il laissait pousser les fleurs sauvages. En septembre passaient les colibris migrateurs. Ils planaient au-dessus de la sauge bleue qu'ils semblaient aimer, se battant entre eux pour s'en approprier les fleurs.


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